Sylvain Tesson, écrivain : « A force de patience, on vient à bout des immensités »

« Gravir une montagne, c’est toujours se retrouver à mi-chemin, sur le plan géographique mais aussi intérieur », souligne l’écrivain voyageur Sylvain Tesson.

Philippe Tesson par Yves Tennevin (CC)

Rencontre de Gaële de La Brosse avec Sylvain Tesson, écrivain, journaliste, géographe et voyageur, qui a effectué de nombreuses marches en altitude, notamment en traversant l’Himalaya du Bhoutan au Tadjikistan ; auteur d’une vingtaine de livres dont le Petit Traité sur l’immensité du monde (Éditions des Équateurs, 2005).

Au cours de l’étape de Saint-Jean-Pied-de-Port à Roncevaux, le pèlerin atteint le point culminant de son pèlerinage. Qu’éprouve le marcheur, quand il arrive au sommet d’une montagne ?

Sylvain Tesson : Le sommet est certes le « point culminant » d’un voyage. Mais c’est un milieu hostile, et j’insisterais plutôt sur le fait que lorsque le pérégrin y parvient, il ne doit pas s’y éterniser. Comme tous les instants privilégiés, cet épisode doit être bref.

Gravir une montagne, c’est un aller-retour. Quand on arrive en haut, la moitié seulement du chemin est accompli. Dans le cas de Roncevaux s’y ajoutent deux autres dimensions. Tout d’abord, c’est un col, et les cols sont des charnières formidables, à la fois du point de vue géographique et symbolique : on clôt un chapitre, on en ouvre un autre.

Ensuite, on se trouve à la frontière entre deux pays. Derrière, la France, devant, l’Espagne : l’horizon suggère, au-delà de la montagne, le reste de la route à accomplir.
Franchir une montagne, c’est aussi le symbole du dépassement d’une épreuve.

Se sent-on plus fort ensuite ?

Je pense qu’on éprouve au contraire un grand sentiment de faiblesse. D’abord, parce qu’on est épuisé physiquement, et ensuite parce qu’on se sent tout petit devant le spectacle qui se joue devant nous.

J’ai éprouvé ce sentiment lors de ma dernière ascension, celle des Drus par la voie directe. En haut, la statue d’une Vierge accueille l’alpiniste, mais même elle est constellée d’impacts d’éclairs !

Pour répondre plus précisément à votre question, je ne crois pas que l’accumulation d’expériences nous rende plus fort. Ce qui importe, c’est de réaliser ses rêves, et de poursuivre les prochains objectifs, les nouveaux sommets qui restent à vaincre.

Dans le cas du pèlerinage de Saint-Jacques, cette remarque s’applique au voyage effectué comme au cheminement dans la vie quotidienne, au retour.

Quels conseils donneriez-vous, à la fois physiques et psychologiques, à celui qui se lance dans une telle ascension ?

Un conseil matériel : choisir des chaussures à tiges basses, et non de gros croquenots ! Pour grimper, il faut être léger. Regardez les Grecs, ils marchaient en sandales…

Sur le plan psychologique, je conseillerais d’observer la manière dont les nomades viennent à bout des immensités : à force de patience. Il arrive au marcheur de désespérer : la route est tellement longue et le pas tellement court ! Mais on arrive toujours à vaincre les montagnes qui semblent impossibles à franchir. À condition de regarder devant, et non derrière : « Ultreia », comme disent les pèlerins de Saint-Jacques !

Recueilli par Gaële de La Brosse pour les e-pèlerinages de pelerin.com

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2 réponses à Sylvain Tesson, écrivain : « A force de patience, on vient à bout des immensités »

  1. Tout à fait d’accord avec l’ami Sylvain, qui j’espère de tout cœur va maintenant beaucoup mieux de sa mauvaise chute… il y a des hauts sommets, où il vaut mieux ne pas s’attarder, car souvent, ce sont des milieux très hostiles, mais en dessous des 3000 m, j’ai eu de la chance parfois, d’avoir du beau temps, sans vent, c’est très rare, et là, on a un mal fou à quitter ces lieux perdus dans les cieux ! Où on se prend pour les Rois du Monde !
    Toutes mes amitiés,
    Un ancien pèlerin de Compostelle,
    http://www.stjacquespassion.com
    Ami Gilbert d’Ahuy

  2. berche dit :

    je partage le sentiment de S.Tesson lors de cette étape de Compostelle effectuée il y a 8 ans!!!

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