La pasteure protestante suisse Catherine Salzborn Chenuz a accompli son rêve de marcher jusqu’à Compostelle

Catherine Salzborn Chenuz est pasteure depuis 17 ans au sein de l’église évangélique réformée du canton de Vaud (Suisse). Dans sa paroisse d’Aigle, elle est en charge de l’éveil à la foi des enfants jusqu’à 6 ans (on peut la voir dans ce reportage de la Télévision suisse romande, suivie d’une interview en plateau sur le thème de l’éducation religieuse).

Elle est également l’auteur du livre « Tu nous feras parents » (édition Les bergers et les mages, 1991, 8 euros, épuisé mais disponible sur demande à l’auteur), un récit de vie sur le thème de la  stérilité. « Il raconte notre lutte pour devenir parents, explique Catherine Salzborn Chenuz, mais aussi ma vision des êtres de la nature, mon questionnement spirituelle et mon dialogue avec Dieu. »

Partie de Saint-Jean-Pied-de-Port le 1er mai 2011, elle est arrivée à Santiago le 11 juin, après avoir emprunté le Camino Frances (elle est allée à jusqu’à Finisterra en bus).

Plusieurs points m’ont particulièrement touché dans son interview
— Elle a pris le temps de laisser mûrir en elle le désir du chemin en s’attelant à une préparation sérieuse, tant sur le plan physique qu’intérieur (Cf. la façon dont elle a matérialisé cela avec son sac… )

— A plusieurs reprises, Catherine Salzaborn Chenuz insiste sur l’importance de mettre ses pas dans ceux qui l’ont précédé et de ceux qui l’entourent sur le chemin, à la fois dans le temps de l’histoire, et dans le temps de journée (ceux qui sont partis plus tôt ou plus tard qu’elle). Le chemin, même s’il répond à une quête personnelle, est un chemin avec et vers les autres — formant ainsi, comme elle le dit joliment, un « peuple migrateur ».

— La pasteure partage son sens de la contemplation : elle nous parle de la beauté  et de l’ambiance qui se dégagent des églises, des chapelles et des cathédrales, tantôt vides, tantôt bruissantes lors des fêtes religieuses. Un cadeau qu’elle goûte simplement, dans l’instant (elle a choisi de ne pas emporter d’appareil photo).

— Le Camino est un chemin de connaissance de soi, pour certains, il agit comme un révélateur ; pour d’autres, comme Catherine, il vient confirmer ce qui est déjà là. Son regard reconnaissant est, pour reprendre ses mots, « une offrande à Dieu qui renouvelle la vie et restaure le goût des êtres et des choses ».

Comment vous est venue l’idée de partir sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ?

Je ne sais plus comment j’ai entendu parler de ce chemin mais je sais que ce rêve m’habitait depuis longtemps avant que je n’en réalise une partie, cette année. Mon envie était d’emprunter un chemin que d’autres avaient aussi empruntés tout au long de l’histoire, et de vivre cette expérience unique, un peu à l’image de ma foi, qui s’appuie sur une tradition en même temps qu’elle est une appropriation unique et personnelle.

Je suis partie parce que je pouvais bénéficier d’un congé sabbatique et au niveau familial, c’était le bon moment. Mes proches ont très bien vécu mon choix et en étaient fiers. Ma paroisse et mes divers conseils d’église m’ont aussi soutenue.  Je connais des amis protestants qui ont aimés faire le chemin, et certains sont des fidèles et en font une partie chaque année.

Comment vous êtes vous préparée ?

Mon impression est d’avoir été en chemin bien avant de partir ! Je me suis entraînée à marcher en montagne avec le sac deux à trois fois par semaine, durant 3 à 4 h , et j’ai fait du stretching et de la physio pour mon dos. J’ai aussi rencontré des anciens pèlerins et pèlerines qui m’ont donné leurs conseils.

