De vrais faux légionnaires romains marchent 110 Km en Bourgogne

Revue de presse. Jusqu’au 15 mai, neuf férus d’histoire reconstituent la marche de 110 kilomètres qu’aurait pu entreprendre une légion romaine en Bourgogne en 85 après JC. L’occasion de vérifier la résistance des hommes et d’un matériel fidèlement reproduit.  Source : Pèlerin.

« De vrais faux légionnaires romains font campagne en Bourgogne », Marie-Valentine Chaudon, Pèlerin (13/05/10)

Lorsqu’il endosse l’habit de légionnaire, Alexandre Rousseau devient Titus Flavius Audacior. A 23 ans, le jeune homme, originaire du Mans (Sarthe), s’offre régulièrement un voyage dans le temps jusqu’au 1er siècle après JC. Au cœur de la légion romaine numéro 8, la seule qui ait stationné durablement sur l’actuel territoire français, plus particulièrement en Bourgogne.

C’est dans cette région, entre Bibracte (Nièvre) et Alésia (Côte-d’Or), qu’Alexandre et huit autres férus d’histoire antique se sont lancés dans une marche de 110 kilomètres à travers les chemins de grande randonnée et les anciennes voies romaines. Avec, à leurs pieds, des « caligae », des chaussures romaines ouvertes et cloutées, et sur le dos, une vingtaine de kilos de cuirasse et de barda. « C’est une marche de liaison qui n’a pas de vocation militaire, explique Renaud Baujot, directeur de l’association ‘Légion VIII Augusta’ et organisateur de l’événement. Notre objectif est de reconstituer les conditions de l’époque, pour voir vraiment comment cela se passait. Nous avons un conseiller scientifique, l’historien Gérard Coulon, et quatre participants prennent des notes. De mon côté, comme je ne marche pas, je rédige une synthèse de cette expérience inédite.»

Pour cela, rien n’est laissé au hasard. Et n’allez surtout pas dire à Alexandre qu’il est « déguisé » en légionnaire. Ancien étudiant en histoire et archéologie, actuellement en préparation du concours de la police nationale, il revendique une démarche scientifique.

Tout dans sa tenue correspond à une réalité du 1er siècle : la tunique en lin et laine, le ceinturon en cuir, l’armure… Au total, pour constituer son costume, il aura déboursé en quatre ans plus de 2 500 €. Certaines pièces, comme le casque ou le glaive, ont été achetées auprès d’artisans spécialisés mais Alexandre en a fabriqué lui-même la plupart. Sa plus grande fierté : la côte de maille, réalisée à partir de milliers d’anneaux rivetés, fruit de quatre années de travail.

« Cela me passionne, résume le légionnaire en herbe qui, par ailleurs, participe aussi à des reconstitutions médiévales. Etudier l’histoire dans les livres ne me suffit pas, j’ai besoin de la revivre. La civilisation romaine est fascinante et grâce à la Légion VIII, j’ai l’impression d’y être.»

Comme lui, ils sont, dans l’association, une soixantaine de bénévoles, étudiants, enseignants, militaires ou encore gardiens de la paix, avec une moyenne d’âge de 30 ans. Originaires de toute la France, ils participent, plusieurs week-ends par an, à des reconstitutions aux quatre coins du pays, ainsi qu’en Angleterre ou en Belgique. Ils interviennent également dans les écoles.

«Nous avons une visée pédagogique. Nous voulons vulgariser l’histoire antique même si le monde universitaire ne prend pas notre méthode au sérieux», indique Renaud Baujot. Dans l’association Légion VIII Augusta, qui fête ses quinze ans d’existence, la recherche est aussi importante que la reconstitution. Les membres lisent régulièrement des revues d’archéologie. « Nous nous tenons au courant des nouvelles découvertes pour alimenter nos reconstitutions, explique le directeur. Cela nous permet d’avoir connaissance des dernières trouvailles sur l’époque romaine et de reproduire les objets.»

Comme cet ancêtre du couteau suisse, avec cuillère, fourchette et cure-oreille intégrés. « La pièce date du 3è siècle mais nous savons qu’il en existait de semblables au 1er siècle, période de notre légion, poursuit Renaud Baujot. L’original se trouve au musée de Vindonissa, en Suisse. Grâce au réseau de quelques adhérents archéologues, le conservateur nous a fourni les documents et dessins nécessaires à sa reproduction. »

Par souci de «vérité historique », les femmes ne sont pas autorisées à jouer les légionnaires, même si elles représentent un tiers des effectifs de l’association. D’autres activités leur sont réservées dans le « vicus », le village. Certaines jouent les esclaves (!). D’autres s’adonnent au tissage, au maquillage ou à la cuisine. Aucune, bien sûr, n’était le 9 mai au départ de la marche expérimentale. « C’est normal, il n’y a jamais eu de femmes légionnaires », justifie Alexandre-Titus Flavius Audacior.

Avec cette aventure, le jeune homme espère aller « au bout de [ses] limites », comme ses héros antiques. Les légionnaires du XXIe siècle ont tout de même emporté avec eux quelques compresses et pansements anti-ampoules. Et, en cas d’urgence, leurs téléphones portables.

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