Juliette Lacoste soutient les premiers pas des pèlerins vers Compostelle

Juliette Lacoste dans l'Aubrac, août 2013, entre Le Rouget et Aumont.

Juliette Lacoste dans l’Aubrac, août 2013, entre Le Rouget et Aumont.

Elle habite Linselles, dans le nord de la France, Juliette Lacoste a décidé de poursuivre, sous une autre forme, son métier d’enseignante : elle a apprend à ceux qui veulent se lancer sur le chemin de Compostelle à trouver la confiance et la sérénité  en les accompagnant sur les premiers kilomètres. Elle a fondé l’association Les premiers pas, qui a aidé 150 personnes à faire les leurs. Elle associe cet accompagnement à des exercices de Qi Gong quotidiens.

Juliette a pris elle-même la route en 2006 avec des amies pour une première séquence de trois jours. « Nous nous sommes connues en stage de développement personnel, se souvient-elle, et lors d’une soirée entre nous, j’ai lancé cette idée. Je pense que faire le chemin de Saint-Jacques est en lien avec le développement personnel. Et donc elles ont répondu avec un oui spontané ! Je me suis proposée pour l’organisation et 2 mois plus tard nous nous retrouvions sur le chemin ! »

Elle s’est arrêtée à Logroño, 200 km après la frontière. « Avec 4 enfants, dit-elle, je ne peux m’absenter plus de 10 jours par an pour ma convenance personnelle. L’année dernière avec l’activité des « premiers Pas » je n’ai pas pu partir mais en novembre 2014, j’espère pouvoir partir 10 jours pour continuer mon propre chemin. »

► Ecoutez ma chronique du  14 avril 2014 : Les premiers pas : quel est le profil des marcheurs qu’elle accompagne ? Que leur enseigne-t-elle ? Poursuivent-ils le chemin après ?

Blog des marcheurs:  qu’est-ce qui vous a décidé à créer les premiers pas ?
Juliette Lacoste : Lorsque je raconte cette merveilleuse aventure qu’a été le chemin de Compostelle pour, en compagnie d’amis, en milieu professionnel ou dans d’autres circonstances de rencontres, J’ai des retours comme : « je le ferai lorsque je serais à la retraite, c’est un rêve mais je ne peux pas partir de suite, mon mari ne veut pas venir avec moi et je ne veux pas partir seule. »

Il y a à chaque fois des regards pétillants d’envie, comme si quelque chose empêchait ces personnes de partir. J’ai toujours rêvé de voyager à la découverte de paysages mais aussi avec l’envie de rencontres authentiques, simplement avec sac au dos mais étant mère de 4 enfants, mon rêve n’est pas réalisable aujourd’hui. La création « Des Premiers Pas » me permet non seulement de partager mon expérience, de transmettre, mais aussi de voyager avec sacs à dos et de vivre de belles rencontres.

Qu’en avez-vous retiré sur le plan personnel, spirituel ?
Tout d’abord la spiritualité pour moi est tout d’abord un chemin vers soi. Une quête de sens. Je crois au « sacré », à la vie, à chaque être humain. Je crois aussi que le hasard est le nom que prend Dieu pour passer inaperçu. Et que ce qu’il nous arrive dans la vie, si on y met du sens et donc de la spiritualité, on en sortira grandi à l’intérieur de nous-même.

Marcher sur le chemin de Saint-Jacques a été pour moi une révélation de quête de sens. Tout d’abord avec le sac à dos à préparer, le choix de l’essentiel, qu’est ce que je garde, qu’est ce que je choisis de ne pas porter, quel est le fardeau que je porte, est ce que je veux continuer de le porter où est ce que je veux me délester ? Il y a un réel travail symbolique accompli au travers du port du sac.

Quand je suis partie la première fois, je faisais porter mon sac. La deuxième fois il pesait 12 kg et aujourd’hui, il en pèse 7 Kg. C’est comme dans ma vie : je me suis délesté, j’ai fait le choix de l’essentiel. Le port du sac à dos a donc un réel sens !

Ensuite, j’ai appris a avoir confiance en moi, en l’autre,en la vie. Avoir confiance en mes capacités physiques mais aussi mes intuitions, mes ressentis…

Avez-vous des exemples de cet apprentissage de la confiance ? 

Il m’est arrivé d’hésiter à la croisée de chemins, voyant des marcheurs devant, je les ai suivi; même si à l’intérieur de moi, je sentais que le bon chemin était l’autre. Il s’est avéré que c’était des marcheurs, oui mais pas des pèlerins. Ils marchaient sur un sentier de randonnée autre que le GR65. Je les ai donc suivi et je me suis rendu compte que je m’étais trompée. J’ai donc marché 4 km de plus ce jour là !

