Après deux mois et demi de marche, l’aveugle Gérard Muller est bien arrivé à Saint-Jacques-de-Compostelle

Revue de presse. Nous avions déjà parlé ici de Gérard Muller, pharmacien strasbourgeois de 63 ans et aveugle parti le 3 juillet du Puy-en-Velay (Haute-Loire).

Il est arrivé, fourbu, mercredi 20 septembre (après deux mois et demi de marche, soit un mois de plus que les valides), devant la cathédrale romane de Saint-Jacques de Compostelle, après 1.500 km sur les chemins de France et d’Espagne.

Gérard Muller a marché en France grâce à sa canne GPS, un prototype, qu’il lui même réalisé. En Espagne, il a dû compter sur les autres pèlerins pour le guider.


« Ce ne fut pas un chemin de croix, mais un chemin de vie, de bonheur, de rencontres et d’espoir », souligne-t-il.

S’il n’est pas le premier non voyant à accomplir le célèbre pèlerinage, il est le seul à ce jour à l’avoir fait -pour moitié dans sa partie française- à l’aide d’un prototype révolutionnaire de guidage électronique pour aveugles, qui pourrait assurer une nouvelle autonomie à ses millions de compagnons d’infortune.

Atteint de rétinite pigmentaire (40.000 cas en France), une maladie génétique qui s’est déclarée lors de ses 20 ans, Gérard Muller a perdu inéluctablement la vue au fil des années. Mais son handicap s’est transformé en sacerdoce.

« Seuls 5% des quelque 2 millions de mal voyants français osent sortir de chez eux, avoir des activités. Là est le drame, la réclusion, l’enfermement dans le handicap« , estime-t-il.

L’appareil de guidage électronique utilisé par le marcheur entre Le Puy et Saint-Jean-Pied-de-Port a été conçu par l’équipe du professeur René Farcy (CNRS-Orsay). Il n’est pas encore commercialisé.

Le système consiste en un boîtier GPS fixé sur le pommeau d’un bâton de randonnée téléscopique, couplé à un logiciel et à une boussole, avec indicateur vocal. Sur la partie française des 740 km du « camino », des milliers de points GPS (chaque 20 à 30 mètres) avaient été entrés dans le logiciel.

Au fur et à mesure de sa progression sur les chemins, Gérard Muller, canne de randonnée dans une main et canne blanche dans l’autre, recevait les indications concernant la distance et la direction à suivre, selon les codes de l’aviation. Par exemple: « point suivant 12H (tout droit) », ou bien « 9H (à gauche) à 50 m ».

Mais évidemment, ce système n’indique pas la qualité du terrain emprunté ou les embûches inattendues.

« Je devais être très concentré, lire la route à la fois avec ce guide électronique, mais aussi avec la semelle de mes chaussures« , raconte le pèlerin, pour qui « une bonne utilisation de cet outil révolutionnaire implique une solide habitude de la marche sur tous les terrains. Mais pour ceux qui voudront s’y mettre, cela s’apprend très bien », insiste-t-il.

Sur la portion espagnole du chemin de Compostelle, Gérard a marché sans l’aide de ce précieux guide électronique (les relevés GPS n’avaient pu être effectués outre-Pyrénées), mais avec celle de pèlerins de rencontre.

« J’ai eu un immense et long moment de plaisir, comme en 1999, à Nîmes, quand j’ai quitté le stage d’éducation à l’autonomie et que j’ai pu de nouveau, comme lorsque j’étais voyant, prendre seul le bus et m’assoir seul à une terrasse de bistro. J’étais redevenu moi-même », dit-il.

Pour Gérard Muller, les aveugles doivent « changer leur relation avec la canne blanche, qui ne rend pas moins beau, moins intelligent, moins vivant ». « Les appareils révolutionnaires peuvent faire beaucoup, ajoute-t-il, mais peu sans un déclic personnel ». Il faut « en finir avec l’image déformée de l’handicapé », assène-t-il.

Source : « Compostelle : chemin de l’espérance pour un aveugle« , AFP/ L’Express (23/09/2011)

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3 réponses à Après deux mois et demi de marche, l’aveugle Gérard Muller est bien arrivé à Saint-Jacques-de-Compostelle

  1. Serge dit :

    Bravo Gérard!
    J’ai marché sur le chemin cet été en aout et tu marchais une étape derrière nous!….
    Tout le monde parlait de toi!…
    Nous sommes si admiratifs de ta performance.
    tu nous aides à ne pas avoir peur de mettre un pas devant l’autre!….
    merci
    Serge

  2. jeanne dit :

    bonjour gerard moi j ai fais compostelle mais je suis parti de Montargis le 2 juillet et arrivé a saint jacques de compostelle le 10 sept et j ai fais quelque etape avec toi je te croisais et tu marchais avec claire
    et j ai marché un peu avec toi je m appelle jeanne comme ta petite fille
    heureuse de savoir que tu a fini ton aventure
    brovo a tout les gents qui on pu faire ta connaissance car tu est très agreable j ai fais un gite avec toi chez gerard et colette
    amicalement jeanne

  3. DANY Le Basque dit :

    Bonjour Gérard .

    Je t’ai rencontré à Aire / Adour un soir autour d’une table on a bu un verre ensemble ( du vin rouge ) , tu cherchais un pélerin pour te mettre sur le chemin le lendemain matin , mais tu ne m’a pas voulu car je marchais trop vite pour toi .

    C est Claire qui a continué a faire avec toi un bout de chemin . Je savais que tu étais arrivé à Santiago et je t’en félicite c’est un bel acte de courage et de force que tu a réalisé, quel bonheur cela a du être pour toi !

    Moi aussi j’ai finis mon chemin et en plus j’ai eu la joie d’accueillir trois pèlerines chez moi et de faire avec elles deux étapes supplémentaires : il y avait les deux soeurs de Montargis Jeanne (Nenette) Anne Marie (Nanou) et Carolinne (Caro) la Québequoise .

    Je t’embrasse et à bientôt sur le site

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