Le Compostelle japonais : Shikoku, l’île aux 88 temples

Shikoku, l’île aux 88 temples, est sans doute la prochaine destination de Jean-Christophe Rufin, l’auteur à succès d’Immortelle randonnée, qui retrace son expérience sur le chemin du nord vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Ecouter ma chronique RCF du lundi 14 octobre sur Shikoku 

Henromichi est un pèlerinage circulaire long de 1200 km, qui s’accomplit en une quarantaine de jours. Il a été fondé au 8ème siècle et a connu son âge d’or au 19e s. Aujourd’hui, comme pour Compostelle, il connaît un regain de fréquentation. La plupart des pèlerins n’en suit qu’une partie, en voiture, en bus ou en train. Environ 500 000 pèlerins le parcourent chaque année (contre près de 200 000 en 2012 à Compostelle).

Le pèlerinage est dédié à une grande figure de l’histoire japonaise : Kûkaï, saint fondateur du Shingon, l’une des tendances du bouddhisme japonais. En 921, il reçoit le titre posthume de Kôbô-Daïshi, ce qui signifie : « Grand instructeur de la loi ». Dans sa doctrine, il expose « dix étapes de l’esprit« , autant de  « révélations avec étonnement étape par étape ».

Sur l’île, le franchissement des quatre préfectures correspond à un thème particulier pour le Henro (pèlerin) : l’éveil, la discipline, l’illumination, le nirvana.

Les pèlerins sont entièrement vêtus de blanc (veste, pantalon, sac à dos, étole). Ils se couvrent la tête d’un chapeau pointu et s’appuient sur un bâton doté d’une clochette. A l’entrée de chaque temple, ils accomplissent un rituel (salutations en s’inclinant, se livrer à des ablutions, sonner une cloche, allumer des cierges, brûler de l’encens, réciter des mantras).

Le passeport du pèlerin, le Nokyochou, n’est pas tamponné, comme sur le chemin de Compostelle, mais calligraphié à chaque étape par un moine (cela en coûte cependant 300 yens, soit un peu plus de 2 euros)

L’itinéraire est très bien balisé, d’un petit henro stylisé en rouge, et les hébergements de différentes catégories (auberges familiales ou  non, logement dans les temples) sont nombreux.


La journaliste Ariane Wilson a parcouru ce chemin en 2006. « Chaque voyage que je fais est en quelque sorte un pèlerinage, surtout s’il implique la marche et un effort soutenu, confie-t-elle. Il entraîne une transformation de soi, une quête, une prise de distance que les pèlerins japonais appellent « mort au monde ». (…) La marche lente, constante, quotidienne, sur 1 400 km est cependant, dans ce monde moderne, un rythme qui conduit au détachement. Dans le vaste mouvement circulaire de notre marche, peu à peu, nous nous sommes détachées des temps du monde. (…) Le bouddhisme Shingon prêche que l’illumination est accessible dans tout geste quotidien, y compris le plus ordinaire dans le contexte le plus banal, qu’il faut se consacrer entièrement à chaque moment, chaque pas, chaque geste. Parallèlement à cela, j’ai appris aussi à me laisser conduire par les gens, à lâcher prise sur la conduite des évènements. »

> Le site officiel de l’île Shikoku

> Le site (en français) du Henro :  très bien réalisé. Fourmille de renseignements pratiques, de photos. de liens.

> Un autre site dédié au henro, qui développe plus l’aspect géographique et spirituel.

> Témoignages : celui de l’écrivain Léon Gantelet sur son blog ; celui d’Ariane Wilson, sur linternaute.com ; le journal de bord de Coralie Castel (67 pages, PDF), partie en 2005 (et diffusé sur henro.free.fr)

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5 réponses à Le Compostelle japonais : Shikoku, l’île aux 88 temples

  1. Gilles Marchand dit :

    Marcheur au long cours, je découvre le Henro depuis un forum de Compostelle…

  2. Gilles Marchand dit :

    Ça me tente, oui: après avoir parcouru plusieurs chemins de Compostelle de bout en bout, déplorant que son esprit soit d’année en année dénaturé, je cherche les longues marches sereines…

  3. Ducrey dit :

    Ah Shikoku! J’ai fait le début du pèlerinage de Shikoku mais en pleine canicule (personne n’avais vu une telle chaleur: des champs de pastèques dévastés, les villages vides).Je me suis arrêté au 8 ème temple las . Pas toujours formidablement accueilli mais la chaleur et ce fou avec son gros sac ! .
    Je le ferais un de ces printemps avec le rouleau représentant une déité ou Kobo Daishi lui même (un magnifique rouleau qui sert de support aux calligraphies;il y aussi les livres avec des photos et de présentations des temples pour accueillir les tampons et calligraphies). Chaque calligraphie coute environs 300 yens à multiplier par 88 plus les temples du mont Koya au sud d’Osaka puisque le pèlerinage commence là ).Un pèlerinage qui à un cout . L’année prochaine je termine le pèlerinage de Kumano au sud d’Osaka moins long celui là et tout aussi fascinant sinon plus(il est répertorié au patrimoine mondial pour ses sites exceptionnels et en pleine réhabilitation) et les sanctuaires de ce chemin sont Shinto .C’est un autre type de pèlerinage, riche de son histoire (Voir l’article qu y est consacré dans le magazine Treck de ce mois-ci).

  4. Madeleine dit :

    Je fais le chemin de ST JACQUES de COMPOSTELLE depuis 1999 avec des
    coupures dues aux aléas de la vie sur des chemins différents …. Mais à chaque fois que je repars
    (maintenant 2 fois par an), je me sens sereine, heureuse d’être sur le
    chemin et libre. Je viens de lire ces articles et j’aimerais faire ces pèlerinages
    au Japon. Comment, je peux être informée et quelle est la meilleure période
    pour faire ce type de pèlerinage….

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