J’ai apprivoisé petit-à-petit l’idée de devoir vivre avec très peu de choses, et je me suis préparée à l’aventure du lâcher-prise. J’avais fait mon sac à dos en janvier alors que je suis partie en mai, et il était bien en vue dans ma chambre. C’était ma manière personnelle de me préparer.

Une fois sur le chemin, qu’avez-vous découvert ?

J’ai découvert en route que j’ étais capable de faire autant de kilomètres à pieds. Traverser un pays dans sa largeur était tout-à-fait possible pour moi. J’étais capable d’avancer seule, de me débrouiller complètement en bredouillant en espagnol, et en parlant un peu en anglais.

Sur le chemin, j’ai vécu de belles rencontres mais toujours éphémères, avec toujours cette sensation du détachement continuel, des lieux comme des gens. J’ai trouvé formidable d’appartenir à un peuple migrateur, un peuple en marche hors du monde habituel, d’être portée par ceux qui marchent devant et ceux qui sont derrière. Cette dimension à la fois collective et individuelle du chemin m’a bien convenu.

J’ai aussi eu la sensation de jouer à trouver mon chemin fléché, de me laisser guidée, et dans les villes, je n’étais pas perdue comme lorsque touriste, je suis à pied ou en voiture et que je dois me repérer.

Je crois que protestant, catholique, ou de confession ou religion différente on peut trouver sur le chemin une nourriture pour sa vie, et c’est le plus important. Il y a une dimension spirituelle commune à tous et une communion possible, incluant la richesse de notre diversité, et ceci même avec les personnes athées ou agnostiques.

Quels sont les lieux qui vous ont marqués ? 

J’ai vécu une vraie joie devant les cathédrales de Burgos, Léon et Santiago. A chaque fois, un grand moment de bonheur, comme face au Christ de la chapelle octogonale de Torres del Rio. J’ai beaucoup contemplé les sculptures, et j’essayais de garder cela en moi-même, car j’avais renoncé aussi à l’appareil photo.

J’aime beaucoup, comme pas mal de mes contemporains entrer dans les églises ou les lieux de culte, et je suis sensible à l’athmosphère qui s’en dégage. J’apprécie surtout l’art roman mais sur le chemin, j’ai découvert un gothique que j’aime aussi, avec cette influence mozzarabe, ces cloitres en particulier ourlés de dentelles taillées dans la pierre.  J’aime le silence de ces lieux qui me parle.

Je suis beaucoup moins sensible à l’aspect baroque ou rococo, je préfère la sobriété et n’aime pas la surenchère de dorures. Peut-être que mon éducation protestante y est pour quelque chose.
J’aime aussi beaucoup bénéficier d’explications lorsque je visite de tels lieux, malheureusement sur le chemin, cette possibilité ne m’a pas été offerte.

Je ne suis pas attachée aux reliques et dans ce sens pour moi, voir le tombeau présumé de St-Jacques ne m’a pas particulièrement touchée. Mais j’ai aimé l’atmosphère paisible de cette ville et cathédrale, l’arrivée continuelle des pélerins que j’ai ressenti comme un accomplissement, les danses et musiques dans la rue, la messe avec les chants de la soeur chantre à la voix si belle et le botafumeiro (encensoir géant qui se balance dans la nef les jours de fête NDLR).

Avez-vous participé à des célébrations ? 

J’ai assisté à la journée de fête du saint de Santo Domingo de la Cazalda et ai constaté l’engouement populaire, l’église pleine, la présence des enfants costumés en petit moine, et visiblement il y a encore en Espagne une bonne participation des catholiques à ce genre de fête.

J’ai été étonnée de toutes les messes en semaine, mais me suis senti étrangére aux rituels, et le fait de ne pas comprendre la langue m’a gêné. J’ai côtoyé des pèlerines catholiques qui, même sans comprendre, attachait beaucoup de sens à cette participation. Je pense que chez les protestants le centre du culte reste la Parole et qu’il nous est plus difficile de vivre un culte ou une messe si on ne comprend rien.

