Emmanu’ailes se renouvelle sur le chemin de Compostelle

Fin juillet, Emmanuelle s'élance pour 29 jours de marche, de rencontres... © Emmanu'Ailes

Fin juillet, Emmanuelle s’élance pour 29 jours de marche, de rencontres… © Emmanu’Ailes

Elle s’appelle Emmanuelle. Elle a 35 ans et vit dans le Tarn-et-Garonne. Débordante d’énergie, cette mère de deux enfants a créé son entreprise de communication. L’été 2014, son mari et elle se sont séparés. En mars 2015, elle chute de son cheval, Aswana, une frisonne de 6 ans. Blessée au genou, elle est immobilisée. Elle a été opérée mi septembre et récupère peu à peu…

Suite à des rencontres et à une quête personnelle, elle décide malgré cette blessure de se lancer sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle à cheval. Elle devra finalement abandonner cette première idée et partir à pied. Les enfants sont chez leur père pour un mois, voici l’occasion rêvée de s’élancer. En 29 jours, du 25 juillet au 20 août, elle parcourt 350 km de Montalzat (Tarn-et-Garonne), lieu de pâturage de sa jument, à St-Alban-sur-Limagnol (Lozère).

Elle tient son journal de bord sur sa page Facebook intitulée « Le chemin d’Emmanu’ailes » (billets #30 à #58). Elle consigne ses pensées, ses rencontres, photos à l’appui. Les commentaires sont nombreux. Un lien se tisse entre celle qui marche et ceux qui la suivent par l’entremise de l’écran.

Emmanuelle réussit à communiquer dans ses billets ce qu’elle vit concrètement et ce que ça fait résonner en elle. On la suit dans son périple géographique et intérieur. Il est d’ailleurs là son chemin : entrer en soi-même pour mieux se tourner vers les autres et vers le monde.

Voici ce qu’elle confiait avant son départ : « Voilà plus de 10 ans que je m’interroge sur le Sens de la vie, en général, et de la mienne. La grande question de ma mission sur cette Terre. La séparation m’amène de nouvelles réflexions. Je m’interroge sur ma façon d’être heureuse, je me remets au centre du système après m’être tant oubliée… Ma sur-activité professionnelle me grignotte, je finis par ne plus me respecter, par « m’auto-détruire ». Mon besoin viscéral d’amener quelque chose au Monde, de créer le bien autour de moi… ne se réalise plus au travers de mes activités professionnelles. Plus totalement. Peut-être plus de la manière dont je l’exerçais jusqu’aujourd’hui. Je me sens quitter un peu d’altruisme, sans aucun doute révélateur d’un besoin de reconnaissance fort. Ne serait-il pas temps que je m’aime moi-même ? » (billet du 17 mai 2015).

Après avoir goûté au Camino, difficile de ne pas avoir envie d’y retourner. Le 1er novembre, Emmanuelle annonce qu’elle repart, mais dans des conditions moins confortables cette fois-ci.  « Je repars le 18 décembre pour 15 jours, mes enfants passant les vacances de fin d’année chez leur père. Je vais passer Noël, fêter mes 36 printemps et dire « bienvenue » à 2016 loin de ma famille et de mes amis, mais avec mon sac à dos, mes chaussures de rando et ma peluche Lakmé.  Pour sûr, cette nouvelle aventure sera différente de l’édition estivale. D’abord parce que la période hivernale me garantit de ne pas croiser grand monde sur le GR65, et de me faire vivre des conditions plus drastiques. Je ne suis pas frileuse, mais je n’ai aucune expérience de la marche dans le froid, ni le matériel pour.. Il me restera à valider que mon genou me permette de porter les mini 15Kg prévisionnels, donc que le mode bivouac soit possible. Et je ne sais pas encore quel trajet je ferai… Peut-être l’Espagne… »

A son retour, elle se livre à une profonde évaluation de ce qu’elle a vécu sur le Chemin. J’en ai retenu quelques facettes  (texte intégral : billet du 3 septembre 2015).

