Santiago, 7 ans, part à Compostelle pour devenir « un petit homme »

Leandro, Céline Anaya Gautier, Santiago © Céline Anaya Gautier

A la demande de son fils, Santiago, 7 ans, la photographe Céline Anaya Gautier part à la fin du mois sur le chemin de St-Jacques de Compostelle  afin de l’aider à un « petit homme ».

Cette fougueuse photographe franco-péruvienne de 38 ans, qui a notamment travaillé sur les femmes de la rue (Coeur de femmes) et les coupeurs de canne à sucre haïtiens en République dominicaine (« Esclaves au Paradis »), est habitée par l’idée de transmission et de rituels de passage.

Son projet a évidemment une dimension photographique. Céline se démène pour trouver sponsors (elle a déjà le soutien du magasin Décathlon de Villiers-en-Bière, Seine-et-Marne) et financements (lire ci-dessous) pour partir. Leur marche initiatique de 1000 km débute le 27 juin pour arriver à Saint-Jacques le 31 juillet.

Ma chronique RCF du 2 juin 2014 sur ce voyage initatique de Santiago et de Céline

Blog des marcheurs : Comment un enfant de 7 ans peut-il avoir l’idée de partir sur le chemin de Santiago  ?
Céline Anaya Gautier :  J’ai parcouru trois fois le chemin, seule et d’une traite  : une fois en 2010 en partant de Paris ; deux fois en partant de Saint-Jean-Pied de Port (en 2004 et 2008). J’ai également effectué plusieurs reportages photos sur le Camino. Quand il était plus petit, Santiago disait : « Maman part marcher sur mon chemin ».

 

Je lui ai toujours dit que lorsqu’il atteindra 6-7 ans, il faudra qu’il réfléchisse à accomplir une épreuve pour devenir un « petit homme », un rituel dans l’esprit de ceux que pratiquent les indiens. Le principe, lui avais-je expliqué, c’est de se surpasser sur le plan physique et des émotions. Après réflexion, Santiago est revenu me voir en me disant qu’il voulait marcher sur son chemin. Je lui ai proposé de parcourir l’étape du franchissement des Pyrénées, mais il a insisté pour faire tout le chemin jusqu’à Saint-Jacques.

Qu’avez-vous répondu à Santiago ?
Que ce qui est difficile n’est pas impossible : il faut juste se donner les moyens. Nous avons commencé à marcher à côté de la maison, dans la forêt de Fontainebleau. Santiago marche 15 km sans problème. Mais sur près de 1000 km, ce sera autre chose… Je lui ai promis que je marcherai à son rythme. Santiago s’est complètement investi dans le projet. En forêt, il a trouvé son bâton de pèlerin qu’il a lui-même taillé. Il n’arrête pas de demander : « Dans combien de temps on part ? » Je joue les gardes-fous. Je lui explique que l’échec est une possibilité, comme dans la vie, et que chaque jour supplémentaire de marche est déjà victoire.

Qu’est-ce qui l’intrigue, l’attire ?
Le passage de la frontière entre la France et l’Espagne. Il ne sait pas ce que c’est qu’une frontière : avoir un pied en France et l’autre en Espagne le fascine. A Santiago de Compostela, je lui ai dit que je lui achèterai des vêtements de « petit homme » et qu’arrivés à cabo Fisterra (la fin des terres), comme le veut la tradition, il brûlera ses habits de petit garçon. Pour lui, c’est incroyable de jeter ses habits au feu ! A l’école, il a parlé de son voyage. Ses camarades ont commencé à demander à leurs parents : « Et moi, ce sera quoi mon passage de petit homme ?  »

On sent chez vous un vrai désir de transmettre…
Oui, dans ma vie, j’ai du faire des choix, renoncer, avancer… La vie est belle et dure. Et beaucoup de choses sont possibles. Je dis à mes enfants : ce n’est pas parce c’est difficile qu’on n’ose pas, mais c’est parce qu’on n’ose pas que c’est difficile [une citation de Sénèque NDR]. Le plus dur, c’est toujours le premier pas… Ce voyage vers Compostelle n’est pas simple pour moi non plus : je ne serai pas là pour l’anniversaire de mon deuxième fils, Léandro, qui va fêter ses deux ans. J’ai eu des soucis de santé et j’angoisse à l’idée de me trouver loin de tout hôpital.

Qu’est-ce que représente pour vous le Camino de Santiago ?
Le chemin est un cadeau que te donne la vie. Quand je suis revenue de Compostelle, j’ai pleuré pendant trois semaines tellement j’avais le blues ! Puis, en discutant avec une Québécoise rencontrée sur le chemin, j’ai pris conscience que je devais vivre ma vie comme un jour sur le chemin, en conservant cette ouverture vers les autres, ce partage, ce désir de remercier.

Un jour, j’ai rencontré une fille qui voulait faire de la photo. Chez moi, dans une armoire, il y avait un appareil auquel je tenais mais que je n’utilisais plus. A quoi cela servait-il de conserver cet appareil alors que quelqu’un en avait besoin ?  Je lui ai donné. Nous nous croisons régulièrement, de façon totalement imprévue. Elle est devenue photographe. Le chemin t’enseigne des leçons de vie.

