Le photographe Klavdij Sluban explore le Far Est sibérien

Expo photo. « Klavdij Sluban se déplace à pied à travers les villes d’un Far Est abandonné, où sont passés les habitants ? Il en reste quelques-uns, emmitonnés dans le brouillard, quelques bêtes en fuite ou le dos au mur. À la recherche d’êtres humains, le photographe insiste au-delà de l’Europe, il pénètre en Asie, Russie, Mongolie, Chine, avec le transsibérien, mais il ne rencontre aucune densité humaine. Partout, la géographie prédomine et rend l’espèce humaine négligeable. »

Transsibériades, du 06 novembre au 23 décembre 2009 à la galerie Taiss (Paris, 3ème).

« Le photographe, Erri de Luca dans sa préface du livre Transsibériades (Editions Actes Sud), a la nostalgie de la neige maternelle de l’enfance qui le rebordait dans son coin de terre, mais ici la neige est devenue une lèpre blanche, elle ne recouvre pas le sol, elle le ronge. Son silence est oppressant. Le photographe utilise rarement une vitesse d’exposition rapide pour fixer une course, un mouvement. Il laisse plus souvent un temps de pause plus long sur le diaphragme fermé, pour que le silence imprègne la pellicule.

L’immobile a besoin de plus de temps pour affleurer. L’immobile est l’état de grâce du moment messianique, non pas l’exaltation d’un avent, mais une fin de course. Une des dernières photographies revient à un portrait de notre temps, le visage d’une femme aux lèvres entrouvertes pour un baiser au néant, inversé dans un reflet. Elle s’adresse à un point qui la sépare irrémédiablement. C’est tout l’Est qui regarde ainsi vers l’occident. C’est le regard le plus muet de toute la série, il offre et réclame un salut et fait le silence en qui regarde. »

Biographie*

Klavdij Sluban est un photographe français d’origine slovène, né à Paris en 1963. Sluban mène une oeuvre personnelle
rigoureuse et cohérente, ce qui en fait un des photographes-auteurs les plus intéressants de sa génération. Souvent empreints
de références littéraires (Beckett, Milton), ses nombreux voyages photographiques se situent en marge de l’actualité
chaude et immédiate. La mer Noire, les Caraïbes, les Balkans, la Russie, la Chine… peuvent se lire chez lui comme
une rencontre entre la réalité du moment et le sentiment intérieur du photographe dromomane. Ses noirs profonds, ses
silhouettes à contre-jour confèrent à son écriture photographique une droiture et une justesse exemptes de tout didactisme
ou exotisme.

Depuis 1995, Klavdij Sluban, quand il ne voyage pas, anime des ateliers photographiques auprès de jeunes détenus.
Cet engagement commencé en France (Fleury-Mérogis) avec le soutien d’Henri Cartier Bresson, Marc Riboud et William
Klein, s’est poursuivi dans les camps disciplinaires des pays de l’Est, en ex-Yougoslavie (Slovénie, Serbie) et en ex-Union
Soviétique (Ukraine, Géorgie, Moldavie, Lettonie, Russie), y compris dans les enceintes disciplinaires de Moscou et de
Saint-Pétersbourg et plus récemment en Amérique centrale. Familier des lieux de la détention et partenaire des acteurs qui
les peuplent, Sluban déploie au travers de ses images la problématique des espaces clos et des horizons contraints et
nous fait éprouver les fractures d’un enfermement que redouble l’intériorisation des perceptions.

Il est lauréat du prix EPAP, European Publishers Award for Photography 2009, pour le livre “Transsibériades”, parution en
octobre aux éditions Actes-Sud et simultanément dans cinq pays d’Europe. Il est également lauréat du prix Leica (2004)
et du prix Niepce (2000).

* Extrait du dossier de presse.

Klavdij Sluban se déplace à pied à travers les villes d’un Far Est abandonné, où sont passés les habitants ? Il en reste quelques-uns, emmitonnés dans le brouillard, quelques bêtes en fuite ou le dos au mur. À la recherche d’êtres humains, le photographe insiste au-delà de l’Europe, il pénètre en Asie, Russie, Mongolie, Chine, avec le transsibérien, mais il ne rencontre aucune densité humaine. Partout, la géographie prédomine et rend l’espèce humaine négligeable.
Le photographe a la nostalgie de la neige maternelle de l’enfance qui le rebordait dans son coin de terre, mais ici la neige est devenue une lèpre blanche, elle ne recouvre pas le sol, elle le ronge. Son silence est oppressant. Le photographe utilise rarement une vitesse d’exposition rapide pour fixer une course, un mouvement. Il laisse plus souvent un temps de pause plus long sur le diaphragme fermé, pour que le silence imprègne la pellicule. L’immobile a besoin de plus de temps pour affleurer. L’immobile est l’état de grâce du moment messianique, non pas l’exaltation d’un avent, mais une fin de course. Une des dernières photographies revient à un portrait de notre temps, le visage d’une femme aux lèvres entrouvertes pour un baiser au néant, inversé dans un reflet. Elle s’adresse à un point qui la sépare irrémédiablement. C’est tout l’Est qui regarde ainsi vers l’occident. C’est le regard le plus muet de toute la série, il offre et réclame un salut et fait le silence en qui regarde.

Extrait de la préface de Erri de Luca pour le livre Transsibériades, Editions Actes Sud

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1 réponse à Le photographe Klavdij Sluban explore le Far Est sibérien

  1. martinique dit :

    salut pour cet article

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