Didier Morisot, infirmier et hospitalier à Conques, façon San Antonio

Sur le site infirmiers.com, les chroniques de Didier Morisot, infirmier en Saône-et-Loire, sont savoureuses. Avec une gouaille digne de San Antonio, il relate, dans son billet du 11 décembre 2013, ses aventures en tant qu’hospitalier sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, à l’accueil Sainte-Foy de Conques.

En exerçant bénévolement cet accueil et cette écoute, il a le sentiment de revenir aux sources de son métier :  l’hospitalier, selon l’étymologie, est celui qui prend soin des malades et des pèlerins.

Il confie : « Aucun toubib caractériel en vue, pas de brancard où l’on attend dessus 24 heures, sous les néons… L’hôpital idéal, en fait, où le but est bien d’accueillir les gens et non pas de justifier de son activité en tapant deux ou trois heures sur un clavier. A l’hôpital j’ai toujours galéré pour pratiquer mon job comme j’aurais aimé le faire. La charge de travail, la hiérarchie, les règlements lourdingues, les ambiances difficiles… Bref, il m’a fallu attendre d’être hospitalier bénévole, ici à Conques, pour toucher du doigt le cœur de mon métier d’infirmier. Car pourquoi faisons-nous ce boulot impossible si ce n’est pour nous frotter aux autres et leur apporter un peu de bienveillance dans un monde de sauvages.  »

> Ecouter ma chronique du 16 décembre 2013 sur Didier Morisot

> Lire sa chronique sur infirmiers.com : « Hospitalier à Conques… mais pas à l’hôpital…« 

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4 réponses à Didier Morisot, infirmier et hospitalier à Conques, façon San Antonio

  1. …juste pour dire que je m’appelle Didier et non pas Denis. Mais ce n’est pas grave, je suis content que ma petite bafouille vous plaise. A bientôt, peut-être, il y a tellement de choses à dire sur le chemin… unltréia ! Didier

  2. Rey Josuah dit :

    Réflexion face à ceux qui ont peur que le chemin de Compostelle s’éteigne de lui-même, comme un arbre ayant traversé la vie au pas des saisons.

    Il a connu la naissance frileuse du premier hiver, une graine germée dans le coeur de quelques chrétiens fort de leur courage et de leur foi, marchant main dans la main avec un Dieu qui les guide comme une étoile filante.Puis, deux, puis trois, sauvages,courageux solitaires,mêlant leurs prières à la course des vents. Certains, vaincus par la maladie et la mort, l’inhumaine violence aussi et qui ne virent jamais le chemin du retour.

    Puis, des marcheurs de plus en plus nombreux, en quête de pardon, de réparation, un voeu, un espoir, une punition. Et le chemin se forme et se déforme au gré de l’élan spirituel ou mystique des hommes.

    On défriche, on crée des gués, des hôpitaux, des asiles, des troupes de protection, des lois, des signes de reconnaissance…

    On accueille de mieux en mieux, on répare les corps malades ou épuisés. On nourrit. On crée des codes, une crédencial, des balisages. Le chemin devient rassurant et accueillant. Les inquiets, les fragiles, les semi-pantouflards s’y essayent à un pas de danse et se réjouissent de vivre l’aventure d’un chemin ami aux étapes régulières où tout concoure à leur bien-être et où l’hospitalier, prévenant et de bons conseils, leur ouvrira sa porte et son coeur.

    Habitant d’une civilisation en doute et en errance, l’on voudrait parfois ne plus quitter le chemin et s’y fondre. Ou le quitter diffèrent et accomplir les rêves qui se sont tissés au fil des pas.

    Habitant d’une société de consommation à outrance, l’on se dit que c’est un moyen confortable et peu onéreux de traverser l’été, sur la pointe des pieds avec la sécurité garantie, de belles amours possibles et toujours la possibilité d’arrêter la croisière, si cela n’était pas si bien que cela…

    Habitant de la misère et du désespoir, l’on se dit, qu’il y aura peut-être assez de compassion sur ce chemin pour qu’on y partage les mots et le pain, pour l’heur d’une poignée de main, pour un salut, pour une épaule.

    Habitant des couloirs divins, avec le bon Dieu dans sa poche, des prières plein la valise, scout toujours prêt et disponibles, carillonneurs des églises, l’on étudie, hochant la tête, ce drôle de peuple multicolore qui grouille et questionne et s’agite. Dieu, quels étranges invités à ta table et pour quel souper?

    Habitant des silences sages, le pas lourd et la voix sauvage, entre la ronce et le houx, fils des ornières, taiseux superbe, quêteur soucieux de solitude, de silence, de contemplation, où trouveras-tu ton espace? Aube,crépuscule, brumes, ténèbres? Comment fuiras-tu cette fièvre qui s’empare de tes chemins creux?

    Toi, l’hospitalier,reconnaissant de ce que te fut le chemin, d’accueil, d’amitié, de rassurance, de liberté, de délivrance, tu lances ton long chant d’amour avec à la main ton balai, à la cuisine tes casseroles, à l’accueil ton regard discret et le soleil de tes paroles, toi qui sait, éperdu de reconnaissance, des souvenirs à bras le coeur, tu les regardes partir ému, un rien nostalgique pourtant sous le clin d’oeil moqueur du vent.

    Il en passe tant de pèlerins, il en passa tant,ils viendront, chemineront à leur manière, avec parfois des commentaires dégringolant sous les talons.

    Non, ils ne sont pas tous aimables, désobligeants, bourrus, frimeurs, irrespectueux, bagarreurs, profiteurs, voleurs même, fainéants, presque insupportables.

    Non, ils ne sont pas tous généreux, attentifs, la larme aux yeux, émus de l’aventure humaine, prêt à alléger votre sac, à vider leur coeur dans le votre, à chanter des alléluia l’âme en de célestes ébats, à accompagner l’escargot dans sa traversée laborieuse, l’abeille dans sa quête précieuse, la vieille et son fuyant troupeau.

    Ils sont de cette race humaine qui s’apprivoise avec tant de peine. Une créature incertaine, capricieuse livrée à elle-même, un drôle de ramassis d’humeur, de caractères imprévisibles. Un jeu dont nul ne sait la règle et qui sans cesse se dérègle.Un puzzle dont les pièces s’assemblent avec grand mal, une anarchique ritournelle.

    Mais chacun apporte sa part, son état d’être, son histoire, son étincelle si bien cachée qu’il faut des fouilles pour la trouver.

    Chacun donne à l’autre de quoi grandir, apprendre la patience, souffrir, supporter, tempérer, admettre,tolérer, bénir, rire et chanter, comprendre ou ne pas comprendre, accepter,s’étonner,pardonner, écouter l’écho du silence.

    Chacun donne ce qu’il veut offrir, ce qu’il ne peut pas retenir, ce qui l’habite, ce qui le broie.

    Chacun, une empreinte de chair, chacun une goutte de sang, nul ne reviendra comme avant, et de cet alambic humain, après moult fermentation,verra, comme montant dans l’azur, les vapeurs d’effluves les plus pures, les espoirs les plus merveilleux.

    Le pèlerin est notre frère, notre miroir, notre conscience.Il nous est un enseignement loin de toutes sciences. Il pose ses doigts sur nos plaies, nous montrant nos limites et son rire sur nos fronts en guirlande à nos rires. Il est notre ombre et notre lumière. Peut-être ne trouvons-nous en lui que ce qui est en nous.

    Nous sommes tous ce chemin, frère, nous sommes le chemin, sans distinction.

    Josuah Rey

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