Karen Guillorel : « Il m’a fallu trois ans pour revenir de ce voyage à Jérusalem »

Karen Guillorel. (c) Presses de la Renaissance

A 28 ans,  Karen Guillorel a marché, seule puis avec une amie, vers Jérusalem depuis Paris, via Istanbul. Une expérience qui marque une rupture dans sa vie. C’est ce dont elle témoignage dans son livre, qu’elle présente le 6 mai à Paris :  « De l’aventure au voyage intérieur » (Ed. Presses de la Renaissance). Interview (texte & vidéo) de Karen Guillorel.

> Quel est ton plus fort souvenir de marche ?

Karen Guillorel : J’ai un merveilleux souvenir de Sarajevo – l’alternance des cloches et du chant du muezzin – le fait de voir mosquées, églises chrétiennes et synagogues dans la même ville. J’ai eu le sentiment si puissant, lorsque je suis arrivée à Sarajevo, qu’il était possible de pouvoir vivre tous ensemble les uns avec les autres.

>  Avec le recul, qu’est-ce que t’as apportée cette expérience ?

Le désir très fort d’apprendre à vivre ensemble justement. Ce voyage m’a permis de découvrir la diversité humaine dans ce qu’elle avait de plus beau et de plus monstrueux aussi. Nous sommes là, tous ensembles et même si cela est parfois si difficile, je trouve que cela vaut le coup. Sont survenues également de nouvelles questions telles que « comment accueillir l’autre en soi » tout en étant très conscient des frontières que sont nos propres épidermes et l’air qui les séparent. Cela peut sembler abstrait mais de fait, ne l’est pas.

> Comment s’est passé ton retour à la vie « normale » ?

De retour, j’ai vécu tout un processus de compréhension du voyage qui a duré presque trois ans pendant lesquels j’ai par ailleurs beaucoup écrit, dessiné, réalisé. J’ai notamment lancé l’expérience Traverses (voir la vidéo ci-dessous), livre voyageur, ayant pour vocation la création de lien entre les gens par le biais d’ouvrages pas comme les autres – voilà pour les moyens.

En tout cas, il m’a été impossible de « revenir en arrière » pour ce qui concerne l’adaptation sociale traditionnelle – quelque chose d’irréversible s’est passé, positivement je crois, mais cela a été un long chemin assez difficile, me concernant – et seules les années futures pourront vraiment dire quels ont été les fruits les plus conséquents du voyage. Une chose est sûre, à présent, je me sens beaucoup plus ancrée et plus à même d’interagir avec les hommes et les femmes – ce qui signifie autant être capable de communication que de rompre ladite communication.

Mais à ce niveau, ce n’est que le début du voyage, quelque part. Ce qu’il y a eu de plus difficile à gérer, en revanche, c’est que je ne voulais plus travailler comme je l’avais fait auparavant. Si j’avais pu, j’aurais pris ma retraite ! Mais je crois que cela est aussi lié au fait qu’il m’a fallu ces trois ans pour revenir du voyage.

> Qu’est-ce qui a été particulièrement difficile ?

Le plus dur, et c’est la raison de tout ce temps nécessaire pour sortir du voyage, c’est qu’il a été incroyablement difficile de verbaliser le périple dans l’entier des émotions que j’ai ressenti. Je n’arrivais donc pas à exprimer à mes proches la somme de ces moments passés loin d’eux. J’avais le sentiment de ne pas savoir trouver les mots pour exprimer la diversité du monde et des personnes rencontrées.

Toute tentative d’en entreprendre la description sonnait terriblement creux à mes propres oreilles. J‘avais l’impression de ne pas remplir ma tâche de voyageur alors que j’avais tellement reçu de tant de gens. C’est la raison pour laquelle l’écriture de ce livre a fait partie intégrante du voyage – et a permis de le laisser derrière moi pour aller de l’avant.

