Compostelle : qui sont les « vrais pèlerins » ?

Père Sébastien Ihidoy. (c) Jean SarsiatLe père Sébastien Ihidoy est une figure très connue des pèlerins de Compostelle. Dans son presbytère de Navarrenx, il a accueilli de 1981 à 2001 des milliers de pèlerins de tous poils. La journaliste Laurence Lacour lui a consacré de belles pages dans « Jenda Jendié, tout homme est un homme » (Bayard, 2003).

Le Père Sébastien a vécu le « partage » sur la route de Compostelle. Ce basque à l’accent rocailleux, aujourd’hui âgé de 76 ans, affirme avoir plus reçu que donné. Voici un extrait d’une intervention qu’il a faite sur le thème des pèlerins et des randonneurs sur le chemin de Saint-Jacques.

Il me serait agréable ici de brosser quelques portraits-type de pèlerins. Mais cela m’amènerait trop loin. Je me contente de les mentionner.

Il y a l’ancien qui a accompli tout un parcours familial et professionnel, et qui veut rendre grâce pour tous les bienfaits reçus. Parfois il a une grâce à demander pour un de ses enfants ou petits-enfants.

Il y a le jeune adulte engagé jusqu’au cou dans la vie professionnelle, souvent cadre, débordé de travail et de voyages d’affaires, bousculé dans sa vie familiale, et qui part avec cette question: n’y a t il pas moyen de trouver une vie plus humaine?

Il y a le jeune qui vient d’achever ses études, et qui prend de la distance avant d’aborder la vie active.

Il y a l’artiste, soit de musique, soit de peinture, soit de sculpture, qui va à la recherche de lui-même comme d’une inspiration dans les profondeurs et au-delà de soi.

Il y a le médecin, le pharmacien, le professeur, l’architecte, qui veulent regarder les besoins de l’homme d’aujourd’hui , au-delà de leur pratique quotidienne.

Il en est bien d’autres au milieu, ouvriers, fonctionnaires, qui veulent repenser leur vie.

Il y a enfin le chômeur, et celui qui a du mal à se situer dans la société actuelle, sans compter les jeunes couples qui testent, sur le Chemin, la solidité de leurs amour.

Bref, ce sont toutes les facettes de notre société qui se reflètent sur le Chemin comme dans un miroir grossissant.

Alors je vous le demande : comment ne pas accueillir? Comment ne pas être à l’écoute? Comment ne pas partager leurs questions et leur quête? Comment ne pas être leur partenaire et leur complice? Le peu de temps qu’on leur donne est sublime. Derrière chaque visage, il y a quelque chose d’unique à recevoir. Je disais qu’accueillir est un devoir. C’est bien plus, une chance, un privilège.

Ici, je ne vais pas éluder la question : Ne faut-il pas distinguer les vrais pèlerins et les faux pèlerins ?

A cette question je réponds d’abord, par une autre : Qui peut juger ?

C’est vrai que les motivations des uns et des autres sont extrêmement variées.

On trouve des pèlerins guidés par l’Etoile de la foi et qui vont, comme François d’Assise, chantant le vent, la pluie et le soleil. Ils ont la liberté intérieure. Leur souffle balaye nos pesanteurs.

On trouve, également, de nombreux pèlerins en quête d’une vie plus humaine. C’est peut-être la motivation la plus commune. J’admire l’authenticité de leur recherche. Et dire que Dieu, en Jésus-Christ, a pris le chemin de l’homme pour nous rejoindre! !

Il en est d’autres qui sont guidés par des préoccupations culturelles, touristiques, sportives, mais sont très sensibles à la dimension spirituelle de Chemin.

C’est vrai, aussi, que l’on trouve sur le Chemin des gens qui sont plus randonneurs que pèlerins. Et ils le disent. Mais combien après avoir commencé le trajet en marcheurs le terminent en pèlerins ! J’en ai de nombreux témoignages. Quoiqu’il en soit, tout le monde a droit au Chemin.

Il en est dont on se demande s’ils sont vagabonds ou pèlerins. Ils sont rares. Mais, même s’ils le sont(vagabonds), pourquoi poser sur eux un regard condamnateur et excluant ? Personnellement, je leur fais confiance et je les encourage à faire le Chemin sérieusement avec toutes les exigences qui s’y rattachent. On y rencontre des générosités admirables.

Il y a, enfin,  des athées déclarés. Vous allez me dire: que font-ils sur le Chemin de St Jacques? Je crois pouvoir répondre en résumé: ils cherchent une vie plus authentique. Je sais que « Dieu est à l’horizon des recherches de vie authentique ». Je les accueille avec infiniment de respect et d’amitié.

A l’appui de tout ce que viens de dire quant au jugement sur les vrais ou les faux pèlerins, je veux apporter cet exemple vécu.

Un soir, un jeune couple belge, avec un chien noir, font halte chez moi. Tous les deux sont chômeurs. Après avoir sympathisé avec eux, et avant d’écrire un petit mot sur leur « Credential » et de le tamponner, je leur demande: qu’est-ce que vous cherchez sur le Chemin? C’est elle qui me répondit, et je n’oublierai jamais l’expression de son visage en prononçant textuellement ces mots :

« Nous cherchons :
– un peu de force, nous sommes fragiles…
– un peu de stabilité, nous n’avons pas de travail…
– un peu d’équilibre, nous avons du mal à gérer notre vie… ».

Il y avait là un autre couple plus ancien, un pasteur protestant et sa femme, médecin. Nos regards se sont croisés, non sans émotion, et celui du pasteur me disait : « Voilà les vrais pèlerins ».

Je voudrais tellement qu’on cesse de juger les bons et les mauvais pèlerins. Ce n’est pas de la naïveté ? C’est du réalisme. Permettons à chacun, en faisant le Chemin, de faire son chemin.

Retrouvez l’intégralité de l’intervention du P. Sébastien Ihidoy (1ère partie, 2ème partie, 3ème partie)

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Une réponse à Compostelle : qui sont les « vrais pèlerins » ?

  1. un autre ailleurs dit :

    très bel article
    un autre ailleurs

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