Allez-vous garder une trace de ce périple ?
Je vais prendre des photos et tenir un carnet de route. Santiago dessinera. Mais il a bouleversé mes plans : il veux prendre lui aussi des photos et il souhaite que moi, je dessine ! Je n’ai pas dessiné depuis l’âge de 10 ans ! Santiago m’a répondu qu’il pas prendre des photos mais qu’il apprendrait, et donc que je pouvais bien faire effort ! Nous avons un projet de livre…

Deux expositions sont prévues. L’une dans les rue de Fontainebleau et l’autre itinérante sur bâche. J’offre mes droits d’auteurs et met l’expo gratuitement à disposition des collectivités et des associations mais j’ai besoin d’un coup de pouce pour financer tout l’achat du matériel (bâches, tirages, etc.). J’ai lancé une collecte sur la plateforme de financement participatif Kisskissbankbank qui s’achève le 27 juin, le jour de notre départ vers Compostelle.

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13 réponses à Santiago, 7 ans, part à Compostelle pour devenir « un petit homme »

  1. Bravo pour ce trés beau projet ! je penserai souvent à vous sur ce chemin comme tous ceux qui restés à la maison seront aussi en communion avec vous ..
    j’ai pris le chemin le 9 mai 2013 et suis arrivée à St Jacques le 27 juillet.. à finisterre j’ai aussi brûlé un vêtement en signe de la femme nouvelle que j’étais devenue ..
    je serais heureuse d’avoir de vos nouvelles !
    bun camino ! anne carole

  2. tapiau dit :

    Bonjour.
    Si toutefois vous passez dans le Gers..entre Manciet et Nogaro ..je me ferai un plaisir de vous recevoir chez moi ..dans ma maison d’hôtes..capacité d’accueil
    6pers.. à titre gracieux pour vous et votre enfant. un point de rencontre et je peux aller vous chercher en voiture .
    Cordialement ..Betty Tapiau

  3. Bonjour,
    Santiago et moi nous vous remercions du fond du cœur pour vos encouragements et vos invitations…Chaque jour sera un jour de gagné… nous devions commencer de Saint Palais mais Santiago veux absolument faire plus de 1000 km pour son passage de petit homme, alors j’avais décidé de partir de Aire-sur-l’adour, mais si votre proposition tient toujours, cela peut être génial de commencer notre périple par une invitation. Nous arriverons à l’aéroport de Pau et nous pouvons prendre un bus après.
    céline Anaya Gautier

  4. Bovard dit :

    Bravo et beaucoup de plaisir. J’espère le faire un jour.
    Cordialement. Catherine Bovard

  5. Bravo Céline pour ce projet ! Je serai heureux de parler de votre aventure dans mon blog, si vous le souhaitez. Une photo + Deux petits paragraphes, et je posterai. Pour cela écrivez-moi en cliquant sur Contact en bas de la page de mon blog.
    Ultreia !

  6. Francisco Carnero dit :

    Celine te puedo asegurar que me has emocionado con lo del Camino de Santiago con tu hijo
    Buen camino a los dos

  7. Ce que vous faite m’impressione beaucoup. je vous plein d’aventure et plein de moment trés agréable rempli d’amour et d’humeur. bonne continuation

  8. c’est un bon article .
    j’aime beaucoup tous ces informations.
    merci pour le partage.

  9. Michel Carlier dit :

    Salut Celine !
    Je découvre tous les sites qui parlent de Santiago et de toi…. Quelle chance nous avons eu de marcher à vos côtés jusqu’à St Jacques ! Bises à Plume d’Oeuf !
    Michel

  10. Serge dit :

    Bonjour,
    Je viens de lire cet article sur Céline et Santiago.
    Quel beau projet!…
    Marcher sur le chemin de Saint Jacques et pour tous une initiation.
    Mais là, avec un enfant de 7 ans, c’est une idée géniale!
    Il y a peu d’enfants sur le chemin.
    Cela a du être pour tous les deux une expérience inoubliable!
    Je suis allé voir sur le site.
    Pas de photo ni de commentaires.
    J’aurai bien aimé avoir des nouvelles de leur pèlerinage.
    Y a t’il eu un reportage sur ce périple?

    Merci déjà de nous avoir fait partager ce beau projet.

    Bon chemin de retour du chemin à tous les deux!

    Ultréia

    Serge Miquel

    • Michel Carlier dit :

      Nous avons eu la chance de marcher avec Celine et Santiago jusqu’à Compostelle…. Partis de Belgique, nous les avons rejoints en Espagne, avant Puente La Reina.
      Mon épouse et moi-même avons rédigé un blog où, bien sûr, nous racontons les bons moments passés avec eux deux… http://decambronacompostelle.blogspot.be/

      Lire les étapes en Espagne…

      Bien à toi,

      Michel

    • céline Anaya Gautier dit :

      Bonjour Serge, Salut Gran Zapato (Michel),

      Plume d’œuf va bien, il a repris l’école et il est impatient de venir tous vous retrouver en Belgique.

      Serge, merci pour ce beau message. Ce fut une aventure magnifique avec tellement d’aventures. J’ai fait 150 films, et oui je suis toujours en argentique, 5 kilos de plus dans le sac. Je suis en ce moment en train d’écrire le livre qui me permet de revivre mon aventure chaque jour. Il sortira au mois de mars au Passeur Editeur.

      bien à vous
      céline

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