Un autre jour, nous ne trouvions pas d’hébergement et nous repartions pour faire quelques kilomètres de plus alors que l’on en avait déjà 25 dans les jambes. Il était assez tard dans l’après-midi. Nous sommes interpellés par monsieur qui voit notre fatigue. Il nous propose sa grange pour dormir dans la paille. Il nous a préparé un matelas de paille, ça a été une expérience inoubliable avec une belle rencontre de cet homme et de sa famille et dormir dans la paille, je ne l’avais jamais vécu, un pur bonheur de chaleur. Le chemin m’a appris le lâcher prise :  » Fais tout ce que tu peux et laisse faire Dieu ».

Qu’est-ce que le chemin vous a appris d’autre ? 

La marche m’a appris aussi à prendre le temps. La marche nous invite  à prendre le temps, on traverse la nature, les villes en prenant le temps de sentir le foin fraîchement coupé, de regarder les nuages s’épaissir, de sentir le vent, la chaleur du soleil, de voir venir la pluie… On s’arrête  lorsque l’on voit quelqu’un sur le bord du chemin pour échanger quelques mots, voire pour passer l’après-midi à ses côté et échanger en marchant, ou marcher côte-à-côte en silence.

Lorsque je traverse un village et ensuite le quitte, je regarde derrière moi et le voit au loin comme un regard dans le rétroviseur, sur le chemin oui, mais aussi sur ma vie, ce dont je suis fière, ce que j’ai traversé.

La marche m’a appris aussi à apprécier le silence…. Et s’il est en présence de l’autre, un pur bonheur ! La marche sur ce chemin « sacré » m’a amené à trouver des réponses à certaines de mes questions car elle m’a mené vers une intériorité qui m’a permis d’être en totale vérité avec moi-même (ressentis, sensations, émotions…).

Partir sur le chemin de Saint-Jacques une ou 2 semaines par an c’est un RDV avec moi-même, une pause pour m’intérioriser et me faire plaisir. Quelle liberté de pouvoir s’arrêter lorsque l’on est fatigué, lorsque l’on a faim ; d’avoir une tenue pour le jour et une pour la nuit, notre esprit est complètement libre de toute contrainte et donc ouvre d’autres dimensions de son être.

Ce temps que je m’offre chaque année me permet d’être beaucoup plus disponible pour mes enfants. Je pense que l’on peut donner à l’autre lorsque l’on peut se donner à soi-même.

Comment articulez vous la marche vers Compostelle et le Qi Gong, que vous proposez aussi mais qui se pratique à l’arrêt ?

Les cours de Qi Gong que j’ai suivi avec Sandrine m’ont amené à être plus présente à moi-même. Associer cette pratique au chemin de Saint-Jacques c’est amener un outil pour être plus en lien avec nous même et à la nature. Le Qi gong est une méthode de prévention de santé issue de la médecine traditionnelle chinoise qui offre aux participants de la bienveillance et de l’attention corporelle.

La pratique du Qi Gong évite les efforts musculaires non appropriés et favorise le respect de nos limites corporelles. Les mouvements enseignés au lever dénouent les zones musculaires, déverrouillent les articulations. Des mouvements sont proposés après le petit-déjeuner afin de prendre contact avec nos appuis, notre verticalité et notre souffle, notre corps s’inscrit dans une plus grande fluidité.

Des outils concrets et efficaces sont enseignés afin d’optimiser notre réceptivité (marchons dans notre corps plutôt que dans notre tête). Le soir avant le coucher un espace de calme mental sera proposé.

Quels sont vos projets ?

J’en ai plusieurs.  J’ai eu l’occasion d’accompagner un chef d’entreprise avec quelques salariés car il avait pour objectif de leur céder une partie de son entreprise. Pour symboliser cette démarche, je les ai accompagnés durant quatre jours sur le chemin et le dernier jour, le responsable les a laissé cheminer seuls entre eux, une façon de passer le flambeau… C’était une expérience très enrichissante pour tout le monde : évidemment une grande cohésion d’équipe s’est développée mais aussi beaucoup d’authenticité entre eux. J’aimerais développer cette démarche dans le monde de l’entreprise car elle amènerait plus d’humanité et donc plus de bien être dans le monde de l’entreprise qui est parfois très rude !

A  plus court terme, je souhaite créer une semaine de développement personnel sur le chemin : « Compostelle, un chemin vers soi » avec un travail sur le sac à dos, avec des temps de parole matin et soir. Je suis par ailleurs une formation de psychothérapeute qui pourra me permettre de développer cette idée. Mais en aucun cas, j’arrêterai l’accompagnement que je fais actuellement, de permettre aux personnes de démarrer le chemin de St Jacques de Compostelle !

Recueilli par Gilles Donada / Blog des marcheurs.

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