Mgr Christophe Dufour : « La marche a une vertu thérapeutique »

Revue de presse. Pendant 20 ans, Mgr Christophe Dufour, évêque coadjuteur du diocèse d’Aix en Provence, a marché avec des jeunes.

Il a parcouru les déserts du Hoggar, du Néguev et du Sinaï et a exploré la spiritualité de la route dans son livre « Les marcheurs de Dieu » (Presses d’Ile-de-France, 2002).

Selon cet évêque amoureux de la marche, l’attrait de la randonnée révèle un besoin profond qui est présent chez tout homme : se retrouver. Source : La Croix.

Article Mgr Dufour : « Beaucoup commencent en randonneurs et deviennent pèlerins », Anna Latron, La Croix (31/07/09)

La Croix : 79 % des Français disent pratiquer la randonnée. Que signifie, selon vous, cet attrait pour la marche ?

Mgr Christophe Dufour : Un désir de vivre mieux, d’avoir un rythme qui apaise, apporte la sérénité, nous donne un autre rapport au temps et nous permet de regarder autour de nous. Le rythme du pas est propice à la méditation. Je crois aussi au sens « thérapeutique » de la marche : notre être est encombré, blessé par des actes que nous avons commis et qui sont comme une tache en nous. La marche a cette vertu de nettoyer, de purifier l’être intérieur. Je me souviens d’une jeune femme avec qui j’ai marché au désert. Au bout de trois jours sans se laver, elle m’a pourtant dit : « La marche, ça décrasse ! » J’aime cette phrase, qui montre bien la vertu de guérison intérieure propre à la marche.

Que cherchent ces marcheurs ?

L’être humain, pour se retrouver, doit d’une certaine façon remonter le cours de sa vie. Dans le désir de marcher, il y a cette intuition qu’il y a de la pollution dans ce monde : le marcheur remonte donc vers la source de son être intérieur, de son existence.

Dans votre livre, vous écrivez que « le chrétien est un marcheur ». Pensez-vous que l’image de la marche définisse la foi chrétienne ?

Ce qui me frappe dans la Bible, c’est que ça n’arrête pas de marcher ! Regardez Abraham, Moïse, Élie, Jésus lui-même… L’histoire du peuple des croyants est une histoire de marcheurs. Dans la Lettre aux Hébreux, on peut lire que les croyants ont « confessé qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. Ceux qui parlent ainsi font voir clairement qu’ils sont à la recherche d’une patrie » (lettre de saint Paul aux Hébreux, chapitre 11, versets 13 et 14).

Je crois que le chrétien est celui qui a sa maison sur la terre et qui, en même temps, est à la recherche d’une patrie. Il y a un monde invisible exprimé par le visible et nous marchons, depuis cette terre visible, vers ce mystère caché qui nous habite. L’acte de foi fondamental du chrétien, c’est qu’il pressent un mystère caché qu’il recherche : la marche dit bien cette recherche, c’est-à-dire le mystère de Dieu.

Quelle différence faites-vous entre un marcheur et un pèlerin ?

Le pèlerin est celui qui, explicitement, donne un sens à sa marche. Il va d’un point à un autre, et le point vers lequel il marche est un lieu-source, qui va lui révéler un sens : il marche vers Compostelle, vers Rome, vers Jérusalem… Bref, vers un lieu de pèlerinage qui donne un but de foi à sa marche.

Des marcheurs non croyants peuvent-ils faire l’expérience de la foi ?

Beaucoup commencent leur marche en randonneurs et, au fil de la route, deviennent pèlerins. Ils sont transformés par leur marche et, petit à petit, un travail en eux s’accomplit. Sans forcément devenir croyants, ils pressentent qu’une présence les attire, et pour moi, c’est la présence de Dieu.

Vous qui êtes un marcheur, qu’avez-vous découvert à travers cette expérience ?

La marche me repose profondément. La marche est aussi faite de temps de halte ; s’arrêter en chemin, c’est prendre le temps de contempler, de regarder, de revenir sur soi-même…

Et la marche, c’est bien sûr pour moi le lieu de la prière, c’est le lieu où chaque pas rythme une prière toute simple, une prière du cœur, qui se simplifie au fil des pas pour nous laisser pénétrer de la présence du Créateur.

62 % des randonneurs sont des femmes. Y a-t-il, selon vous, quelque chose de plus féminin dans la marche ?
Je crois que les femmes ont plus de courage, car il en faut pour se mettre en route ! Il y a aussi une intuition féminine de cette présence que nous, chrétiens, appelons Dieu. Elles ont une intériorité plus grande que les hommes et elles la cultivent par la marche.

Recueilli par Anna Latron

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1 réponse à Mgr Christophe Dufour : « La marche a une vertu thérapeutique »

  1. Ghislain Ottis dit :

    A chaque pas, le pèlerin formule une intention de prière, et chaque pas devient une prière. Celui qui fait pèlerinage, prie avec ses pieds. Et c’est merveilleux. A Compostelle, après les JMJ de Madrid, j’ai moi-même fais l’expérience en marchant sur les pas de Saint Paul jusqu’au far du finisterre.
    Ne négligeons pas ces moments, confions au Seigneurs nos intentions pendant que nos pieds foulent ces lieux saints.

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