Aveyron : Léonard Tandeau de Marsac a reçu la grâce de l’hospitalité

Aveyron. Le pèlerinage de Compostelle a bouleversé la vie de Léonard Tandeau de Marsac : deux ans après son retour, il a fondé avec son épouse et son beau-frère à Estaing, en Aveyron, une communauté catholique pour accueillir les pèlerins.

Depuis dix-huit ans, plus de 28 000 jacquets en marche sur la voie du Puy-en-Velay ont pu apprécier la générosité de ces hospitaliers. Une interview de Gaële de La Brosse.

On dit souvent qu’il y a un « avant » et un « après » Compostelle. Quelle était votre vie avant ce pèlerinage, et qu’est-ce qui vous a décidé à prendre la route ?

Je vivais avec ma femme Elisabeth et mes quatre enfants à Orléans, où j’étais médecin. Nous avions une situation confortable, mais il manquait l’essentiel… Avec des amis, nous nous retrouvions tous les ans pour marcher d’Orléans à Notre-Dame-de-Cléry. Nous ne savions pas que ce tronçon était sur le chemin de Saint-Jacques !

Un jour, lors d’une consultation, j’ai été pris de coliques hépatiques très sévères. Contre toute attente, Elisabeth s’est éclipsée, me laissant aux prises avec une douleur intolérable résistant aux médications. La crise s’est enfin arrêtée. J’appris avec le retour d’Elisabeth que cette accalmie s’était produite à l’instant même où elle priait la Vierge Marie à Notre-Dame-de-Cléry…

Quelques mois plus tard, le 21 janvier 1990, je suis parti en action de grâces sur le Chemin, avec mon beau-frère et un ami. Accompagnés de nos familles, nous avons d’abord marché d’Orléans à Notre-Dame-de-Cléry, puis nous avons rejoint en voiture Saint-Léonard-de-Noblat, où je suis né, pour mettre le cap sur Compostelle par la voie de Vézelay (soit 1600 km à pied).

Et c’est ce Chemin qui a révélé votre vocation ?

J’ai reçu un premier appel à consacrer ma vie aux pèlerins entre Castrojériz et Fromista. Cette idée allait continuer à germer… et concerner peu à peu toute ma famille. Le 25 juillet, quatre mois après mon retour, nous avons eu un cinquième enfant. Comme c’était un garçon et qu’il était né le jour de la fête de saint Jacques, son prénom était tout trouvé!

A partir de là, le cours de notre vie a changé. Après discernement avec plusieurs prêtres, tous unanimes, nous avons décidé de fonder une communauté de vie dédiée à l’accueil des pèlerins.

Il restait donc à trouver un lieu pour vous installer…

Oui. Nous avons tout d’abord passé neuf mois dans une petite communauté à Saint-Côme-d’Olt, en Aveyron, où nous nous sommes initiés à la vie et à la prière communautaires. Et en mars 1992, avec l’assentiment de l’évêque de Rodez, nous nous sommes installés à Estaing, sur le chemin du Puy-en-Velay.

Quelles ont été les bases de cette fondation ?
La première évidence qui nous est apparue, c’est que pour accueillir des pèlerins, il faut rester pèlerin. Cette spiritualité pèlerine, illustrée par la parabole du jeune homme riche appelé à tout quitter pour suivre le Christ (évangile selon saint Marc, chapitre 10, versets 17 à 31), est au cœur de notre action. La deuxième intuition, c’était la nécessité de la vie communautaire.

L’Hospitalité Saint-Jacques (8 rue du Collège – 12190 Estaing. Tél. : 05 65 44 19 00) est devenue un lieu de vie où hommes et femmes mariés, familles, célibataires, prêtres ou diacres peuvent trouver leur place. Elle a été reconnue « Association privée de fidèles » en octobre 2007.

Quel accueil réservez-vous aux pèlerins ?

L’hospitalité chrétienne puise ses racines dans ces paroles du Christ : « Qui vous accueille m’accueille » (évangile selon saint Mathieu, chapitre  10, verset 40). C’est dans cette disposition que nous recevons les pèlerins. Nous leur proposons le partage du toit, du pain et de la prière. Mais nous considérons avant tout l’hospitalité comme un échange, un enrichissement mutuel.

Ainsi, nous aimons dire dans l’esprit de saint Augustin : « Que la grâce nous soit donnée de devenir comme ceux que nous accueillons. » De même que dans la plupart des hébergements chrétiens, la participation aux frais est libre, ou donativo : chacun fait une offrande selon son cœur… et ses possibilités.

Vous avez été, en quelque sorte, des « pionniers » de l’hospitalité chrétienne offerte par des laïcs sur le Chemin. Et d’autres vous ont suivi…

En effet. Il y a désormais de nombreux accueils chrétiens (abbayes et presbytères, mais aussi communautés ou familles) le long des itinéraires qui mènent à Compostelle. L’association Webcompostella recense ces adresses sur son site Internet (2) et dans un guide des haltes chrétiennes.

Quelle est votre vie, au quotidien ?
Nous avons une vie simple de travail et d’accueil, rythmée par les offices : laudes, complies, chapelet… La prière est l’oxygène de l’Hospitalité Saint-Jacques. N’est-elle pas la respiration naturelle et spirituelle du pèlerin ?

Propos recueillis par Gaële de La Brosse/blogdesmarcheurs.fr.

Bon à savoir :  les rendez-vous de l’Hospitalité Saint-Jacques

Chaque année, l’Hospitalité Saint-Jacques d’Estaing et la communauté des Prémontrés de Conques organisent :

  • une retraite spirituelle pour les pèlerins qui, au retour de Compostelle, souhaitent prolonger leur cheminement spirituel (7 jours en février ou mars) ;
  • la rencontre, en hiver, de la Communion hospitalière Saint-Jacques (qui regroupe les signataires de la charte des hospitalités chrétiennes et ses partenaires) ouverte à tous les hospitaliers bénévoles et aux pèlerins intéressés par l’accueil ;
  • le pèlerinage des hospitaliers (ouvert à tous) vers Issendolus (Lot, voie de Rocamadour), sanctuaire de sainte Fleur, religieuse hospitalière de l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem et de Malte, devenue patronne des hospitaliers (marche de trois jours autour du 5 octobre, jour de la fête de cette sainte).

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3 réponses à Aveyron : Léonard Tandeau de Marsac a reçu la grâce de l’hospitalité

  1. Félicitations pour le beau travail que vous avez réalisé ce soir.
    Vous avez su faire parler nos intervenants dans la sincérité, ce qui a laissé la place à plusieurs moments d’émotion… j’en profite pour retrouver toute mon identité…
    Merci,
    Ultréïa !

    • Gilles dit :

      Merci Jean-François. Ce fut une belle soirée. N’hésitez pas à me contacter en mail privé pour me parler de ce qui vous tenait à coeur. Gilles

  2. Chère Elisabeth,
    Cher Leonard,
    Chère communauté d´Estaing,
    Merci pour tout ce que vous faites pour les Pèlerins.
    Je suis ancien du chemin 2008 et ai fait l´hospitalier à Saint-Come l´été dernier : je sais ce que vous apportez.
    Cette anné je serai à nouveau 15 jours fin aout hospitalier bénévole à Güemes sur le Camino del Norte chez le Padre Ernesto (vous le connaissez ? )
    Bien à vous
    Pascal « Jakez »

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