Hubert Bancaud, 25 ans, cherche son chemin en marchant vers Compostelle et les JMJ de Madrid

Interview. Hubert Bancaud, 25 ans, part le lundi 2 mai de Bretagne sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle pour gagner Madrid à la mi-août afin de participer aux Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ).

Pour lui, cet itinéraire de 2500 km est un moyen de faire le point sur sa vie au moment où il se trouve à un carrefour personnel et professionnel.

Blog des marcheurs : Qui êtes-vous Hubert Bancaud ?

J’ai 25 ans, je viens d’arrêter des études de psychologie à Dijon, après un essai en médecine… Je suis à une sorte de carrefour de ma vie et cherche le chemin que je vais pouvoir emprunter pour vivre heureux. Actuellement je suis hébergé à Nogent sur Seine (Aube) mais ça va sûrement changer au retour de mon périple.

Pourquoi partez-vous sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle ?

J’étais en recherche de travail, je n’ai pas eu de réponses positives à mes envois de CV à des mairies, à des grandes surfaces et à des librairies notamment spécialisée dans l’aventure et le voyage.

J’avais vraiment envie d’aller aux JMJ de Madrid, l’Espagne n’étant pas loin, c’est l’année pour y aller. En 2003 j’ai eu la chance de goûter au chemin de Compostelle lors d’un camp entre le Puy en Velay et Conques. Depuis je nourrissais l’envie de partir pour Saint Jacques, plusieurs projets sont malheureusement tombés à l’eau.

Jusqu’à ce matin du mois de mars, j’étais sous la douche quand m’est venue l’idée de rejoindre les JMJ à pieds, en empruntant le chemin de Saint Jacques et en partant de Bretagne où mon frère se marie le 30 avril. Calculs fait, en partant le 2 mai, j’ai trois mois et demi pour faire environ 2500 km et arriver pour l’ouverture des JMJ de Madrid le 14 août.

Cela me permet ainsi de pouvoir vivre deux événements, deux rencontres, deux belles expériences à la suite : le chemin des étoiles et les JMJ. Le chemin sera plus une démarche intérieure, même s’il est rempli de rencontres, tandis que les JMJ seront un bain de foule et de partage (sourire, amour, prières, joie, jeunesse, universalité, le Christ, la paix, Dieu Amour…).

Des centaines de milliers de personnes sont attendues aux JMJ. Je trouve que c’est une belle conclusion des 2500 km parcourus sur le chemin de Compostelle. Durant le chemin, je vais être dans une rencontre personnelle avec moi-même, Dieu et le prochain (pèlerin, autochtone…) tandis qu’aux JMJ je serai dans une démarche d’Eglise, de communauté, de communion avec.

Partez-vous avec des questions et des attentes particulières ?

J’essaie de ne pas y penser, même si forcément j’en ai… Car le fait d’attendre quelque chose en particulier du chemin fait que je me ferme à tout le reste que le camino peut m’offrir. « On ne peut remplir un verre plein ». Si je veux être attentif à toute la magie du chemin, à toutes les rencontres, les clins d’oeil, les merveilles, les signes, les beautés… qu’il offre au pèlerin, il me faut me libérer de mes questions, être « vierge ».

J’ai confiance dans le chemin et je sais qu’il m’offrira ce qui est bon pour moi et ce dont j’aurai besoin à ce moment là. Il me permettra de faire un pas de plus sur mon chemin de vie. c’est une étape de ma vie qui s’ouvrira sur une nouvelle étape, et ainsi va la vie… comme sur le chemin de Compostelle. C’est pourquoi j’aime donner comme titre à mon projet « Un chemin, un voyage… une vie ».

Le chemin ramène à l’essentiel. on vit au jour le jour et à chaque fois les premières préoccupations sont de marcher, terminer l’étape, trouver à manger, trouver un toit. En fait la vie de pèlerin est très simple, c’est ce qui en fait toute sa magie. Ça me rappelle une phrase d’Alexis Gruss (directeur de cirque), un jour à la radio : « La beauté est dans la simplicité ».

,j’espère revenir avec des réponses entre autres, des réponses professionelles quant au sens que je veux donner à ma vie et de quelle manière je veux la vivre. Je crois beaucoup aux rencontres, aux oportunités qu’offrent la vie. Ainsi peut être sur le chemin, ou après … cela arrivera quand je serai disponible à le recevoir, je rencontrerai quelqu’un et me dirai: C’est ça que je veux faire de ma vie! ». La vie est généreuse avec ceux qui lui font confiance, alors j’essaie de lui faire confiance un maximum..

Qu’est-ce qui vous a marqué lors de votre première expérience du chemin, en 2003, entre Le Puy et Conques ?

