La Via Alpina veut devenir le Saint-Jacques-de-Compostelle des Alpes

Revue de presse.  L’office fédéral suisse de la topographie, Swisstopo,  raconte l’histoire des montagnes via un circuit culturel intitulé « Via Geo Alpina », le sentier qui sillonne le massif alpin. Une initiative qui place la science à la portée de tout un chacun. Source : La Tribune de Genève.

Article « Un sentier alpin à travers les âges, » Patrick Chuard, La Tribune de Genève, 07/08/09.

Le Pékin moyen voit surtout un tas de cailloux. La petite falaise de Dorénaz dans le Chablais n’a rien de remarquable. «Ah non, permettez! lance l’archéologue lausannois Michel Marthaler. Ces mille-feuilles géants contiennent les plus anciennes roches connues de Suisse. Elles ont 600 millions d’années. Les dinosaures n’existaient même pas! Et puis ces trucs-là (il montre des traînés blanches) , ce sont des «giclures» de magma. Vous voyez?». Vu comme ça, la randonnée devient une exploration grandeur nature des âges de la planète, enchaînant les millions d’années d’un rocher à l’autre.

C’est le but recherché par Via GeoAlpina, itinéraire culturel de randonnée, dont Swisstopo (l’Office fédéral de la topographie) inaugure aujourd’hui un premier tronçon à travers les Alpes valaisannes et vaudoises, des hauts de Champéry à Derborence. Il suffit d’une carte (disponible dans les offices de tourisme et les refuges) et de télécharger des documents sur le site de Swisstopo. N’importe qui peut alors devenir un explorateur du temps, saisir pourquoi on trouve des fossiles dans certaines roches et des minéraux dans d’autres.

Via GeoAlpina se calque sur l’itinéraire de Via Alpina, cet immense sentier qui sillonne le massif alpin. «Le but est de mettre en valeur le patrimoine géologique des Alpes, dont on parle moins que les autres aspects culturels, explique Peter Hayoz, géologue responsable du projet à Swisstopo. Cette réalisation internationale associe six pays de l’arc alpin.»

L’initiative est pionnière dans la vulgarisation de la géologie: une branche réputée austère et qui n’a pas encore trouvé ses chantres populaires, comme Hubert Reeves ou Daniel Cherix… «Normal, on n’enseigne pas encore la géologie à l’école», relève Michel Marthaler, professeur à l’Université de Lausanne, qui a élaboré les brochures de Via GeoAlpina avec son assistant, ­Micha Schlup. Deux mois de travail pour mettre les secrets des Alpes à la portée de tous.

Avec sous-titrages et coloriages, les montagnes racontent d’incroyables épopées aux randonneurs. «Là-haut on voit des zones bourrées de fossiles, explique ­Micha Schlup au pied de la Dent-de-Morcles. Ce sont des anciennes créatures marines qui viennent de la Téthys, la mer qui séparait les plaques européenne et africaine.» En ce temps-là, le Chablais était situé sur l’équateur. «Toutes les montagnes autour de nous, comme les Dents-du-Midi, se sont élevées quand la plaque européenne s’est engouffrée sous la plaque africaine, ajoute Michel Marthaler sur la terrasse de Solalex, mimant la création des Alpes entre avec deux biscuits et un bout de jambon. Si la géologie trouve un jour sa star de la vulgarisation, ce pourrait être lui.

Le segment valdo-valaisan de quelque 65 kilomètres que dévoile aujourd’hui Swisstopo constitue le début de la contribution suisse au sentier international. Cet automne, le tronçon Weistannen-Elm-Linthal, dans l’est de la Suisse, sera balisé pareillement. A terme il est prévu d’apprêter à la sauce géologique toute la traversée de la Suisse.

 Matériel didactique sur le site swisstopo.ch.

Via alpina, mode d’emploi

Soutenue par un grand nombre d’associations dans six pays différents, Via GeoAlpina voit le jour sur un sentier culturel déjà existant depuis 2002: Via Alpina. Cet itinéraire international traverse toute la chaîne des Alpes, dessinant un arc immense de Trieste à Monaco: 2500 kilomètres environ en suivant un chemin linéaire, 5000 au total si l’on considère toutes les variantes. Toutes les voies se situent sur des sentiers déjà balisés entre 1000 et 3000 mètres d’altitude.

«Via Alpina pourrait bien devenir le Saint-Jacques-de-Compostelle des Alpes», imaginait, en 2002, Nathalie Morelle de l’association française La Grande Traversée des Alpes, gestionnaire du projet à l’échelle internationale. Des itinéraires de plusieurs couleurs proposent des variantes d’itinéraires et de thèmes (rouge pour les langues ou violet pour les grands sites touristiques). La Via GeoAlpina rajoute une variante géologique à cette «autoroute pédestre».

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1 réponse à La Via Alpina veut devenir le Saint-Jacques-de-Compostelle des Alpes

  1. camox dit :

    La via Francigena (de Canterburry jusqu’à Rome) traverse le Chablais (vaudois, puis valaisan) avant de rejoindre le col du Gd-St-Bernard. C’est à mon avis, sûrement la partie la plus esthétique de cet itinéraire!
    Bonne continuation.

    Le Camox

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