David Martin a marché jusqu’à Compostelle pour apaiser sa colère

A 40 ans, David Martin, chef de projet web, se fait licencier. Pour lui, c’est un véritable choc ! Un mois après, il décide de réaliser un pèlerinage de Saint-Jean-Pied-de-Port jusqu’à Compostelle, soit 800 km, pour faire le point sur sa vie. Source : Pèlerin.

Pourquoi avez-vous décidé de réaliser ce pèlerinage ?
David Martin : Je travaillais pour des entreprises comme chef de projet web. Je me sentais bien, le travail était intéressant. J’ai même évité le licenciement de deux personnes. En 2008, c’est finalement moi qui ai été licencié. Je me suis beaucoup remis en question. Je me demandais si c’était de ma faute, si j’étais vraiment à la bonne place… Ma colère a pris le dessus. Ma femme ne me supportait plus. Je voulais faire un break pour apaiser mes tensions. C’est ce qui a provoqué mon envie de réaliser ce pèlerinage. Un mois après mon licenciement, je suis parti le 15 avril pendant un mois jusqu’à Saint Jacques de Compostelle. Ce pèlerinage était une belle opportunité dans mon malheur.

Qu’est-ce qui vous mettait le plus en colère ?
Je me suis rendu compte que le genre humain n’était pas toujours très délicat. Selon moi, le premier capital d’une entreprise devrait être les ressources humaines. Mais ce n’est pas vraiment le cas en France. Je pense que c’est plus important de gérer des personnes que des projets.

Pourquoi avez-vous choisi la marche pour calmer votre colère ?
La marche, ça été une révélation. C’est un sport qui ouvre tous les sens sans se faire trop violence. D’autres sports comme la course ne permettent pas cela.  Quand je marche, je me se sens vivre, je sens tout son corps, je peux aussi penser, observer, écouter… Je suis en paix avec moi-même et en harmonie avec la nature. On est vraiment dans un autre monde. Les gens sont plus ouverts et plus riches intérieurement, il n’y a pas de tabous.

Pour vous, quel était l’objectif de ce pèlerinage ?
J’attendais des réponses dans ma vie professionnelle et personnelle : il fallait avant tout calmer ma colère pour que je puisse me reconstruire. Durant ce pèlerinage, j’ai réalisé un gros travail personnel sur moi.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
Je suis parti seul. Pas dans l’optique de rencontrer des gens. Je n’étais pas vraiment prêt à m’ouvrir aux autres. Je ne suis pas agréable quand je suis en colère. Mais c’est impossible de marcher seul, on rencontre forcément des gens attachants. Durant le pèlerinage, j’ai rencontré deux infirmières Jenofa et Héléna qui m’ont réconcilié avec le genre humain. Elles avaient un grand cœur et elles donnaient sans rien attendre en retour. Je pense qu’il y a un vrai décalage entre ce que les gens sont dans la réalité et ce qu’ils peuvent être lorsqu’ils sortent de leur contexte habituel.

Avez-vous rencontré des difficultés ?
Sur le mental, je n’ai pas eu beaucoup de difficultés. J’avais régulièrement des nouvelles de ma femme et de mon fils de 4 ans et demi. Juste au premier tiers du chemin, j’avais l’impression de porter toute la misère du monde. J’ai pleuré toute une journée. Je ne sais pas trop comment l’expliquer. Sinon, au niveau physique, j’ai eu énormément de chance. Je n’ai eu qu’une ampoule et une tendinite. C’est plutôt moi qui soignais les gens sur la route, j’avais emmené ma petite pharmacie. Quelqu’un m’a surnommé le Saint-Bernard du chemin.

Qu’avez-vous ressenti à l’arrivée ?
Quand je suis arrivé à Saint Jacques, il y avait une superbe lumière. J’étais dans un état d’euphorie. De l’autre, la déception était grande car le chemin s’arrêtait. Il fallait revenir à la réalité. Quand je marchais, j’étais dans une ambiance irréelle. Je ne voulais pas revenir, je suis donc resté deux jours à Saint Jacques de Compostelle.

Comment s’est passé votre retour à la réalité ?
Le retour a été très brutal. Ne plus pouvoir marcher, j’ai ressenti comme un manque. Pendant deux à trois semaines, j’ai vécu une période de dépression. Je ne savais pas trop ce que j’allais faire de plus dans le boulot. Mais ce pèlerinage m’a permis de relativiser les choses et à prendre la vie comme elle vient. J’ai toujours cette colère au fond de moi mais elle s’est apaisée. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus ouvert sur le genre humain. Je suis revenu pour chercher un emploi et être plus en phase avec moi-même. En début d’année, il y a eu un véritable changement. J’ai quitté le secteur d’Internet pour revenir à mes premiers amours : la photographie. Désormais, je vois l’avenir plus sereinement.

Recueilli par Marine Bisch

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3 réponses à David Martin a marché jusqu’à Compostelle pour apaiser sa colère

  1. lebreton dit :

    votre témoignage est beau la marche est effectivement positive

  2. Bonjour Gilles,
    Et merci pour cette interview, vraiment très intéressante. On y retrouve les classiques (ce qui ne veut pas dire ordinaires) du Camino : en chemin solitude et méditations, larmes, rencontres, service aux autres, à l’arrivée désarroi et au retour dépression (le mot est de David), reconstruction et nouvelle orientation.
    Le Chemin de Compostelle, un antidote pour toutes les colères, et donc un outil de paix ? C’est évident et il est bon de le rappeler.

  3. lamoureux5061 dit :

    Bonsoir
    merci pour ce magnifique themoignage.
    Je sais qu il existe les 100km pour les malades
    je n arrive pas a trouver sa ville de départ.
    Si vous pouvier m aider.
    Merci par avance
    en union de prière.
    Patrick

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