Au Puy-en-Velay, Nicolas Sarkozy veut suivre le chemin de Compostelle pour constuire l’Europe

Nicolas Sarkozy, en déplacement au Puy-en-Velay le 3 mars, voit dans le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle le creuset de l’Europe. Extrait de son discours (et en vidéo : 25’37 à 28’47 mn).

Et les commentaires de Denise Péricard-Méa, qui relève six erreurs commises par le président de la république.

« Construire l’Europe de demain, c’est au fond continuer à suivre le chemin tracé il y a plus de mille ans par les premiers pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. N’étaient-ils pas les premiers Européens, ces pèlerins-là ?

Oui c’est ici, au Puy-en-Velay que pour la première fois dans notre Histoire, des femmes et des hommes sont venus de toute l’Europe. Ils ne parlaient pas la même langue mais ils partageaient la même foi ou, en tout cas, la même espérance pour faire référence à des idées qui me sont chères, car je crois qu’il est des pèlerins qui font le pèlerinage sans avoir la foi mais qui ont l’espérance. Ce serait un tout autre débat, mais c’est la première fois qu’ils ont marché ensemble, ces femmes et ces hommes qui ne parlaient pas la même langue, et dans la même direction, côte à côte. Ils ont suivi ensuite, ce chemin qui conduit à cet autre Finistère européen qu’est la Galice.

Que dire de cette rue des Tables que nous avons gravie ensemble tout à l’heure et qui porte ce nom car au Moyen-âge c’est là que les changeurs dressaient leurs tables pour convertir les différentes monnaies arrivant de toute l’Europe dans les bourses des pèlerins qui, pour faire route ensemble, devaient changer de monnaie et se mettre d’accord sur une valeur commune ? Il n’y avait pas l’euro, cher Jacques Barrot !

Ce n’est pas pour rien que le chemin de Saint-Jacques a été le premier itinéraire culturel classé par l’Europe. Mais au fond l’Europe savait bien ce qu’elle lui devait, à cet itinéraire de Saint-Jacques.

Ce matin on m’a offert un bâton de pèlerin, peut-être pour que je sois à mon tour le pèlerin de cette Europe qui puise si profondément ses racines dans l’histoire.

C’est en gardant vivant ce que nous avons hérité de savoir, de sagesse et de tradition que le tracé de nos chemins, les pierres de nos monuments, les formes de notre Art garderont pour nous une signification profonde.Voyez, la tradition d’accueil et de protection du Velay à l’égard des plus faibles et des plus vulnérables. Cette tradition vient des antiques pèlerinages qui jetaient sur les routes des femmes et des hommes à bout de force démunis souvent, dépouillés de tout.

Ce fut la raison d’être de l’Hôtel Dieu que j’ai traversé et qui a été fondé dès le Haut Moyen Age pour l’accueil des premiers pèlerins. Ce fut la raison d’être de cet ancien Hôpital Général dans lequel nous sommes aujourd’hui, monsieur le Président. C’est ici, en Velay, qu’au XVIIe siècle, fut mis en place l’un des tous premiers réseaux de solidarité « l’œuvre du Bouillon » – les restos du cœur, l’œuvre du bouillon. »

Voyez, la tradition d’accueil et de protection du Velay à l’égard des plus faibles et des plus vulnérables. Cette tradition vient des antiques pèlerinages qui jetaient sur les routes des femmes et des hommes à bout de force démunis souvent, dépouillés de tout.

Ce fut la raison d’être de l’Hôtel Dieu que j’ai traversé et qui a été fondé dès le Haut Moyen Age pour l’accueil des premiers pèlerins. Ce fut la raison d’être de cet ancien Hôpital Général dans lequel nous sommes aujourd’hui, monsieur le Président. C’est ici, en Velay, qu’au XVIIe siècle, fut mis en place l’un des tous premiers réseaux de solidarité « l’œuvre du Bouillon » – les restos du cœur, l’œuvre du bouillon.

« Les erreurs habituelles dans le discours de Nicolas Sarkozy au Puy-en-Velay« , Denise Péricard-Méa, historienne médiéviste, responsable scientifique et éditoriale de la Fondation David Parou Saint Jacques.

[…]

Le Puy n’est pas un point de départ historique de pèlerins de Compostelle

Vous avez dit : « Oui c’est ici, au Puy-en-Velay que pour la première fois dans notre Histoire, des femmes et des hommes sont venus de toute l’Europe. Construire l’Europe de demain, c’est au fond continuer à suivre le chemin tracé il y a plus de mille ans par les premiers pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle ».

