Sébastien Ihidoy : « Il n’y a pas de bons ou de mauvais pèlerins de Compostelle

Revue de presse. J’ai eu, à deux reprises, l’occasion de croiser le Père Sébastien Ihidoy. La dernière fois, c’était en avril pour un colloque sur l’hospitalité sur les chemins de saint Jacques au Puy-en-Velay.

Le Père Sébastien avait roulé une partie de la nuit pour pouvoir donner son témoignage aux participants… alors qu’il venait d’apprendre la mort de son frère la veille (un événement qu’il révèlera à l’assemblée qu’à l’issue de sa prise de parole pour excuser son départ précipité).

II commença à parler derrière le pupitre en lisant le texte qu’il avait préparé. Au bout de quelques minutes, il lâcha le papier du regard et s’adressa au public, avec chaleur, enthousiasme, en appuyant ses mots de grands gestes. L’homme qui s’était avancé courbé par le chagrin et la peine reprenait vie au contact du chemin, de son cher chemin, qui ne le quitte pas, bien qu’il ne vit plus dans son presbytère de Navarrenx depuis une dizaine d’années.

Le Père Sébastien est, pour moi, une figure rare du « saint hospitalier » :entièrement donné à l’accueil et à la bienveillance, envers celui ou celle qui frappe à la porte. Un accueil si généreux qu’il peut paraître parfois déraisonnable aux tièdes que nous sommes parfois.

Il a accordé une interview au Pèlerin dont voici deux extraits.  C’est limpide et percutant. C’est du pur Père Sébastien.

Je vous conseille de cliquer sur le lien ci-dessous pour lire la prière de l’accueillant qu’il a rédigée. Tout son charisme de l’hospitalité y est résumé.

Comment expliquez-vous le succès des chemins aujourd’hui ?
Père Ihidoy : Cela traduit les besoins de la société actuelle. Les gens sont pris dans un rythme effréné. Avec son lot de pressions économiques, de chômage, de cynisme, notre société bafoue notre humanité. La pression de la vie en entreprise, l’éducation des enfants, les devoirs scolaires, les tâches ménagères, les courses au supermarché…

Beaucoup de femmes notamment, m’ont confié qu’elles n’en pouvaient plus de vivre ainsi. Tout doit aller encore plus vite. Et plus on gagne du temps, plus le temps nous manque. Nos contemporains n’ont plus le temps d’écouter leur voix intérieure d’homme ou de femme. Parfois, lassés de passer à côté de leur vie ou à l’aube de faire une bêtise, parce qu’ils n’en peuvent plus, alors ils partent : le chemin de Saint-Jacques est leur planche de salut.

Comment est l’accueil chrétien sur le chemin ?
Je voudrais que mon Église s’ouvre vers les pèlerins, et prenne la mesure de ce qui se joue ici. Que les paroisses, prêtres et chrétiens retrouvent l’accueil gratuit et sans jugement. Malgré de très belles initiatives, comme celle de Mgr Brincard, au Puy-en-Velay, l’Église reste en retrait, prisonnière de ses schémas. Elle s’ouvre à son monde et n’arrive pas assez à s’ouvrir au monde tel qu’il est. Il n’y a pas de bons et de mauvais pèlerins.

Il y a des hommes et des femmes en marche dans leur corps et dans leur tête, pour des raisons totalement différentes, mais qui partagent une quête, une recherche : celle d’une « autre chose », d’une nouvelle voie, d’une lumière. Pour beaucoup, il y a un désir de retrouver la paix intérieure. Nombreux sont les pèlerins qui, après celui-ci, partent le cœur plus léger, débarrassé des lourdeurs des remords ou de la culpabilité.

Beaucoup de pèlerins parlent d’une présence sur le chemin.
Je n’ai jamais aussi bien entendu parler de la Providence que par les pèlerins de Compostelle, même par les agnostiques. Chacun a une ou plusieurs histoires à raconter où, perdu, désespéré, à bout de force, il/elle a rencontré son « sauveur » : un guide, une aide pour la nuit, une parole réconfortante. Cette « présence » sur le chemin est bien réelle. Athées comme croyants expliquent être « portés » par une « force ».

Chacun la nomme comme il veut. Il est d’ailleurs surprenant que les chrétiens eux-mêmes aient du mal à dire le nom de Dieu… Comme si dans la société d’aujourd’hui, il était mal venu de dire que l’on avait ressenti sa Présence. Or c’est une évidence : Christ est là !

Source : « Père Ihidoy : « Je voudrais que l’Église s’ouvre davantage aux pèlerins de Compostelle« , Par Muriel Fauriat, 04/08/11

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