Avec leurs ânes, Pascaline Chambart et Barbara Hunziker inaugurent le sentier des huguenots

Revue de presse. Deux randonneuses et leurs ânes inaugurent l’itinéraire « Sur les pas des Huguenots », qui retrace la fuite des protestants au XVIIe siècle. D’une longueur totale de 1800 km, il passe par la France, l’Italie, la Suisse et l’Allemagne. Arrivée et fête à Genève le 31 octobre. Source : bonnenouvelle.ch

« Sur les pas des huguenots« , G.D., bonnenouvelle.ch (27/10/10)

Elles sont parties à pied de Poët-Laval, dans la Drôme française, avec Choucar et Besico, leurs ânes. Elles arriveront à Genève le 31 octobre, avec plus de 400 km sous les semelles. Pascaline Chambart et Barbara Hunziker inaugurent ainsi un nouvel itinéraire spirituel. Non pas un pèlerinage catholique, mais un chemin protestant. Rencontre à mi-parcours de leur périple, alors qu’elles cheminaient sous le massif de la Chartreuse, en dessus de Grenoble.

«200 000 protestants ont parcouru ce chemin pour fuir les persécutions», explique Barbara, en attachant les sacoches sur le dos de Choucar. Le ciel est bas. La vue depuis le lieu-dit de la Vierge Noire domine Grenoble. «Nous nous sentons proches de tous ceux qui doivent, encore aujourd’hui, quitter leur pays à cause du rejet, poursuit la randonneuse. Cet itinéraire appelle à la tolérance et à l’ouverture.» Souvenez-vous. En 1685, le roi de France Louis XIV révoque l’Edit de Nantes, qui autorisait depuis près d’un siècle les protestants à pratiquer leur religion. Une période sombre de persécutions s’ouvre alors, qui lance des familles entières sur les routes, vers la Suisse, l’Allemagne, l’Angleterre ou la Hollande. Aujourd’hui, dans les régions autrefois traversées, les noms de famille de ceux qui s’y sont arrêtés rappellent encore ce triste épisode.

Un coup d’œil sur la carte, et en route. Ce matin, une poignée de sympathisants a tenu à parcourir les premières centaines de mètres. Il y a aussi Claude, qui a rejoint l’expédition depuis quelques jours. «A chaque étape, nous avons été bien accueillis par les communautés villageoises et paroissiales, raconte Pascaline. Au départ, une centaine de jeunes ont fait un bout de route avec nous.» Il faut dire que le périple touche les gens et éveille la curiosité. «En chemin, un âne, cela délie les langues», assure la randonneuse.

Un homme salue du haut du mur de son jardin. «Nous allons à Genève», lui lance fièrement Claude, tout sourire sous sa moustache. «En général, les gens connaissent les huguenots, mais n’ont pas retenu l’exil et la souffrance, constate Barbara. Ils imaginent qu’ils sont simplement allés chercher du travail ailleurs.» Certains parcourront pourtant des distances énormes pour l’époque avant de trouver une terre d’accueil. L’itinéraire «Sur les pas des huguenots» prévoit de conduire les randonneurs les plus motivés jusqu’à Bad Karlshafen, au nord de Kassel en Allemagne, soit un total de 1700 km! Là-bas, une importante communauté protestante s’est installée. «L’itinéraire qui traverse la France, la Suisse et l’Allemagne a été élaboré avec des historiens, explique Barbara. Il suit au plus près le chemin d’exil des huguenots.» Mais inutile de hâter le pas, seules les étapes jusqu’à Genève sont déjà prêtes.
Au rythme de la nature

Le tracé s’enfonce maintenant dans la forêt. Sur le chemin escarpé, les voix se taisent peu à peu. On n’entend bientôt plus que le bruit des sabots qui crochent sur les cailloux. «Entrer dans le rythme de la nature, cela vient tellement vite, souffle Barbara. On devrait envoyer tout le monde marcher quinze jours. C’est plus reposant que les soucis quotidiens. En marche, il y a un moment merveilleux: c’est quand tu n’as besoin de plus rien d’autre que de l’eau.»

Le soleil perce les nuages, comme pour saluer l’arrivée sur un pâturage dominé par les gigantesques falaises de la Chartreuse. Majestueux! «C’est notre premier rayon depuis plusieurs jours, ça fait du bien!» s’exclame Pascaline. Barbara sourit. Elle raconte que son moral indécrottable ne l’a jamais quittée. Le brouillard et l’humidité l’ont aidée à s’imaginer l’exil.

Au fait, y a-t-il une différence avec un pèlerinage? A peine. «Le pèlerinage va vers un but, là c’est chaque étape qui présente un intérêt», suggère-t-elle, tandis que ses compagnons s’installent pour le pique-nique. A ses yeux, nul besoin d’être croyant pour faire le parcours. Elle est protestante, Pascaline catholique. «La nature, cela ouvre simplement. Au bout de quelques jours, il faut être gonflé pour dire qu’il n’y a rien au-dessus.»

Quand les chemins ont des oreilles : le blog carnet de route des deux marcheuses.

Le sentier des hugenots.
Le sentier international de grande randonnée suivant le tracé historique de l’exil des Huguenots dauphinois vers la Suisse et l’Allemagne après la révocation de l’édit de Nantes (1685-1690). Le tracé part du Poët-Laval dans la Drôme pour atteindre Genève puis Francfort-sur-le-Main et se termine à Bad Karlshafen au nord de la Hesse en Allemagne. Il est long de 1800 km, ce qui en fait l’un des plus longs chemins de randonnée européens
www.surlespasdeshuguenots.eu : tracés, informations, etc.

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