Recueilli par Gilles Donada/Blog des marcheurs

  • Mercredi 6 mai 2006 mai, de 18h à 22h : Karen lance son livre au cours d’une soirée spéciale, intitulée « De Jérusalem à Cuzco : une rencontre avec des écrivains voyageurs » (tract recto et verso ), en compagnie de Sébastien Jallade qui publie  « L’appel de la route, petite mystique du voyageur en partance » (Ed. Transboréal). Lieu : « Au Cerisier, Galerie d’Art & d’Essai, 42 quai des Célestins, 75004 • M° St Paul ou Pont Marie.

Deux expériences de voyages au long cours, deux chemins motivés par des interrogations partagées : qu’est-ce que le voyage, pourquoi partir, que représente-t-on en voyage pour ceux que l’on rencontre ? Au-delà des aventures quotidiennes qui sont les surprises permanentes du voyageur, il reste en effet la question de la motivation de telles équipées. C’est à ce questionnement fondamental que nous invitent à réfléchir Karen Guillorel et Sébastien Jallade, dans leurs livres respectifs et dans cette rencontre que nous vous proposons au Cerisier.

Les deux auteurs seront présents ce soir-là à l’occasion du lancement de leurs deux ouvrages, pour les signer mais, avant tout, pour parler de leur travail. D’autres événements viendront agrémenter la soirée et approfondir leur propos : la comédienne Octavie Piéron donnera des lectures d’extraits choisis, une exposition des photographies de voyage de Karen Guillorel sera présentée, des extraits des films de ces deux auteurs seront projetés, etc.

Le livre de Karent Guillorel vient de sortir
De l’aventure au voyage intérieur
Paris – Istanbul – Jérusalem

Ed. Presses de la Renaissance
A 28 ans, Karen Guillorel décide de partir à pied de Paris à Jérusalem, via Istambul.  Il lui aura fallu trois ans avant de trouver les mots justes pour nous transmettre son expérience dans son livre-témoignage « De l’aventure au voyage intérieur ». Sa motivation ?  Au-delà de l’image réductrice que lui présente le journal télévisé, elle veut voir de ses yeux la réalité de ce pays qui frappe à la porte de l’Europe (la Turquie) et de cette ville sainte, partagée, déchirée…
Le souffle tantôt ample, tantôt haletant, le lecteur suit pas à pas Karen à travers ses rencontres, souvent bouleversantes, parfois angoissantes, ses réflexions en chemin, illustrées de ses croquis pris sur le vif. La retranscription scrupuleuse de ses rêves éclairent son itinéraire d’un clair-obscur tout à fait saisissant. On vibre aux côtés de cette marcheuse qui a pris le risque de se rendre « perméable » à l’imprévu de la rencontre. Karen partage avec son lecteur son introspection :  le regard qu’elle porte sur ses hôtes ? Le regard de celles et ceux qu’elle croise en chemin : bienveillance, concupiscence ou inquiétude paternelle chez certains hommes ; amitié, désapprobation ou admiration pour ce qu’elle symbolise ( l’émancipation et la liberté), chez les femmes. Dans un univers marqué par la geste masculine, le livre de Karen Guillorel nous  initie aux enjeux cachés du voyage au féminin. G. D.

Karen parle de la version DVD de son récit de voyage ;
elle évoque son goût pour la marche,
et ce que celle-ci lui a révélé d’elle-même.

Karen Guillorel présente son projet Traverses,
le livre voyageur, gratuit qui se donne de la main à la main
dont on peut suivre la trace sur internet.

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2 réponses à Karen Guillorel : « Il m’a fallu trois ans pour revenir de ce voyage à Jérusalem »

  1. Ping : St-Malo : les étonnants voyageurs fêtent leurs 20 ans | Le blog des marcheurs

  2. rivet david dit :

    bonjour
    depuis la fin de mon premier voyage ,qui était le camino de santiago,
    j’ai le desir de partir a Jerusalem .
    La question
    Quelle frontière avez vous traversé pour arriver en Israël,le liban,la jourdanie ou le syrie.
    Et quel type de visas avons nous besoin.
    Merci david

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