Pourquoi les pèlerins de Compostelle sont-ils démangés par l’écriture ?

► Ma chronique radio du 22 avril sur Compostelle et l’écriture

« Je n’avais pas l’intention de relater mon voyage à Compostelle et je n’ai pris aucune note pendant mon périple. Mais lorsque la directrice des éditions Guérin me l’a suggéré, j’ai commencé à réfléchir, puis je me suis attelé à l’écriture. J’ai alors été très étonné de voir tous ces souvenirs remonter à ma mémoire », confie Jean-Christophe Rufin à Pèlerin. Son récit, Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi,  est classé parmi les dix meilleures ventes d’essai depuis sa sortie fin mars.

Caroline Bataille n’a pas la renommée de ce médecin, écrivain, diplomate et académicien. Comme lui, cependant, elle a parcouru le chemin de Compostelle, avec son père, Claude, comme elle le raconte à la Nouvelle République.

Partis de Tours, ils sont arrivés à Saint-Jean-Pied-de-Port. « On est parti quatre fois. La première, c’était en 2008. Papa avait 74 ans, moi 47 – les chiffres, c’est drôle…  »

Si le chemin n’a pas toujours été facile, physiquement (20 à 25 km par jour avec 7-8 kg sur le dos), cette secrétaire médicale et mère de trois enfants a été touchée par le « fabuleux accueil des gens ». « C’est formidable. On a la sensation d’une société meilleure. Comme si on était dans une autre dimension. »

Ses souvenirs de rencontres, ses impressions, elles les a consignés dans un petit carnet de notes qu’elle aimerait à tout prix publier. Elle déjà choisi son titre provisoire : Son regard en chemin.

Si tous les pèlerins de Compostelle ne publient pas leur récit de voyage (comme l’avait également fait Alix de Saint-André avec En avant, route ! chez Gallimard), beaucoup sont travaillés par le désir d’écrire. Pourquoi ?

Rendre publique ses notes de voyage, c’est franchir un pas

Consigner ses souvenirs dans un carnet de notes, c’est un moyen de faire mémoire des étapes parcourues, des lieux traversés, des rencontres qui ont marqué notre périple.

Chercher à  publier cette histoire personnelle,  c’est franchir un pas supplémentaire : ces découvertes, nous ne voulons pas les garder pour nous, nous voulons les partager avec le plus grand nombre.

En relisant nos notes, en contemplant le chemin parcouru, c’est surtout notre cheminement intérieur que nous relisons. Nous prenons conscience de la transformation qui s’est opérée en nous grâce à ces heures de marche, silencieuses ou non ; grâce à ces rencontres impromptues ; grâce à ces paysages contemplés sous le soleil ou entrevus derrière un rideau de pluie.

Rien d’étonnant, au fond, car Compostelle est vraiment un chemin initiatique (il révèle cette « autre dimension » de la vie dont parle Caroline), offert à tous comme un sacrement, qui nous donne de « naître d’en bas » : tout part de cette terre qui nous soutient. Cette terre ferme, solide et sûre.

Cette énergie et cette sécurité remonte de nos pieds à notre coeur, et de notre coeur à notre tête, changeant ainsi, de l’intérieur, le regard que nous portons sur nous-mêmes, sur les autres, sur notre vie.

Ecrire, poser de mots comme on pose des pas, c’est une façon de rendre témoignage au courage, à la beauté, à la vie, à la bienveillance, à la générosité rencontrés en chemin.

Et comme l’amoureux ne peut s’empêcher de crier sa joie sur les toits, le pèlerin qui revient de Compostelle, veut rayonner de cette lumière si singulière qu’il a vu se lever sur sa route.

 

 

 

 

 

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3 réponses à Pourquoi les pèlerins de Compostelle sont-ils démangés par l’écriture ?

  1. Effectivement, beaucoup de pèlerins sont démangés par le besoin d’écrire et de relater leurs voyages, écrire un livre n’est pas à la portée de tout le monde, et c’est une toute autre Aventure…

    Fort heureusement, il existe de nos jours un autre moyen formidable de communication, comme les Sites et blogs d’internet, qui permet grâce à des carnets de route ( notes ) et des séries de photos pour partager son vécu, avec de futurs pèlerins ou grands randonneurs, uniquement pour le partage, afin de leur éviter de nombreuses galères et aussi de faire rêver tant de gens qui ne peuvent partir sur ces grands Chemins pour divers raisons…

    Ami Gilbert d’Ahuy ( http://www.stjacquespassion.com )

    • Gilles dit :

      Tout à fait d’accord Gilbert, les blogs et sites sont des lieux simples et accessibles pour toucher le plus grand nombre en partageant son expérience. Bravo pour votre site très fourni. Gilles

  2. Un beau parcours que celui qui est celui de l’auteur.

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