Non Monsieur le Président les pèlerins ne se sont pas venus au Puy pour partir à Compostelle, pas plus les premiers que leurs successeurs. Ce n’est que depuis une cinquantaine d’années que Le Puy a su s’imposer comme point de départ des pèlerins contemporains.

Les changeurs n’étaient pas au Puy en vue de la route vers Compostelle

« Que dire de cette rue des Tables que nous avons gravie ensemble tout à l’heure et qui porte ce nom car au Moyen-âge c’est là que les changeurs dressaient leurs tables pour convertir les différentes monnaies arrivant de toute l’Europe dans les bourses des pèlerins qui, pour faire route ensemble, devaient changer de monnaie et se mettre d’accord sur une valeur commune ? »

La seule chose à dire des changeurs de la rue des Tables est qu’ils étaient là pour les pèlerins qui venaient vénérer la Vierge Noire dont vous avez à juste titre rappelé l’importance. Cela n’a rien à voir avec Compostelle.

Une raison politique à l’origine de la définition du premier Itinéraire culturel

« Ce n’est pas pour rien que le chemin de Saint-Jacques a été le premier itinéraire culturel classé par l’Europe. Mais au fond l’Europe savait bien ce qu’elle lui devait, à cet itinéraire de Saint-Jacques ».

La décision de 1987 du Conseil de l’Europe a été prise en faveur de l’Espagne. Elle a exagéré le rôle de Compostelle en négligeant la recommandation émise en 1984 par sa Commission de la culture qui faisait de tous les itinéraires de pèlerinage quels qu’en soient les buts le fond culturel européen commun. Mais il fallait en 1987 faire un geste politique vers l’Espagne.

L’hospitalité n’est pas une spécificité chrétienne

« Voyez, la tradition d’accueil et de protection du Velay à l’égard des plus faibles et des plus vulnérables. Cette tradition vient des antiques pèlerinages qui jetaient sur les routes des femmes et des hommes à bout de force démunis souvent, dépouillés de tout ».

L’hospitalité n’est ni une spécificité chrétienne ni une spécificité pèlerine. Abraham, ancêtre des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans l’a transmise à tous ses descendants.

L’hôtel-Dieu du Puy n’a pas été créé pour les pèlerins de Compostelle

« Ce [l’hospitalité] fut la raison d’être de l’Hôtel Dieu que j’ai traversé et qui a été fondé dès le Haut Moyen Age pour l’accueil des premiers pèlerins ».

Trop souvent cet Hôtel-Dieu est présenté comme ayant été construit pour les pèlerins de Compostelle.

Les monuments français ne sont pas des balises vers Compostelle

Depuis le milieu du XXe siècle, des chemins de Compostelle ont été tracés en prenant pour étapes les grands sanctuaires français ou ce qui en subsiste. Ceci conduit aujourd’hui la publicité de la Galice à des excès dont voici deux exemples tirés du catalogue de l’exposition présentée en 2010 à la Cité de l’architecture et du patrimoine – musée des monuments français au Palais de Chaillot :

« le pèlerinage jacobéen était la raison d’être des églises de pèlerinage comme Saint-Martial, Conques, Saint-Sernin… » et « d’importants centres de culte français étaient subordonnés à la tombe espagnole de saint Jacques ».

Je ne doute pas que vous soyez surpris et scandalisé par de telles affirmations. Pour ma part je regrette que votre discours ait pu apporter des arguments supplémentaires à ceux qui, en France, donnent la possibilité à la Galice d’écrire de pareilles inepties.

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1 réponse à Au Puy-en-Velay, Nicolas Sarkozy veut suivre le chemin de Compostelle pour constuire l’Europe

  1. jack82 dit :

    C’est avec un grand plaisir, que j’ai lu le discours du Président de la République au Puy en Velay.
    C’est surprenant d’entendre, parler religion par le PR! Dans l’ensemble je le remercie et prie pour lui!
    En effet La Puy est une grande étape de prières, d’accueil, sur ce Grand Chemin de Saint Jacques.
    Mais concernant le Puy et le Chemin, elle n’est pas née, en période de Moyen Age
    mais est bien plus récente a peine quelques dizaines d’années.
    Je parle bien du Puy pas du chemin de Compostelle.

    Mais,quand le Président aura repris, dans quelques années la liberté, et qu’il reviendras par les GR65, au Puy, je prierai pour lui!
    Mais je le remercie d’avoir, d’avoir parler de la France et des racines pélerines!

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