Partir vers Compostelle pour vivre sans peur

J’ai rencontré Florence pour la table-ronde du Forum des chemins de pèlerinage dédiée au thème « Le chemin guérit-il ?« .

Avec son humour et sa fraîcheur, elle a confié à l’assistance combien partir le chemin affirmait le désir de vivre autrement, moins dans la peur et le contrôle.

Elle a choisi de se lancer avec l’association Les premiers pas, qui aident justement ceux et celles qui ont besoin de sentir soutenus pour prendre la route. 

Son témoignage illustre bien la générosité du chemin : pas besoin de la parcourir en entier pour qu’il nous dispense  ses trésors. 

Partir me faisait me peur, mais c’était nécessaire. Je me rendais compte que j’étais en train de passer à côté de ma vie. Pour passer le cap de mes 30 ans, je voulais me prouver à moi-même que j’étais capable d’entreprendre quelque chose que je n’avais jamais fait jusque-là. Je suis donc partie marcher sur le chemin de Compostelle, accompagnée par l’association Les premiers pas.

C’était la première fois de ma vie que je partais en randonnée, seule de mon côté, avec un sac à dos. J’ai toujours passé mes vacances en famille au club Med. J’ai toujours besoin d’organiser, de planifier, de contrôler… Il y a trois ans, ma maternité m’a confrontée à mes peurs. Durant la grossesse, j’avais failli perdre mon fils. J’étais restée alitée. Arrivée au terme de la grossesse, le bébé n’as pas voulu se retourner pour sortir. Il a fallu pratiquer une césarienne. J’avais l’impression que j’avais dit à mon enfant : « Ne sors pas, c’est trop dangereux ».

Je souhaite avoir un autre enfant, mais je veux que ça se passe différemment  En partant sur le chemin, j’avais emporté du désinfectant pour le dortoir… Je croyais sincèrement que je n’allais pas survivre à la vie en communauté. J’ai découvert que la dynamique du groupe me portait. Quand on ne peut plus avancer soi-même, les autres nous aide à aller de l’avant.

Un jour, je me suis retrouvée seule face à un troupeau de vaches qui traversait le chemin. J’ai paniqué : j’ai cru que j’allais mourir piétinée. En croisant leur regard, j’ai senti leur force — la vache est un animal sacré ! J’ai commencé à sentir la vie présente dans la terre que je foulais, dans les arbres que je croisais, dans la nature au milieu de laquelle je marchais. Moi qui avais si peur de vivre, je me suis sentie enfin vivante.

Recueilli par Gilles Donada/Blog des marcheurs

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2 réponses à Partir vers Compostelle pour vivre sans peur

  1. Gaële de La Brosse dit :

    Un témoignage très émouvant. Merci pour ce post, cher Gilles !

  2. Robbes dit :

    Quelle belle idée, Gilles, avez-vous eue de rendre hommage, ici, à Florence !
    Cette jeune femme aura marqué l’ assemblée par sa franchise, son regard distancié sur elle-même, tout cela avec beaucoup d’ humour et d’ aisance..
    Où l’ on voit que l’ ami saint-Jacques et l’ association « Les petits pas » font à eux deux, merveille.
    Et en peu de temps qui plus est !!!
    A l’ audace de Florence répondent les mots de frère François Cassingena-Trévedy :
    « Et j’ ai monté encore, et j’ ai posé mes pieds sur les nuages, et je n’ ai pas sombré. »
    in « Cantique de l’ infinistère »
    L’ occasion de vous saluer, Gilles, Gaële, Florence.
    Anne

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