La magie du chemin… Bien que nous soyons un groupe, nous avions la possibilité de marcher à notre rythme et ainsi de vivre le chemin comme pèlerins. Entre les premiers et derniers arrivés à l’étape du soir nous avions parfois quatre ou cinq heures d’écart. Ainsi je partais toujours seul le matin, et marchais seul au moins les deux premières heures, puis je faisais un bout avec un petit groupe que je croisais, et je repartais seul pour quelques temps jusqu’à rencontrer un « vrai » pèlerin…

Ainsi, j’ai pu expérimenter et la magie de marcher seul, les sens en éveil, attentif à chaque chant d’oiseau, à chaque rayon de soleil filtré par les feuilles des arbres, à chaque bruit de ruisseau dévalant la vallée, à chaque pas éffectué, à chaque pensée traversant l’esprit…

J’ai pu également expérimenter la magie des rencontres sur le chemin de saint Jacques, plus de barrières sociales, tous dans le même panier, tous bâton à la main, sac au dos et chaussures au pieds, rien ne différencie le jeune étudiant du directeur d’entreprise ou de l’ouvrier retraité, à part l’âge.

J’ai aussi pu expérimenter la magie de la marche à plusieurs, la marche délie les langue, casse les armures, les défenses… lorsque l’on marche on parle avec beaucoup de liberté et de naturel, quel que soit le compagnon de marche.

Ce qui m’a marqué également c’est l’effet curatif du chemin. j’ai le souvenir d’avoir croisé des pèlerins qui avaient des poids lourds, des souffrances, des difficultés, des maladies… et c’est comme si le coeur qu’ils transportaient s’allégeait au fur et à mesure des kilomètres parcourus vers Saint Jacques.

Aviez-vous déjà participé aux JMJ ?

Oui, j’ai déjà eu la chance de participer aux JMJ de Cologne en 2005 où j’ai vécu des instants très forts. Le fait de se retrouver avec plus d’un million de personnes du monde entier, parlant toutes les langues, qui sont souriant, qui sont heureux, qui viennent pour faire communion autour d’un même message d’amour et de paix… c’est merveilleux.

Actuellement on nous rabâche les oreilles avec les catastrophes naturelles, les guerres, les révolutions, les viols, les agressions… la société nourrit un climat de peur. Dans ces conditions, ça fait du bien de voir des gens souriants, sereins, qui n’ont pas peur de la vie, qui aiment la vie, qui aiment les hommes quel qu’ils soient et qui ont foi en l’avenir.

Serez-vous en lien avec un groupe particulier ?

A Madrid, je vais rejoindre un petit groupe de jeunes lasalliens (des établissements scolaires saint Jean Baptiste de la Salle) que mon frère connaît. Mais pour ma part ce sera une rencontre car je ne les connais pas. Je vais également essayer de retrouver à un moment les jeunes de mon diocèse pour témoigner de mon expérience, et peut être d’autres encore… qui sait ce que les rencontres du chemin me réserveront.

Quels sont vos besoins ?

N’ayant pas beaucoup d’argent du fait de ma situation professionnelle, je compte beaucoup sur des l’hébergement « freestyle » chez des particuliers, dans des paroisses ou dans des petits gîtes de pèlerins.

Ayant choisi d’emprunter des chemins peu fréquentés, je pense qu’il sera plus facile de fonctionner dans un système de rencontre avec les habitants et également de partage et témoignage avec eux. Après je verrai comment ça se présente en chemin.

Donc si par hasard les personnes qui lisent cet article habitent sur mon itinéraire et veulent m’héberger, je serai ravis de passer leur porte. Pour connaître mon itinéraire vous pouvez aller dans la rubrique « préparation » de mon blog.

Recueilli par Gilles Donada/blogdesmarcheurs.fr

→ Le blog d’Hubert Bancaud
→ Contact : cheminmadrid@yahoo.fr et 06 60 73 10 27.

Suivez le fil info du marcheur sur Twitter

Ce contenu a été publié dans Compostelle, Spiritualité, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Hubert Bancaud, 25 ans, cherche son chemin en marchant vers Compostelle et les JMJ de Madrid

  1. Au fil des jours… CREDENCIAL ? Au départ, on ne connaît pas ce nouveau mot ni véritablement son sens ni ce qu’il représente. Ce n’est qu’au retour que l’on mesure vraiment ce nouveau vocabulaire assimilé et son importance qu’il prendra ensuite dans notre vie pour le reste de notre vie. Quand je suis rentré, je ne reconnaissais plus mes marques, je ne savais plus où étaient mes choses, mes objets, la seule chose à laquelle je pouvais me raccrocher était cette CREDENCIAL, ce bout de papier que j’avais soigneusement protégé en chemin, tout le long du chemin. A mon retour, je me suis rendu compte que ma CREDENCIAL mesurait ► 5,6 m de longueur une fois dépliée. Elle est une partie du chemin, celle qui nous aide à nous ré-ancrer après être allé la faire encrer : http://www.aillet.com/credential/camino_del_norte.htm
    BUEN CAMINO à Hubert
    Cordialement
    JFA

  2. LOPEZ Danielle dit :

    nous sommes tous avec toi , Hubert…devant toi, derrière toi ..mais sur le Chemin nous marcherons avec toi !!! donne nous de tes nouvelles …ton optimisme nous réjouis ….
    Buen Camino amigo !!!
    Ultreia

  3. hubert dit :

    Merci pour vos messages d’encouragements qui sont bien précieux dans ces premiers jours d’adaptation et de doutes.

    Mais grâce à vous, je tiens le coup et continue de me battre… :o)

    Ultreïa

Les commentaires sont fermés.