Jean-Marc Lucien (Webcompostella) : « Les accueils chrétiens sont une main tendue aux pèlerins de St-Jacques de Compostelle »

Webcompostella est un réseau d’accueils chrétiens sur les chemins de Compostelle. Jean-Marc Lucien, son président (pointé par une flèche rouge sur la photo) explique la genèse de ce projet, la vocation d’hospitalier et la différence avec les autres modes d’hébergements payants : dans les accueils chrétiens la participation aux frais reste libre et sans réservation. Interview.

Quelle est l’origine de webcompostella ?

Un petit groupe de laïcs en 2003, convaincus de la nécessité de remettre en valeur mille ans de tradition d’accueil sur les chemins de St-Jacques, à travers un outil moderne Internet ont décidé de créer l’association Webcompostella assise sur un site Internet : webcompostella.com.

Quelle est sa mission ?

Webcompostella s’adresse à ceux qui préparent leur route vers St-Jacques de Compostelle, à ceux qui en reviennent et à ceux qui, situés au bord du ou des chemins de St-Jacques, maintiennent une tradition millénaire d’accueil au service des pèlerins. A tous Webcompostella à l’ambition d’offrir à la fois un guide pratique et des éclairages spirituels.

Quelles chemins sont aujourd’hui couverts par l’hospitalité chrétienne ?

Il est erroné de croire que l’hospitalité chrétienne se limite à une ou deux voies plus ou moins connues vers Compostelle. L’hospitalité chrétienne est partout ; le pèlerin qui part de sa maison, à pieds, et trace sa route pour rejoindre un des grands centres de rassemblement et de départ (Vézelay, Tours, Arles et Le Puy en Velay) trouvera sur sa route des maisons ou des communautés qui ouvrent leurs portes à l’étranger cheminant ; mais il est clair que les chemins les plus fréquentés sont aussi ceux où la présence de l’hospitalité chrétienne est la plus développée.

Combien y a-t-il de lieux d’accueil recensés ?

Il faut bien comprendre que la démarche de ces accueils n’est pas une démarche commerciale ; ils n’entrent pas dans les cases de notre organisation sociale comme un hébergement touristique. Certains de ces accueils bâtis sur du roc (communauté des Prémontrés de Conques par exemple, Hospitalité St-Jacques à Estaing ou l’accueil familial chrétien de St-Privat d’Allier) sont fait pour durer car il s’agit à chaque fois d’une réponse à un appel venu de l’Esprit et qui s’est transformé en vraie vocation.

D’autres accueils sont là un temps car les circonstances s’y prêtent puis disparaissent. Difficile donc de donner un chiffre mais sur la voie du Puy par exemple, sur la partie française, une vingtaine d’accueils chrétiens « stables » sont identifiés !

Où et comment peut-on se procurer la liste de ces lieux ?

Sur notre site Internet nous tenons à jour une page au moins par accueil sur les voies d’Arles (surtout dans sa partie Piémont Pyrénéen), et sur la voie du Puy. Nous travaillons actuellement à une identification sur la voie de Tours, grâce au travail de Jean-Jacques Pagerie, fondateur de l’association Tranquilles sur la voie de Tours,  très actif sur cette voie.

Ensuite notre association édite deux guides détaillés, un pour la voie du Puy en Velay et un pour la partie de la voie d’Arles dite du Piémont Pyrénéen et qui part de Narbonne vers Lourdes en passant par toutes les grandes abbayes monastiques des Pyrénées. Ces guides proposés en « Donativo »(libre participation aux frais)  sont disponibles sur le site Internet.

Qu’est-ce qui caractérise l’accueil chrétien, par rapport aux autres types d’accueil existants ?

Une certaine part de la dimension de l’accueil chrétien se retrouve dans les accueils dits jacquaires (accueil de l’autre en frère, temps de partage avec lui, conseils et assistance…) et même la notion de participation libre aux frais, chacun pouvant laisser dans la caisse ce qu’il veut ou ce qu’il peut.

Les accueils chrétiens apportent une dimension supplémentaires, en ce sens que l’accueillant reconnaît dans son hôte la figure même du Christ venu frapper à sa porte. Les temps de partage seront aussi temps de prières, si l’accueilli le souhaite (et seulement s’il le souhaite !). Et le choix de la participation libre s’imposera encore plus comme un véritable échange de don entre accueillant et accueilli.

