L’amour sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle

Revue de presse. Le grand amour ? Josée Arsenault, enseignante au Québec,  avait fait une croix là-dessus. Jusqu’à ce qu’elle parte à la rencontre d’elle-même en pèlerinage sur le chemin de Compostelle. Et tombe sur un bel Espagnol. Source : Châtelaine.

Article « L’âme sœur sur les chemins de Compostelle« , Maude Goyer, Châtelaine (août 2009)

À 35 ans, j’avais tout ce qu’une jeune professionnelle peut espérer : une carrière brillante, des amis loyaux, un bel appartement, une voiture, des voyages deux ou trois fois par année… Je vivais dans un tourbillon incessant.

Enseignante, je venais d’être nommée directrice adjointe d’une polyvalente des Cantons-de-l’Est. Un métier passionnant dans lequel je m’investissais corps et âme. Mais si, sur les plans professionnel et social, mon existence était une réussite, ma vie amoureuse, elle, était nulle. Lasse de mon célibat, j’ai essayé de rencontrer l’âme sœur en participant à un souper-rencontre, puis en m’inscrivant à une agence. Un fiasco.

À l’époque, je n’entretenais plus aucun espoir de rencontrer l’amour : je m’étais résolue à m’en passer. Toutefois, quand je rentrais seule chez moi, il m’arrivait de plus en plus souvent de me poser des questions. Je n’étais pas insatisfaite de ma vie, mais il me manquait quelque chose.

Cette année-là, à Noël, une amie m’a offert un livre sur les chemins de Compostelle, ce grand pèlerinage qui mène le randonneur de la France à l’Espagne. Par hasard, le printemps suivant, j’ai croisé une Espagnole qui venait de faire ce voyage. Son récit m’a fascinée. J’ai donc entrepris des recherches. Et tout à coup, je me suis sentie interpellée par cette destination : je devais y aller.

En juillet 2002, ma cousine et moi débarquons à Burgos, dans le nord de l’Espagne, sans trop savoir ce qui nous attend. Notre plan : nous rendre en deux semaines – à pied, bien sûr – à Santiago de Compostelle (dans le nord-ouest), à 425 km de là. Avec nos bottes de randonnée bien lacées et nos sacs à dos, nous attaquons l’expédition de façon organisée et rigoureuse. Je consulte ma montre plusieurs fois par jour et comptabilise le nombre de kilomètres parcourus… Je suis toujours en mode tourbillon.

Après quelques jours de marche, nous apprenons à ralentir. Nous nous levons tous les matins à l’heure qui nous convient, sans stress ni obligation, puis nous entamons notre journée de marche. Nous parcourons de 20 à 25 km par jour. Le soir venu, nous nous arrêtons pour dormir dans des auberges de pèlerins, où le confort est réduit au strict minimum : petits lits de camp dans des dortoirs, douches communes… Étonnamment, j’adopte ce mode de vie sans trop de mal.

Le chemin de Compostelle est souvent décrit comme un périple difficile qui inspire de profondes réflexions. Pour moi, il n’en est rien. Je profite à plein du moment présent aux côtés de ma cousine, une fille extraordinaire.

Ensemble, nous sommes des boute-en-train. Notre bonne humeur nous attire vite la sympathie des autres pèlerins. Comme nous croisons toujours les mêmes personnes au fil de l’excursion, un esprit de franche camaraderie s’installe.

Bien sûr, marcher ainsi à longueur de journée suscite l’introspection. Je prends alors conscience que je désire vraiment faire le point. Peut-être même réorienter ma vie. Mes relations, avec mes amis entre autres, sont assez assidues, mais je me rends compte que j’ai envie de plus d’intimité, de chaleur, de proximité.

À trois jours de notre destination finale, à Gonzar, l’une des étapes du pèlerinage, nous entrons dans une auberge pour y passer la nuit. L’endroit est vide… Enfin presque. À une table, un Espagnol sirote un café. Comme il est de coutume pour les pèlerins de se rassembler, nous nous joignons à lui. Malgré la barrière linguistique, nous nous mettons à parler, parler, parler – un mélange de français, d’anglais et d’espagnol. Au bout d’un moment, ma cousine va se mettre au lit, mais Chencho (diminutif de Crescendio) et moi continuons à discuter jusqu’à ce que nous tombions de fatigue. Quand je le quitte, il sait tout de moi, et moi de lui. Nous avons une foule de choses en commun. Il est célibataire et sans enfants. Et, comme moi, il enseigne.

Nous nous retrouvons le lendemain matin pour terminer l’expédition ensemble. Je suis loin de me douter que ces trois jours bouleverseront ma vie à jamais. Je partage déjà quelque chose de particulier avec cet homme. Et l’attirance physique, elle, est indéniable.

À Santiago de Compostelle, la séparation est pénible. Je n’arrive pas à me faire à l’idée. Pendant le long voyage de retour, je suis dans un état lamentable : je pleure sans arrêt. J’essaie de me ressaisir, mais c’est au-dessus de mes forces. À Paris, entre deux avions, je saute sur le téléphone pour l’appeler. Je suis si heureuse d’entendre sa voix…

C’est tout de même l’âme en peine que je rentre au Québec. Mais cet état se volatilise dès que ma boîte vocale me livre les messages de Chencho. Je suis folle de joie ! Pendant les semaines qui suivent, tous les jours, nous nous parlons une ou deux heures au téléphone. Dès l’automne, j’obtiens un congé d’un mois et file rejoindre Chencho à Valence, où il vit.

À mon arrivée, à l’aéroport, je lui saute au cou. Les retrouvailles sont chargées d’émotion. Entre nous, tout est limpide, facile, authentique. Au fond de mon cœur, je sens que nous vivons de grands moments. Je me souviendrai toujours de ce séjour magique où je découvre la vie quotidienne de Chencho. Je rencontre sa famille, ses amis, je vis à son diapason. L’harmonie est totale. Plus de doute possible : j’ai trouvé l’âme sœur… sur un autre continent.

Après deux ans d’allers et retours entre chez lui et chez moi, je me décide à faire le grand saut. J’obtiens un congé sabbatique pour aller vivre auprès de mon homme. À 38 ans, je liquide tout : meubles, vêtements, voiture. Tout ce que j’ai acquis durement, mon indépendance… Mes biens tiennent dans deux valises.

Cela fait maintenant cinq ans que je vis en Espagne. Chencho et moi nous sommes mariés en 2006. J’ai suivi des cours d’espagnol, obtenu deux maîtrises, dont une en administration des affaires. J’ai appris un nouveau métier. Je travaille maintenant à Oxfam Intermonde, où j’ai récemment été promue directrice de la logistique. J’adore ça ! Et même si l’adaptation à la culture a été difficile, si mon mode de vie a changé et si, parfois, j’ai le mal du pays, je n’ai aucun regret. Bien au contraire. Je suis une femme comblée !

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2 réponses à L’amour sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle

  1. Pas mal ce blog d’amour telephone

  2. amour tel dit :

    Moi aussi je le trouve pas mal ce blog d’amour au tel, dommage que le telephone rose n’est pas assez mis en avant.

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