Le récit « A marche forcée » est porté au cinéma dans « Les chemins de la liberté »


Les Chemins de la liberté – Bande-Annonce / Trailer [VF|HD]
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Dans ce blog, je parle de la marche volontaire, celle que l’on a décidée : soit qu’on poursuive une quête personnelle (Compostelle ou autres), soit qu’on affectionne la randonnée. Mais il existe aussi une autre marche, celle qui correspond au « Marche ou crève ». Et je ne fais pas allusion à un des tubes du groupe hard rock des années 80 Trust, non, il s’agit de la marche forcée pour fuir un danger, sauver sa vie et gagner sa liberté.

C’est le récit qu’avait fait Slavomir Rawicz dans « A marche forcée », publié en 1956, réédité en 2002 édition Phébus. L’histoire véridique de sept prisonniers échappés du goulag russe, durant l’hiver 1941. Cette cavale de plus de deux ans, longue de 6 000 km à pied, conduira les fuyards du cercle polaire à l’Inde, à travers la Sibérie, la Mongolie, la Chine, le Tibet et le Bhoutan, en passant par le désert du Gobi et l’Himalaya.

Il s’agit d’une marche à bout de souffle, où la peur d’être repris tenaille à chaque seconde les échappés. Il faut sans cesse se cacher, faire attention, regarder par dessus son épaule. C’est une marche à l’extrême limite des capacités humaines où la mort peut engloutir le pas du survivant. C’est un magnifique récit d’une marche inhumaine qui s’est peu à peu humanisée à travers la solidarité et les rencontres.

J’irai voir le film de Peter Weir, qui sort le mercredi 26 janvieren espérant que le scénario du film n’édulcorera pas la brutale réalité de cette aventure involontaire.

> Le site officiel du film « Les chemins de la liberté« .

L’avis des critiques

« «Les chemins de la liberté»: beau mais ennuyeux« , C. V., 20 minutes (26/01/11)

(…) Le réalisateur australien n’a pas choisi la voie de la subtilité dans cette fresque très «roudoudou les belles images». Mais de sublimes paysages – le film est produit par National Geographic – ne suffisent pas à meubler plus de deux heures de projection. (…)

A moins de décider de se mettre au camping extrême, les personnages sont si outrés qu’on perd tout intérêt pour leurs aventures. Ce «Koh-Lanta» au pays des Soviets manque cruellement de souffle épique.

« Les chemins de la liberté« , Aurélien Ferenczi, Télérama (29/01/11)

(…) Plus on avance, plus les péripéties sont minimales. Il faut d’abord trouver de la nourriture, échapper aux inconnus croisés en chemin. Puis il s’agit de survivre au désert, aux morsures du soleil. Tous n’y parviendront pas. Le périple s’éternise dans des paysages de folie, envoûte qui se laissera envoûter. À la manière moins d’une épopée à la David Lean que d’un film quasi expérimental : mise à l’épreuve extrême des corps et, aussi, pourrait-on dire, de l’attention du spectateur. Il s’agit d’illustrer cette idée, déjà présente dans Mosquito Coast ou Master and Commander : l’homme n’a de repos que s’il a con­quis son territoire, dominé la terre qui le porte. Un peu comme dans cette nouvelle de Borges où des cartographes ne sont satisfaits qu’après avoir établi la carte ultime, à l’échelle 1:1, qui recouvrira exactement le pays exploré…

Au goulag, un prisonnier se réfugiait dans ses souvenirs de L’Ile au trésor : et si cette quête n’était qu’un conte, une odyssée mentale (la véracité du livre qui a inspiré le film, A marche forcée, de Slavomir Rawicz, est contestée) ? Que le voyage soit onirique ou « réel », le spectateur patient est largement récompensé : l’épilogue, pardon d’Ulysse à Pénélope qui l’aurait trahi, est bouleversant.

« Colin Farrell et Ed Harris sur « Les chemins de la liberté«  », C.R., Nice-Matin (26/01/11)

(…) Le sujet est tiré d’une histoire réellement vécue, mais en passant par Hollywood le scénario s’est embarrassé des conventions en vigueur dans les studios. La petite troupe des évadés réunit des personnages bien stéréotypés – le meneur, le psychopathe, l’altruiste, l’idéaliste – dont le caractère va marquer les péripéties du périple. Mais bien sûr le salut passera par l’indispensable solidarité capable de faire fi des égoïsmes pour n’écouter que l’intérêt commun, jusqu’à un final baignant dans les bons sentiments de la générosité et du pardon.

Le générique réunit une distribution aussi disparate que la composition de la troupe. Avec des interprètes qui n’ont pas tous le tempérament de Ed Harris ou de Colin Farrell. Mais tous ont visiblement mis beaucoup de cœur à l’aventure. La mise en scène de l’expérimenté Peter Weir (Le cercle des poètes disparus, The Truman show, Master and commander) ne leur épargne aucune apparence de souffrance – le froid, la faim, la blessure, la chaleur – et les marques qu’ils en affichent à l’écran ne sont pas seulement le fruit du savoir-faire des maquilleuses. Le tournage a été dur, lui aussi. Mais d’où vient pourtant que cette épopée de l’impossible, au cœur de paysages grandioses, ne parvient que rarement à dégager les émotions de suspense, d’effroi et de souffrance qui devraient nous transporter ?

« Le chemin de Weir n’en finit pas« , Sophie Avon, Sud-Ouest (23/01/11)

Malheureusement, « Les Chemins de la liberté » échouent à captiver, comme si dans cette interminable odyssée à travers les terres hostiles d’Asie, rien ne semblait pouvoir irriguer la narration, produire de la fiction, transcender la souffrance. En permanence, l’artifice des personnages clignote au-dessus des têtes, et les situations, relativement invariables et prévisibles, construisent à leur corps défendant une pâle transcription du calvaire qui eut lieu il y a plus de soixante-dix ans.

Pour autant, ce n’est sans doute pas la fidélité à l’Histoire qui plombe le film, ni la présence de têtes d’affiche (Ed Harris ou Colin Farrell) qui compromettrait une empathie profonde avec les personnages réels. Il y va plus sûrement de la platitude de la transposition à laquelle ne manque aucun détail véridique, mais où ne souffle jamais ni l’esprit des morts ni la grâce des survivants.

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