Vers Compostelle, j’ai renoué avec la petite fille que j’étais

Martine Fustino au Forum des chemins de pèlerinage (avril 2017)

Martine Fustino au Forum des chemins de pèlerinage (avril 2017). Photo © Cyril Badet

Martine Fustino est l’une des invités de la table-ronde que j’animais début avril au forum des chemins de pèlerinage sur le thème : « Le chemin guérit-il ?«.

Son témoignage a particulièrement marqué l’assistance, qui se pressait dans une salle pleine du Forum 104 à Paris, (voir la vidéo de la journée).

L’évocation de la petite fille qu’elle était a provoqué soudain un silence, profond et recueilli. Un instant de grâce qu’on connaît aussi sur le chemin. Ecoutons Martine. 

J’ai été élevée à la campagne et j’ai toujours habité en ville. Mais il me fallait toujours  des arbres à proximité : je vis pas très loin d’une forêt. Lorsque je suis partie avec l’association Chemin aidant sur le chemin de Compostelle, j’avais envie de faire une expérience avec Philippe Castan, qui est coach, comme moi.

J’avais besoin de sortir de ma routine et de ma zone de confort par curiosité. J’ai marché en 2012 et 2014, deux fois une semaine, de Saint-Christophe Dolaizon à Conques, puis de Conques à Cahors.

Martine Fustino sur le chemin de Compostelle

Je suis partie avec l’idée de « travailler » sur ma « verticalité » et sur ma « relation à l’autre ». Le chemin m’a ramené dans mon corps. Je me suis retrouvée à m’occuper de mon mal aux pieds, de mes ampoules et de trouver un endroit pour faire pipi ou caca ! 

La route m’a éveillé à la beauté de la nature. J’ai retrouvé ce contact tellurique avec la terre, la lumière, les odeurs. Certains matins, j’avais envie de tomber à genoux devant tant de beauté. Beauté des paysages endormis encore enveloppés de brume, des midi glorieux, écrasants de chaleur, des soirées joyeuses.  Les rencontres dans les gîtes ne sont pas la moindre des réjouissances. Et les repas savoureux et le bon vin de nos régions… Marcheur ou pèlerin ET bon vivant !

La seule façon de vivre c’est d’accepter de se mettre en route, et de se remettre en route chaque jour, de faire en sorte de voyager léger, sans s’encombrer de l’inutile qui nous freine ou nous alourdit, et surtout le cœur confiant et ouvert, prêt a accueillir les surprises, l’inattendu, prêt à s’émerveiller. 

J’ai fait l’expérience du moment présent, de l’ici et maintenant : la seule chose vraie , tangible et concrète et en même temps si mystérieuse. N’est-ce pas la métaphore de la vie ? On a beau préparer et anticiper, la vie nous surprend toujours. 

Au fil des jours, je suis aussi entrée en contact avec la petite fille en moi qui gambadait sur les chemins de ma campagne natale.

J’ai pu marcher avec mon enfant intérieure, je l’ai écoutée, consolée. A certain moment, quand ses chagrins refaisaient surface et l’empêchaient d’avancer, je l’ai prise , dans mes bras, pour la consoler, pour l’accepter telle qu’elle était, pour lui redonner espoir et espérance. La douleur du chagrin peut disparaître comme la sensation d’une brûlure sous l’eau froide. 

Dans mon entrée,  il y a un bâton, que Philippe a taillé pour moi, un jour où les mots n’avaient plus cours. Il a su trouver et fabriquer avec que ce qui était là.

Ce bâton, je le reprendrai pour poursuivre mon chemin. Inch’allah !

Recueilli par Gilles Donada/Blog des marcheurs

► Le site de Martine Fustino ; sa page Facebook ; sa chaîne YouTube

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