© Emmanu'Ailes

© Emmanu’Ailes

Ecouter sa voix intérieure

« Je sens que mes intuitions sont aiguisées et je sais que j’écoute désormais ma voix intérieure (ce petit personnage représentant les envies et le respect de Soi, qui était jusque là muselé face à l’armée des contraintes et besoins), que je me connecte mieux à mes émotions, et que je me ferai désormais davantage confiance. Que je serai vraiment plus attentive à la « corde » que je sens se tendre en moi parfois. J’ai gagné en connaissance et amour de moi-même, en abandonnant le réflexe qui consiste à intellectualiser. C’est déjà pas mal.  »

Avoir confiance dans la Providence

« J’ai appris aussi sur la Foi.  Ma confiance en la Providence, qui nous envoie tout ce que l’on demande – si tant est qu’on formule nos intentions avec clarté et conviction.
Je suis persuadée que l’Homme est bon, gentil, ouvert, généreux… Et que les comportements déviants sont des adaptations foireuses à des stimuli externes, face auxquels nous ne sommes pas tous armés de la même manière. Nous sommes responsables de nos réactions, nous pouvons prendre conscience de nos programmes et devenir acteurs de nos vies. […]

En chemin, j’ai vécu avec des incertitudes matérielles / basiques, et je n’ai jamais manqué de rien. J’ai savouré l’inconnu, je me suis émerveillée de chaque nouvel événement et je n’ai pas programmé grand chose pendant ce périple. Mais, une fois « rentrée », j’avoue avoir encore du mal avec le concept qui veut que rien n’est assuré, que tout peut bouger, qu’il faut faire confiance en la Vie, et que tout est parfait – même ce qui peut paraître immonde, injuste. »

Au retour, rester ouvert et positif

« Nous sommes tous des Créateurs. Nous avons un « pouvoir » immense, celui de créer la réalité qui nous entoure. Être positif se décide, et génère un cercle vertueux de valeur terriblement contagieux. J’adore continuer de lancer des grands « bonjour » aux gens que je croise, discutailler de tout et de rien avec des inconnus, ralentir et prendre le temps d’écouter, d’observer, et rendre service dès qu’il me semble utile de le faire… OUI : l’esprit du GR peut être greffé dans nos vies de tous les jours. »

« Mon 2eme pèlerinage va commencer : celui qui consiste :
… à confier mon « je-nous » AUJOURD’HUI à un chirurgien pour qu’il répare une blessure qui ne m’empêche pas de vivre, mais dont l’intervention me permettra DEMAIN de récupérer mes pleines capacités. Le prix à payer dans l’instant présent, en somme, en projection de l’avenir.
… à vivre l’invalidité donc la dépendance, l’image sociale du handicap, et l’inverse de la liberté de mouvement pendant un bon mois. De quoi philosopher pas mal, je pense…
… à faire le ré-apprentissage de la marche par les séances de kiné intensives, donc de la douleur physiologique et de la force mentale au service du corps. J’en suis impatiente.
… à composer avec le sentiment d’inutilité et d’improductivité dans un contexte professionnel où les enjeux sont réels… Et là, à part accepter et faire confiance, je n’ai d’autre choix. »

Privilégier le sens et la qualité des relations

« Je ne pourrai m’impliquer désormais dans rien (mission pro, projet perso, relation…) qui n’ait pas de Sens pour moi et pour l’Autre. Et je ferai preuve d’une empathie exacerbée pour ceux qui réalisent des activités à contre-cœur, ou sont gangrenés dans des situations qui déraillent du chemin de leur bonheur.

