Olivier Pieczonka relie les 27 capitales d’Europe, une marche de 17 000 km

Revue de presse. Après Saint-Jacques-de-Compostelle, Fatima, le Mont Athos, Olivier Pieczonka veut relier les 27 capitales d’Europe. Parti en juillet depuis le Puy-en-Velay, il lui reste encore dix mois de marche. Source : La Provence.

« Aix : Olivier, pèlerin aux 17 000 bornes », Carole Barletta, La Provence (27/02/11)

Olivier Pieczonka marche. Depuis un an et demi, il a parcouru 17500 kilomètres. « Est-ce un défi culturel, religieux, sportif, j’en sais plus rien », confie-t-il, le verbe rapide de ceux qui parlent peu. Dans son sac à dos débordent des trésors de crédentiales, ces cachets attestant qu’il est passé par les étapes du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Il déplie cette carte d’Europe hors norme: monastères de Fatima, du Mont Athos, villes d’Arles et Vatican, pays tels la Lituanie et la Pologne, autant d’escales accomplies parfois dans le désordre, avec toujours la même rage du marcheur qui s’est fixé d’accomplir ses trente kilomètres quotidiens comme d’autres gravissent à genou des montagnes.

Olivier, 42 ans, marche depuis toujours. Depuis que sa maman est morte, alors qu’il avait six ans. Abandonné par son père, placé dans un foyer dans le Nord, ses parents adoptifs lui expliquaient « que le bon Dieu n’existe pas ». Olivier marche comme on cherche sa voie dans les livres, à coups de 20 kilomètres tous les jours. Il fait du sport de haut niveau, s’oublie quelque temps sur l’île de la Réunion, revient dans le Nord, repart en Guyane, passe six mois sans voir un humain, revient, devient éducateur, se réalise dans ce poste au contact d’enfants autistes. On est en 2008, la crise pointe. Son contrat, faute de budget, n’est pas renouvelé. « Et l’État débloque des millions pour les banques », se souvient-il. Alors, Olivier refuse le RSA, et échafaude ce projet: faire le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, relier, « comme la religion », les 27 capitales d’Europe. « Quand on tombe, ou on se crashe, ou on rebondit ».

Il démarre du Puy-en-Velay pour rallier Santiago et Fatima, le chemin est constellé d’étoiles et de symboles. Des histoires de dates et d’arc-en-ciel, des chutes dans des ravins stoppées par des racines sous le soleil couchant de Delphes. Il dort au petit hasard des monastères et des auberges d’accueil, les poches vides. Il mange quand on lui offre le couvert, il fait des petits boulots. Le blouson est chaud, les chaussures de randonnée coriaces: « Je suis tout de même mieux équipé que Saint Benoît de Labre », ce pèlerin du XVIIIe appelé « Vagabond de Dieu ». Surtout, « manger n’est pas un but. Je ne suis plus dans l’avoir, mais dans l’être ».

Illuminé Olivier ? Au hasard des rencontres, lui qui parle de nombreuses langues et cite Carl Gustav Jung dans le texte lit l’admiration et l’incrédulité dans les regards. « Les gens me disent que pour marcher comme ça, il faut avoir le temps, il faut avoir de l’argent. Que puis-je répondre… Dans un cybercafé où je donnais des nouvelles à ma famille, par Internet, un gars me disait avoir un millier d’amis sur son mur. Il rigolait de voir que j’en ai si peu. Il m’a fallu du temps pour comprendre sa notion d’amitié ».

Lui a traversé l’Adriatique parce qu’à Bari,le commandant du paquebot a trouvé jolie son histoire. Il a été reçu comme un roi en Lituanie ou en Hongrie. Surtout, il ne donne pas de leçon. « Après des années d’instabilité, j’ai trouvé ma stabilité dans la marche. Ce n’est pas moi qui ait pris le chemin, c’est le chemin qui m’a pris ». Olivier a dormi dans des monastères fermés au public dans les Météores, perdu son passeport au Vatican et rencontré un cardinal qui le lui a fait refaire illico, il a passé une nuit avec les loups dans les Alpes, un sale soir où il s’est vu contraint de dormir à la belle étoile.

En Pologne, il a retrouvé la famille maternelle, la grand-mère nonagénaire qu’il n’avait plus revue depuis des décennies. Là, il s’est posé un temps avant de reprendre la route, évitant les villes, « trop étouffantes », épuisant les départementales, revenant au Puy pour reprendre le chemin de Saint-Jacques. De passage à Aix en cette fin de semaine, Olivier confie être fatigué. « Dans ma tête, je vois tous ces kilomètres défiler sans cesse ». Comme ailleurs, il s’est arrêté à l’Office de tourisme pour se renseigner sur la ville, s’est retrouvé à l’église Saint-Jean-de Malte où un curé trop pressé l’a peu écouté; c’est aux Oblats qu’il a trouvé le gîte et le couvert. Et dans notre rédaction qu’il a parlé, parlé, afin d’émailler dans la presse locale, comme il l’a déjà fait en Italie ou en Pologne, des petits cailloux de son périple. Olivier prend des photos, des notes.

