Pierre-Yves Albrecht : « L’homme qui chemine prend contact avec le silence »

Pierre-Yves AlbrechtPierre-Yves Albrecht, philosophe et thérapeute, est le fondateur des foyers suisses Rives du Rhône, des foyers qui accueillent des personnes toxicomanes pour leur proposer un parcours initiatique qui passe, notamment, par la marche dans le désert ou en montagne. Il a développé cette même démarche initiatique pour tous dans le cadre de l’académie Aurore. Il est l’auteur, entre autres, de 40 jours dans le désert (Saint-Augustin, 2000) et de Le Courage de se vaincre (Les Éditions du Relié, 2002). Gaële de La Brosse l’avait interviewé dans le cadre des e-pèlerinages de pelerin.com.

Comment définiriez-vous le silence qui accompagne le pèlerin pendant sa marche ?

Pierre-Yves Albrecht :  Ce silence, c’est l’état de celui qui, dans l’action de la marche, fait l’expérience de l’impassibilité de l’être intérieur. Dans cette qualité de la « pauvre marche » – c’est ainsi que j’appelle l’humble pèlerinage –, l’homme qui chemine prend contact avec ce silence, point de jonction entre l’être et le devenir, où coexistent l’éternel et l’éphémère.

C’est une sensation qui procure au pèlerin une ineffable saveur, une plénitude et une joie sans bornes, et qui le pousse à avancer sur cet itinéraire qu’il voudrait voir sans fin.

Dans des hauts lieux sacrés comme le cloître de Moissac, sur la voie du Puy-en-Velay vers Compostelle, que nous apprend le silence ?

Le pèlerin découvre ici qu’il a « une image du ciel » dans son cœur et, pour paraphraser le prophète biblique Ézéchiel, un véritable temple où la divinité sanctifie l’espace intérieur de sa présence, à un point tel que cette personne, soudain habitée, développe une nouvelle sensibilité ; elle fait connaissance avec le « monde des anges ».

Je rappelle que le mot templum, « temple », désignait à l’origine un vaste espace découvert d’où l’on pouvait observer le vol des oiseaux, c’est-à-dire contempler ce qui venait du ciel.

Le pèlerin devient donc un temple, le lieu où terre et ciel prennent contact, dans une géographie contemplative et sacrée. Celle-ci l’élève et lui enseigne la merveilleuse symbolique présente dans les arcatures et les chapiteaux.

Comment conserver ce silence au retour, au cœur de nos vies agitées et bruyantes ?

Celui qui a marché sur « la voie droite », selon la juste manière, a concilié le monde du quotidien avec celui de l’essentiel.

Quoi qu’il fasse désormais dans le tintamarre des cités, il demeure libre des fruits de son action, et bien qu’il œuvre dans l’effervescence des activités diverses, son moi est installé au cœur du silence, dans l’essentiel de son être.

Ainsi, engagé dans le courant fébrile de la mondanité, il poursuit son pèlerinage sur un vaisseau insubmersible, intérieurement libre des désirs perturbateurs habituels. Ce n’est plus le désir qui le meut, mais une vision qui, comme un pilote plein de sagesse, ordonne aux sens, matelots obéissants, les multiples manœuvres de l’action et oriente la course vers le maître intérieur.

Dans le courant, mais dominant celui-ci, le pèlerin poursuit sa navigation selon une parfaite cohérence. Alors, toutes les entreprises de sa vie sont établies désormais dans le silence de l’Être, de sa conscience et de sa joie.

Propos recueillis par Gaële de La Brosse

Vidéo : Pierre-Yves Albrecht explique sa démarche thérapeutique 

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Une réponse à Pierre-Yves Albrecht : « L’homme qui chemine prend contact avec le silence »

  1. Le Silence dans la marche à pied, est pour moi une véritable bénédiction pour se mettre en un total accord avec la Nature ! C’est bien pour cela que maintenant, je préfère largement la marche en solitaire !
    Gilbert d’Ahuy

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