Je veillerai fort à la qualité, la profondeur, la sincérité de mes relations – sans quoi, je ne les entretiendrai plus. Et je profiterai désormais davantage des merveilleuses personnes qui m’entourent, si elles me respectent et nourrissent ma spirale de positive-attitude. »

> Son album photo sur Facebook

 

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15 réponses à Emmanu’ailes se renouvelle sur le chemin de Compostelle

  1. jeanmarie douvier dit :

    magnifique en avant Ultréia

  2. Serge M dit :

    Bonsoir Emmanuelle.
    Vous paroles sur votre chemin sont belles, comme st le chemin.
    Le chemin nous plonge au fond de nous mêmes.
    Le chemin c’est et cela a été : d’abord du temps pour moi puis du temps pour et avec Dieu et donc du temps pour les autres.
    Le semaine dernière j’ai fait découvrir, dans le Lot, le chemin à un ami.
    Je lui disais que nous marchions pour tous ceux qui ne pouvaient marcher et que nous les portions dans notre prière.
    Bon courage pour votre intervention.
    Amitiés Jacquaires
    Serge

    • Emmanu'ailes dit :

      Bonjour Serge,
      et merci de tout coeur pour ton message si intense.

      Mes étapes préférées ont été les Lotoises. Je suis revenue sur mes pas le we dernier, entre Cabrerets et St Cirq Lapopie. Je n’oublierai jamais les paysages, les rencontres, la déshydratation, le challenge de marcher avec près de 15Kg sous le cagnard…

      Un jour, un pèlerin m’a dit qu’il prierait pour moi. N’étant pas de culture religieuse, cela m’a beaucoup touchée.
      Il est vrai qu’en marchant sur un chemin hautement énergétique, et en synergie avec la Nature, la Providence et l’Humanité, nous portons avec nous – en nous – la présence de tous ceux qui aimeraient vivre ce chemin comme nous.

      Amitiés à toi.

      • Serge M dit :

        Bonsoir,Emmanuelle,
        J’ai marché la semaine dernière de Figeac à Cahors!…
        Amitiés
        Serge

        Mon trajet Lotois n’est pas sur mon blog, mais tu peux trouver mon chemin.
        stjacques072007.skyblog.com

        • Emmanu'ailes dit :

          Bonsoir Serge,
          Quelle variante as-tu empruntée ? Je pense qu’une prochaine fois, je ferai celle de Rocamadour…

          • Serge M dit :

            Bonsoir Emmanuelle,
            Je suis passé en 2008 par la vallée du Célé: baignade trois soirs d’affilée!…:-)
            C’était début juillet.
            Puis , une année ,en octobre Figeac-Vers ( où habitait encore mon père)en passant par Rocamadour.
            Et , cette année , pour la troisième fois( le plaisir de revenir dans mon pays) Figeac-Cahors par Cajarc et Vaylats.

  3. ARCIZET Marlène dit :

    Bonjour Emmanuelle,
    quel plaisir de vous lire, je parcours également le chemin depuis 5 ans, un peu chaque année, je suis arrivée en 2015 à LOGRONO, c’est que du bonheur !!!!
    Tous les jours il me tarde de repartir… les rencontres sont merveilleuses et se retrouver seul avec soi même garantie une continuité de vie différente (en ce qui me concerne du moins..)
    Amicalement
    Marlène

    • Emmanu'ailes dit :

      Bonsoir Marlène,
      merci pour votre message !
      J’admire cette continuité : 5 années 🙂 je vais peut-être vous emboiter le pas !
      Belle soirée à vous.. Au plaisir de vous croiser sur le GR65 peut-être un jour 😉

  4. lempereur guy dit :

    au plaisir de te revoir sur le chemin, Guy et Sarah, les ptis belges

    • Emmanu'ailes dit :

      eheh mes Belges préférés !!!!
      Pour sûr : « Il n’y a que les montagnes qui ne se croisent pas »
      j’espère que vous allez bien, ainsi que vos gambettes… prenez-bien soin l’un de l’autre !!

  5. Renée Denis dit :

    82 ans jamais fais compostele je viens de vous lire :cela me réconforte ! J’ai dans ma jeunesse,fait 100 kms jusqu à Chartres en solitaire. Merci de votre témoignage .bonne route. Reneemamie

  6. LOIRE Maria dit :

    Quel régal merci Emmanu’ailes

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