Pelerin.info part à la rencontre des pionniers de Compostelle

Ils sont huit pèlerins à s’être lancés sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, entre les années 1940 et 1990, à l’époque où la route n’était pas balisée. Le site de Pèlerin leur consacre un webdocumentaire.

« Nous étions considérés comme des hurluberlus ! », témoigne Dominique Paladilhe, 90 ans, qui a bouclé son sac en 1948 pour se lancer seul sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. À l’époque, le Camino n’était pas balisé. Pour être hébergé, le pèlerin devait frapper aux portes ou bien dormir dans une grange ou un champ…

C’est à l’abbé Georges Bernès, parti en soutane en 1961, qu’on doit le premier véritable guide du chemin de Saint-Jacques, publié en… 1973. En 1987, seuls 2 900 pèlerins étaient arrivés à Santiago. Ils étaient 183 366 en 2011 !

L’abbé Bernès et Dominique Paladilhe font partie de la galerie de huit portraits de pionniers de Compostelle, présentés  à partir du vendredi 30 mars (pour le premier jour du salon de la randonnée) sur www.pelerin.info dans un webdocumentaire, en partenariat avec le quotidien Sud-Ouest et le voyagiste via-compostela.com. On y suit les traces des pèlerins partis en 1956, 1958, 1965, 1968, 1982 et 1993.

À la différence d’un film linéaire, le webdocumentaire invite l’internaute à explorer cette épopée de façon interactive. En cliquant sur les lobes d’une coquille Saint-Jacques, il accède à des vignettes animées conduisant à 27 vidéos différentes soit, au total, plus d’une heure de film.

Les pionniers y ouvrent leur « sac à reliques », qui recèlent leurs souvenirs : un bourdon, un pain de Santo Domingo, une calebasse, un passavant, ou encore la précieuse compostela, ce certificat remis aux pèlerins à leur arrivée.

On feuillette trois albums photos inédits : la traversée en soutane de l’Espagne par l’abbé Bernès, le périple en charrette et en chaise roulante des Chauvin, le patrimoine de l’Espagne, photographie par François Préchac.

Quatre témoins et historiens replacent l’aventure de ces « hurluberlus » dans son contexte :

→ La renaissance du chemin après la guerre (expliqué par l’historien Hubert Jacomet),

→ L’hospitalité (par le Père Sébastien Ihidoy, qui a accueilli des pèlerins pendant 20 ans dans son presbytère de Navarrenx, dans les Pyrénées-Atlantiques),

→ La création du livret du pèlerin qu’on fait tamponner à chaque étape (Jeannine Warcollier, secrétaire générale de la société française des amis de Saint-Jacques-de-Compostelle),

→ L’épopée des pionniers de Compostelle dans l’après-guerre (par Patrick Huchet, écrivain et historien, co-auteur de plusieurs ouvrages sur le Camino).

Les huit pionniers, présentés par Marianne Rigaux, l’auteur du webdoc

→ Pionnier parmi les pionniers, l’historien Dominique Paladilhe marche jusqu’à Compostelle en 1948, traversant l’Espagne de Franco alors très fermée aux touristes. A l’époque il n’y a rien sur le chemin : pas d’hébergement, pas de balisage, pas de marcheur, pas de carte. Parti avec un ami de Saintes, il termine seul. Huit ans plus tard, il publie le livre Carnet de route d’un étudiant à pied vers Compostelle, qui a inspiré nombre de ses successeurs.

→ Louis Janin s’est rendu au moins 25 fois à Saint-Jacques de Compostelle. Au 25e pèlerinage, il arrête de compter. Son premier remonte à 1956 : trois semaines de vacances pour couvrir 1 500 kilomètres à un rythme soutenu. Au fur et à mesure de ses pérégrinations, il allège son sac, jusqu’à partir avec seulement une banane autour de la taille. En 2008, il effectue son dernier pèlerinage à Compostelle à l’âge de 85 ans.

→ Une jument, une charrette, neuf étudiants parisiens : telle est la composition de l’équipée qui part en 1958 de Parthenay. A sa tête, Jacques Vedel, Claude Chauvin, Jean-Claude Choisnard et Michel Warcollier. Il y a aussi des femmes, des personnes handicapées moteur et des bagages encombrants. Cette étrange caravane reçoit le soutien de l’ambassade d’Espagne en France qui arrange les formalités administratives.

→ De professeur en Espagne à entraineur de rugby, en passant par compositeur au piano, Georges Bernès a eu plusieurs vies. Il aime répéter que le plus beau moment de toutes ses vies reste les 33 jours de 1961 où il marcha de Montesquiou à Compostelle accompagné de l’un de ses étudiants. En 2011, il fête ses 90 ans et voit enfin son récit de pèlerinage publié, après avoir dormi 50 ans dans son grenier. Entre temps, en 1973, il a signé Le Chemin de Saint-Jacques en Espagne, le premier topoguide qui restera l’unique document jusqu’aux années 1990.

→ En 1965, François Préchac prépare son entrée aux Beaux Arts, section architecture. Il se lance sur le chemin de Saint-Jacques qui lui sert de cas d’étude pour le concours de la prestigieuse école. Il dessine les églises, les ponts, les paysages, et rentre en France le sac plein de croquis. Tous ces kilomètres sont aussi pour lui une rencontre avec Dieu, une réflexion sur sa foi.

→ Son frère était parti trois ans plus tôt, lorsque Christine Préchac, devenue Champion, se lança à son tour sur le chemin de Compostelle. Nous sommes en mai 1968, elle étudie à la Sorbonne, fermée à cause des manifestations. De son pèlerinage il ne lui reste pas grand chose de matériel après avoir oublié son appareil photo au départ et sa compostella à l’arrivée. Seul reste ce sentiment d’être depuis accompagnée par Saint Jacques dans sa vie quotidienne.

Francis Zapata part en août 1982 avec onze compagnons et le guide Bernès en poche. Il marche de Saint-Jean Pied de Port à Compostelle sous une chaleur infernale. Il recommence le même trajet en 2000, en solitaire cette fois. Il écrit à son tour un guide : Les chemins de Saint-Jacques dans les Landes, paru en 2005.

→ Après avoir randonné en 1990 et 1993 sur des segments du chemin de Saint-Jacques, Jean-Claude et Gisèle Bourlès décident en 1995 de parcourir les 1659 kilomètres d’une traite. C’est la fin de la période des pionniers : sur le chemin, les hébergements se sont multipliés, et le couple inaugure des lits neufs quasi chaque nuit.

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Une réponse à Pelerin.info part à la rencontre des pionniers de Compostelle

  1. en 1986 après le décès de ma fille de 15 ans des amis de la paroisse m’ont proposé de partir pour St Jacques avec l’association Notre Dame du Salut sous la houlette de Patrick Bossy – le chemin n’était pas aussi « confortable » que maintenant et il n’y avait pas de lieu d’hébergement : nous couchions dehors et
    si nous avions tout notre bardas sur le dos PATRICK BOSSY portait duvets et éventuellement matelas pneumatique dans la voiture Nous avons parcouru St
    jean Pied de Port – St Jacques en 27 jours en Juillet . Le dernier jour nous avons
    parcouru 45 kms et du monte del Gozzo nous avons aperçu les tours de la cathédrale, tout comme faisaient les « anciens pèlerins »- quelle émotion à l’arrivée …. J’ai fondu en larmes – ULTREIA janine 83 ans

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