Chaque accueil chrétien est une petite pierre destinée au pèlerin pour qu’il avance dans sa quête vers sa conversion au Père, aboutissement de son pèlerinage.

Qu’aimeriez-vous dire à un marcheur qui hésite entre un accueil donativo et un autre type d’accueil ?

Que le choix ne se pose pas ; qu’il doit apprendre au long du chemin à lâcher prise, à oublier ses repères traditionnels et se laisser porter par son chemin ; accepter ce qui se présente avec confiance et humilité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la majorité des accueils chrétiens (hors communautés hôtelières) ne prennent pas de réservation. Il est important de bien rappeler que les accueils chrétiens ne sont pas passages obligés pour le pèlerin mais seulement une main tendue, offerte, s’il en ressent le besoin.

Comment sont sélectionnés les lieux que vous recommandez ? Selon quels critères ?

Nous ne sélectionnons pas ni ne portons de jugement sur les demandes formulées par ceux qui souhaitent se comporter en accueil chrétien, mais nous leur rappelons la nécessité d’avoir ce désir de recevoir l’autre quelque soit ses moyens ou son apparence, comme s’il était le Christ lui-même ; je pense que c’est l’élément fondateur d’un véritable accueil chrétien.

Ensuite nous insistons pour qu’il y ait une véritable synergie entre l’accueil et la paroisse où il se situe car la démarche d’un accueil chrétien doit se faire en harmonie avec le clergé et l’évêque du lieu. Nous insistons aussi pour qu’il y ait une possibilité de temps de prières, un oratoire ou un lieu de culte ouvert à proximité.

La notion de participation libre aux frais n’est pas fondamentale mais elle participe fortement à la traduction pour l’accueillant de cette dimension de la confiance. (« Tu auras toujours ce dont tu as besoin pour faire ce que Dieu attend de toi »). Lorsqu’il s’agit d’un couple qui ouvre sa porte, nous conseillons aussi fortement que cette décision d’accueil soit un choix partagé par chacun et non la volonté d’un seul, car l’engagement est tel que seule l’unité parfaite du couple permet de vivre pleinement l’accueil chrétien.

Quelles sont les démarches à accomplir pour devenir un lieu d’hospitalité chrétienne ?

Encore une fois, les mots conventionnels ne répondent pas vraiment à la situation : être un lieu d’hospitalité chrétienne ne répond à aucune démarche mais résulte du libre choix de celui qui ouvre sa porte. Pour beaucoup d’accueils chrétiens ce projet est né, comme pour une vocation sacerdotale, d’un appel fort auquel on fait le libre choix de répondre oui…

Après, le reste se déroule de façon naturelle avec les contacts que l’on prend, les rencontres que l’on est amené à faire, la foi qui anime le porteur du projet. Un contact avec son évêque est une bonne étape ; ensuite pour faire connaître le lieu, si on le souhaite, un contact avec notre équipe.

Assurez-vous un suivi pour vérifier que les lieux que vous recommandez demeurent dans l’esprit que vous défendez ? Par quels moyens ?

Les accueillants chrétiens se réunissent au moins une fois par ans pour échanger leurs peines et leurs joies et partager aussi leurs interrogations. Ces rencontres se font en général avec des prêtres et des évêques. C’est l’occasion pour chacun de faire le point pour savoir s’il se sent bien dans sa démarche chrétienne de l’accueil.

Au niveau de l’équipe nous refusons de jouer les censeurs ; celui qui se sent en dehors de l’esprit que nous défendons le sait et de lui-même fait le choix d’un autre chemin. Pour le reste, l’entente étant établie entre la paroisse et l’accueil, si difficulté il y a , cela se règle plutôt à ce niveau et pas au nôtre.

Comment l’accueil donativo est-il perçu par les propriétaires d’autres types d’hébergements (chambre d’hôte, hôtels, etc.) les mairies, départements ou régions ?

Pas toujours facile de faire se côtoyer deux mondes si différents ; mais depuis quelques années les institutions ont petit à petit reconnu le cadre particuliers de ces accueils à caractère spirituel. Des règles de droit ont été établis en terme de fiscalité, de charges sociales et d’imposition.Le Sénat à répondu clairement en donnant un accord officiel à cette existence des accueils chrétiens sur les chemins de St-Jacques.