Le Chemin a-t-il changé votre façon de vivre votre foi ? 

Je ne peux pas dire que la marche a transformé ma relation au Christ, ni ma façon de prier. Je suis une personne contemplative, et bien-sûr que je me suis régalée des paysages, des villes et villages, et j’ai vraiment admiré tous les petits jardins potagers sur le chemin… D’ailleurs la première chose qui m’a manqué, c’était mon petit jardin de fleurs à moi, et de savoir que mon mari en prenait soin créait un lien fort et symbolique entre nous.

Quand je partais le matin, je me retournais souvent pour voir le soleil se lever sur le lieu que je quittais et c’était toujours un autre regard que celui porté à l’arrivée. Je pense que les arrivées et les départs sont importants dans la vie, et j’essaye aussi de soigner ces moments dans mon quotidien quand je quitte un groupe ou des personnes individuelles. Prendre congé, continuer d’avancer, retrouver, saluer. Toutes ces petites choses qui peuvent avoir tellement d’importance.

Je n’ai pas eu l’impression de revenir tellement différente, mais je dirais plutôt que ce que je connais de moi s’est confirmé. Je peux souvent faire des parallèles entre ma manière de vivre et de faire mon chemin.

Je décris ma foi comme très proche de la vie, de sa liturgie du temps et des saisons et j’avais emmené avec moi un seul livre de prières celtiques et chrétiennes qui magnifient la vie, et l’existence humaine, et qui sont une offrande à Dieu qui renouvelle la vie et restaure le goût des êtres et des choses.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? 

J’ai souffert de l’absence de mes proches, de mes amis, et pour moi qui, en général aime la solitude c’était une découverte, mais pour rien au monde je n’aurais voulu renoncer à aller jusqu’au bout. Pas de livres, pas d’occupation de 13h-14h jusqu’au soir, ça n’est pas facile.

Comment s’est passé votre retour ? 

J’ai bien vécu mon retour, ravie comme jamais de prendre bus, avion ou train!!! de retrouver ma famille. Mais je suis arrêtée trop brutalement de marcher. Je me suis remise à pratiquer d’autres sports, mais mes muscles ayant pris une autre forme m’ont fait souffrir des courbatures pendant 3 à 4 semaines, alors que n’ai pas eu une ampoule ni aucun problème en marchant 20km par jour.

Je commence à raconter mon voyage dans ma paroisse et pour l’instant je ne peux pas en dire plus. Depuis mon retour, j’ai fait un autre petit bout du chemin en Suisse avec mon mari et deux amis, et je vais continuer de différentes manières ce chemin.

Recueilli par Gilles Donada/blogdesmarcheurs.fr

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02/10/2011

3 Réponses pour “La pasteure protestante suisse Catherine Salzborn Chenuz a accompli son rêve de marcher jusqu’à Compostelle”

  1. Redigé par mr frédéric:

    Loué soit Jésus Christ ,

    bravo à cette femme pasteure pour ce chemin vers compostelle !
    un jour moi aussi je le ferai , si le Seigneur me donne la santé
    soyez bénis en Christ le Rédempteur

  2. Redigé par Marike:

    Bonjour !
    je suis heureuse de trouver un pasteur protestant sur le chemin de Compostelle. Voyez mon blog et son dernier article 434 sur « Pélerin de Compostelle… », repris par un autre blog (origine non déclarée) qui réunit tous ces articles de blogs sur Compostelle : http://www.compostelleinfo.fr/actu-blogs-1 (première page).
    Personnellement je suis réformée unitarienne et souhaite un lieu à Compostelle qui réunisse tous les non-catholiques, unitariens universalistes, etc… mais il faut de l’argent et un permanent…. J’ai 76 ans et je doute pouvoir faire ce pélerinage dans une assez large mesure ! mais j’aimerais !

  3. Redigé par Gilles:

    Bonjour et merci pour votre message. Compostelle chemin de rencontres et de paix. Oui, c’est déjà une réalité !


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