Quand il aura parcouru ce qu’il lui reste à faire -dix villes, d’Aoste à Chypre- encore dix mois-, il fera, peut-être, un bouquin. « Je commence à être usé, c’est vrai, mais j’irai jusqu’au bout ». Après? « Après, j’ai un diplôme d’État d’éducateur, j’aimerais m’occuper des jeunes qui sont en prison, faire de la prévention. Sur la route, j’en ai tellement rencontré, de ces gamins oisifs, qui ne font rien d’autre que fumer et boire, qui n’ont pas d’espérance. Ce monde va si vite pour les gosses ».

Après Aix, Olivier fera un détour par Marseille voir un couple rencontré à la cathédrale de Santiago de Compostela. Il s’était énervé qu’on lui impose de donner 2€, qu’il n’avait pas, pour déposer son sac à dos à l’entrée, il avait discuté avec ces Marseillais. Ensuite, il repartira. Encore dix mois de route, encore plus de capitales, et de kilomètres. Olivier dit avoir désormais la foi, et l’espérance.

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28/02/2011

9 Réponses pour “Olivier Pieczonka relie les 27 capitales d’Europe, une marche de 17 000 km”

  1. Redigé par Prunier the:

    courage et bravo

  2. Redigé par Cyril:

    Bonjour,

    Je viens de lire votre article sur Olivier Pieczonka, l’homme qui marche. Je suis heureux d’avoir de ses nouvelles. Je l’ai rencontré le 11 décembre 2010 en arrivant à Monte de Grozo lors de mon pèlerinage vers Santiago. Quelle rencontre ! Vous vous doutez bien. C’est lui qui s’est présenté à moi en se rendant compte de mes piètres notions d’espagnol…
    Ce fut un plaisir de partager un moment avec lui, de parler un peu français et d’écouter son incroyable histoire. Car c’est vraiment incroyable et remarquable à mon sens. Enfin voilà, je vois qu’il va bien et que la fin de son aventure approche ou le début plutôt…avec lui rien n’est jamais fini. Quoique d’après la fatigue compréhensible qu’il exprime il aura sûrement le désir de se poser un peu, n’est-ce pas ? Nous verrons bien sa décision.
    En tout cas j’espère avoir l’occasion de reprendre de ses nouvelles prochainement.

    Merci pour cet article.
    Dieu le bénisse,
    Cyril

  3. Redigé par renato:

    je suis renato, je vis à rome et j’ai rencontré olivier il y a quelques jours à 4 heures du matin, à coté de villa borghese à rome. il me demandait une information car il avait perdu son passport avec tout ces « timbres » religieux qui montraient ses passages dans plusieurs pays et monastères.il etait un peu ratristé et demoralisé. j’ai ecouté son incroyable histoire qui m’a passioné mais je pouvais pas rester avec lui longtemps car m’attendais des amis à la sortie d’une discotheque!! je lui ai donné un maximum d’informations, et lui ai offert une pizza,car ca fesait 2 jours qui mangais pas!! j’espère avoir de ses nouvelles bientot!!
    que dieu le protège
    renato

  4. Redigé par Gilles:

    Merci pour ce témoignage Renato. Espérons qu’Olivier pourra poursuivre son chemin sans encombre…

  5. Redigé par BONELLO:

    j ai rencontre olivier PIECZONKA ce matin a CAVAILLON 84 sur 1 chemin de campagne il ma témoigné son périple . Vraiment courageux cet homme.Il mérite que l on s intéresse a lui .

  6. Redigé par Ellen:

    Je auis hospitaliere a Montpellier. Il etait la le 14 Fevrier 2012. Il marche encore. Il a fait deja 26.500 km!!!!

  7. Redigé par etienne:

    Ce samedi 24 mars 2012, je l’ai rencontré entre Golinhac et Estaing dans l’ aveyron , alors que je conduisais une voiture.
    J’étais accompagné d’une amie asiatique à qui je ne cesse de recommander ce chemin ( entre Le Puy et Santiago ) que j’ai fait en partie en 2008 et 2009 ..les 3/4
    Lorsque je lui disais , tu ne peux t’imaginer de la profondeur des gens rencontrés sur ce chemin elle était sceptique …… la différence de culture……..
    Maintenant , après avoir discuté une demi heure sur un bas côté de route …..Nous partons le 1 juin …….Je ne connaissais pas Olivier avant , je m’en veux de ne pas avoir approfondi la discussion , du fait de notre emploi du temps « à la con » ..Ce que je sais … je suis passé à côté de quelque chose et quelqu’un………VRAIMENT !
    Ultreia .
    Etienne .

  8. Redigé par Gaëlle:

    Nous avons rencontré Olivier hier, le 1er avril 2012, sur le parvis de la cathédrale du Puy, avant la messe des Rameaux où environ 1000 jeunes de la région terminaient leurs deux jours et trente kilomètres de pèlerinage…

    Vraiment, une belle rencontre!!

    Une force brute et un rêve vécu! J’espère juste qu’Olivier sera accompagné pour son retour ; que la réadaptation à ce monde de l’avoir où tout va si vite se fera dans une relative douceur pour quelqu’un qui revient avec tant de pays dans les yeux et dans le cœur!

    Alors bonne marche Olivier. Ultreïa. Que le Dieu pélerin t’accompagne!

  9. Redigé par maria:

    Nous avons rencontré Olivier le 1er avril au puy en velay, il allait bien et devait continuer son « chemin ».

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