Un jugement récent appelé à faire jurisprudence a donné cette définition capitale pour l’esprit qui nous anime : en l’état de ces textes (code général des collectivités territoriales, article L 2333-26 et suivants, articles R 2333-43 et suivants), le législateur laïque et républicain, en effet, n’a point manifesté son souhait d’imposer (dans le sens de prélever un impôt)  les activités dites spirituelles, d’accueil, d’entraide et de partage, exemptes de rémunération, ce qui permet assurément à un accueil bénévole sur le chemin de St-Jacques d’affirmer qu’il « doit absolument persister dans notre société des espaces de vie bénévoles et non lucratifs, assurant une grande part du lien social ».

Cela permet également à l’accueil bénévole de considérer implicitement qu’il existe deux itinéraires, l’un touristique, commercial et onéreux, justifiant d’un paiement d’une taxe d’état et un autre bien antérieur, sur lequel il (l’accueil) se trouve, le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle, et où il accueille et héberge spirituellement, les pèlerins et notamment les plus démunis d’entre eux.

Y a-t-il un dispositif spécial pour cette année jacquaire ?

Des temps particuliers de prières sont prévus ainsi que des fiches destinées à rappeler le caractère particulier des grâces reçues lors d’une Année Sainte Compostellane.

De nombreux articles sont publiés régulièrement sur les sites de Webcompostella autour du thème de l’Année Sainte, de son histoire et de sa signification.

Quels sont vos projets pour 2010-11 ?

Essentiellement un gros travail autour de l’information sur les accueils chrétiens d’une part sur les voies moins connues (Tours et Vézelay) mais aussi sur tous les chemins de traverse, en liaison avec les évêques des paroisses traversées, afin d’aider à une meilleure connaissance par les futurs pèlerins de la multiplicité des lieux d’hébergements chrétiens même et surtout en dehors des quatre grandes voies européenne…

Pour nous le lâcher-prise du pèlerinage c’est aussi savoir tracer sa propre route, suivre son propre chemin et vivre sa propre quête…parfois bien en dehors des chemins balisés, mais là où les rencontres peuvent être extraordinaires et surprenantes et où les témoignages de Foi prennent souvent tout leur sens.

Recueilli par Gilles Donada/blogdesmarcheurs.fr

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4 réponses à Jean-Marc Lucien (Webcompostella) : « Les accueils chrétiens sont une main tendue aux pèlerins de St-Jacques de Compostelle »

  1. wartel franck dit :

    bonjour;
    j’aimerais partir de puy en velay le 1mai…
    je suis chomeur depuis peut et voudrait avant de recommencer une vie « normal » me retrouvé… mes moyens etant limité je suis plus a la recherche d ‘hebergement moderé…. 35 à 40 euros chez certains me semble un peux chere..
    est que les chiens sont les bienvenu sur la route???

  2. Sur le site de http://www.Webcompostella.com, passez une commande du guide des haltes de prières.
    Vous aurez ainsi tous les accueils chrétiens et à travers eux la solution à votre marche vers St-Jacques.
    Au besoin mettez un message sur le site à contact@webcompostella.com
    Jean-Marc

  3. Michel VAN HOUTEN dit :

    Bonjour,
    Excusez-moi de vous déranger, mais j’aurais besoin d’une info par rapport au site webcompostella.
    Je suis Belge, âgé de 63 ans et cette année, je ferai le chemin du Piémont au départ de Carcassonne le 20 mai. A cet effet j’ai réservé à Carcassonne (ND de l’Abbaye) et à Fanjeaux (Monastère de Prouilhe). Dans les 2 cas le tarif communiqué est de 27€ alors que je découvre sur votre site (très bien fait, félicitations) que ces 2 hébergements pèlerins sont « donativo ». Je ne suis pas contre le fait de payer bien entendu, mais j’aimerais comprendre la raison de ces informations qui semblent contradictoires. Pouvez-vous m’éclairer à ce sujet?
    Michel VAN HOUTEN (Portable: +32 472 63 69 36)
    BRUXELLES

    Merci et cordiales salutations

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