Comment la marche est une révélation

En reprenant les éléments que j’ai déjà publiés sur ce blog dans la rubrique « Qui suis-je ? » et « le credo du blog des marcheurs« , j’ai avancé dans ma réflexion et dans la relecture de mon cheminement à la fois géographique et intérieur.

J’avais appelé cette expérience « une révélation de la marche ». Aujourd’hui, je fais un pas de plus.

Pour moi, la révélation de la marche conduit à une révélation intérieure, personnelle, existentielle. Autrement dit, la marche, c’est du moins mon expérience personnelle, nous conduit à la révélation de nous-même : la marche me replace dans une relation juste à moi-même, aux autres, au monde, à Dieu.

La marche est un lieu de conversion, au sens propre : « se tourner vers » soi, vers les autres, vers la création, vers le créateur. Sur le plan spirituel, je le rapproche du désert dans la Bible, lieu de retour sur soi-même et de proximité avec l’Essentiel, Dieu, qui marche avec nous et qui ne nous quitte pas d’une semelle !

Et Dieu devient notre guide. Bon pédagogue, il nous apprend à marcher. « C’est moi qui lui apprenais à marcher, dit Dieu dans le livre d’Osée (chapitre 11, verset 3) à propos de son peuple, en le soutenant de mes bras, et il n’a pas compris que je venais à son secours. » Dans le livre de Michée (chapitre 6, verset 8), Dieu dit : « Homme, le Seigneur t’a fait savoir ce qui est bien, ce qu’il réclame de toi : rien d’autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu. » « Marcher humblement », voilà le secret.

Je suis toujours étonné par le décalage entre l’extraordinaire fécondité de la marche en terme de renouvellement intérieur et sa très grande simplicité : mettre un pas devant l’autre, pendant plusieurs minutes ou plusieurs heures. Le naturel de la marche nous ouvre au surnaturel de la transformation intérieure.

C’est généralement au moment du retour chez soi qu’on perçoit l’intensité et la profondeur incroyable de ce qu’on a vécu sur le chemin : gratitude pour les rencontres imprévues, pour la beauté des paysages croisés. Durant les jours qui suivent mon retour de marches, j’ai la sensation, presque physique, d’avoir les entrailles remuées, comme si j’avais été travaillé, labouré de l’intérieur. La raison ? En marchant, nous ouvrons nos portes et nos fenêtres intérieures pour nous laisser éclairer et habiter par tout ce (ceux et Celui) que nous croisons… Et cette lumière surnaturelle demeure en nous à la manière d’une présence féconde.

Je suis également frappé par la bienveillance de la marche : il n’y a pas besoin de marcher beaucoup pour en ressentir les bienfaits physiques, psychiques, spirituels. Personnellement, je ne peux marcher sur le chemin de Compostelle et de Saint Gilles que 5 jours, une ou deux fois par an.  Or, ce que j’y ai reçu n’a aucune commune mesure avec le temps et les kilomètres passés, ni avec ma moyenne horaire ! Le chemin donne sans compter, à profusion, dès qu’on l’emprunte, ne serait-ce que pour quelques kilomètres.

La marche a fait prendre conscience au citadin (et Parisien, qui plus est  !) que je suis qu’il marche la plupart du temps…  sur la tête, autrement dit trop vite. Les exigences de notre monde productiviste nous intiment d’avancer à la cadence d’un micro-processeur d’ordinateur ! Or, nous ne sommes pas fait pour cela ! Et notre corps, notre esprit et notre âme crient grâce ; les signaux d’alerte rouge se multiplient  : maladies, dépression, addictions…

Pour continuer à avancer selon ce rythme de fou, notre société nous propose des moyens de nous ajuster encore davantage à ses cadences infernales. Il est très intéressant de voir comment le mot « gérer » et « gestion », autrefois réservés au domaine de la production économique, ont envahi, dans le langage quotidien, tous les champs de la vie relationnelle. Aujourd’hui, on ne vit plus, on gère son stress, son emploi du temps, son couple, sa sexualité, ses enfants, ses échecs, ses deuils… En fait, on ne gère rien de tout, on part en lambeaux, oui !

Pourquoi tant de gens se tournent aujourd’hui vers la marche (randonnées, chemins de pèlerinage, balades, excursions) ? Parce que c’est dans ces moments-là qu’ils retrouvent le vrai rythme de la vie, qu’ils se sentent en accord avec eux-même et avec le monde qui les entoure.  Quand on marche, on n’est « pas dans l’effort mais dans l’essor », pour reprendre une expression du bon docteur Vittoz. La marche est thérapeutique : elle nous ramène (et nous garde, au sens fort)  les pieds sur terre : pour avancer, on ne peut pas aller plus vite que ses pieds !

La pédagogie de la marche est merveilleuse : elle donne un sens, c’est-à-dire à la fois une direction, une destination, un but  (faire le tour du lac, emprunter le GR entre tel et tel point, aller à Compostelle) et un itinéraire pour y parvenir. Ce faisant, elle donne du sens – c’est-à-dire une « signification » – à la vie

Gilles Donada/blogdesmarcheurs.fr

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1 réponse à Comment la marche est une révélation

  1. Hubert dit :

    A vous lire, je n’ai qu’une envie : repartir sur le chemin de Saint-Jacques. Mais je me dis que sur tous les Chemins, je ferai des rencontres formidables qui vont me porter au-delà de ce que mes pieds pourraient faire. Cette année, je fais le chemin de Saint Guilhem, je le fais seule pour me retrouver.J’espère que j’y arriverais et que je pourrai continuer par la suite. Ces chemins sont des chemins de vie qui nous portent au-delà de la vie.

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