Léonnard Leroux : « Les imprévus vers Compostelle ? Quoi de plus rassurant ! »

Léonnard Leroux sillonne les chemins de pèlerinage depuis des années avec son appareil photo. Il a publié plusieurs ouvrages sur les chemins de Compostelle, du Tro Breiz et de Jérusalem.

Interrogé pour le « Guide spirituel de Saint-Jacques » (Ed. Presses de la Renaissance, p. 178-179), Léonnard Leroux livre son témoignage sur la marche à l’étoile. Pour le Blog des marcheurs, il confie la façon dont le Camino a bouleversé sa façon d’envisager la vie.

Blog des marcheurs : Qu’est-ce que la marche sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle a fait évoluer en vous, sur le plan physique, psychique, spirituel ?

Léonnard Leroux : Depuis mon retour, je vis sur le départ, je vis chaque jour comme le premier et le dernier ! Enfin j’essaie… Chemin faisant, je ne distingue justement plus ces plans de l’être : corps, âme, esprit.

De même que les mystiques parlent de « l’œil du cœur », le photographe Henri Cartier-Bresson disait que « photographier, c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur » et quand on sait que pour lui, la photographie était un mode de vie, on peut reconnaître dans cette « ligne de mire » un symbole de son existence.

On est bien loin du « je pense donc je suis » symptomatique de notre civilisation occidentale cérébrale. À moins que ce ne soit le corps qui pense et l’âme qui marche… Quoi qu’il en soit, l’acte du pèlerinage a toujours été, toutes civilisations et toutes époques confondues, un temps de guérison. Qui impose premièrement d’accepter que nous sommes malade… Tout un programme !

Ce dont on souffre dans notre société contemporaine d’individus dispersés, c’est justement du besoin de réconcilier le muscle, la pensée et l’émotion. L’acte du pèlerinage est en cela une discipline très moderne : un chemin où contemplation et action sont consubstantielles, une route où plus on s’élèvera et plus on aura les pieds sur terre, et réciproquement… « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne dieu » disent les Pères de l’Eglise.

Mais d’abord, il faut que l’homme devienne homme. Sur le chemin, il y a des hommes qui marchent et au bout du chemin, il y a l’humanité.

Cette expérience a-t-elle modifié votre façon de penser et d’agir dans votre vie quotidienne ?

Chaque voyage conforte un peu plus mon sentiment de ne pas être d’ici ou de là, je n’ai jamais compris ce besoin d’appartenir à un fief, à un groupe, à un clan. Le retour à toute forme de ce que nomment laidement les médias « communautarisme », est un signe rétrograde et obscurantiste de notre temps que Georges Brassens dénonçait déjà comme « les imbéciles heureux qui sont nés quelque part ». Nonobstant, je ne comprends pas davantage le sens de « citoyen du monde ».

L’Histoire humaine est maculée par ces divisions, et les chrétiens n’ont malheureusement pas été les derniers à brandir ces armes sectaires. Pourtant toute spiritualité prône l’accueil de l’étranger, pourtant les paroles de l’apôtre Paul comme celles des évangiles sont on ne peut plus claires : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec; il n’y a plus ni esclave ni homme libre; il n’y a plus l’homme et la femme; car tous, vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. »

C’est aussi ça, aujourd’hui, le chemin de Saint-Jacques : Les chrétiens de tous poils côtoient les mécréants, on vient du Japon, du Brésil, de Hongrie, vieux ou jeune, on va solitaire ou en couple, initié ou ignorant, on s’affirme pèlerin, on se prétend randonneur, on n’est rien et on est tout, galvaudeux ou cavalier, illuminé ou ténébreux, on est homme et on marche !

Quel conseil aimeriez-vous donner à un pèlerin qui s’apprête à prendre la route de Compostelle mais s’inquiète des imprévus et peut être tenté de planifier pour se rassurer ?

Les imprévus ? Quoi de plus rassurant ! Et à quoi sert notre peur, sinon à être dépassée ? À quoi bon partir, si c’est pour planifier ? « Cherchez le ciel et tout le reste vous sera donné de surcroît ! », dit le Christ. Par conséquent, ma seule injonction serait le titre d’un ouvrage que je viens de lire : « Risquer la liberté » ! C’est tout l’intérêt du pèlerinage !

Face à notre société bavarde qui se déplace de péages en balisages, qui vénère performances et vitesses, qui confond sécurité et liberté, qui sait tout, le pèlerin, lent, improductif, vulnérable, taciturne, ne sait rien. Il doit trouver d’autres repères, se poser d’autres questions, parler un autre langage.

Le chemin spirituel est d’autant plus dur aujourd’hui que nous ne vivons plus au temps des cathédrales, mais des supermarchés. Malgré les « vœux pieux » de certains, le chemin de Compostelle n’est pas un supermarché mais un espace où l’on peut « adorer la liberté libre » comme a dit Rimbaud. Et le poète n’a pas manqué d’ajouter que «Le combat spirituel est plus brutal que bataille d’homme !»

Alors en marche ! Et ne jamais oublier qu’un pèlerin qui fait bien son sac est un pèlerin qui le vide, que le chemin le plus court n’est pas le plus direct… Et pour finir, j’aurais un seul conseil quant à l’itinéraire : une étape à ne pas négliger, celle qui conduit au bout des terres, 90km après Santiago, jusqu’à Fistera, là où le chemin s’arrête face à l’immensité de l’océan.

Devant ce qui nous dépasse, on peut alors comprendre que l’essentiel n’est pas d’aller loin mais au bout des choses.

Recueilli par Gilles Donada

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Une réponse à Léonnard Leroux : « Les imprévus vers Compostelle ? Quoi de plus rassurant ! »

  1. marie dit :

    Méditation par Ônajor :

    Notre cerveau n’est d’aucune utilité pour notre éternité. Cultivons dés à présent notre cœur réfléchissons avec notre cœur, pensons avec notre cœur, maîtrisons notre cerveau avec notre cœur comme nous maîtrisons la main avec notre cerveau
    {}
    On ne peut utiliser que ce qui fait la pensée et non la pensée elle-même comme on peut utiliser l’arbre et non le fruit qui fait l’arbre
    {}
    Ne croyez jamais être le seul à avoir telle ou telle pensée
    {}
    Que vous soyez au début ou à la fin du train n’influe en rien sur sa destination
    {}
    N’oubliez pas: avec Internet vous ne décidez rien on vous fait décider
    {}
    Comme l’oiseau ne construit pas un nid sur un arbre qui ne veut pas de lui l’amour ne se pose pas sur l’ego tant que ce dernier ne le lui demande pas
    {}
    La destruction des vases ne détruit pas le vide mais la destruction du vide détruit les vases
    {}
    Les mots font apparaître les idées mais ce ne sont pas les mots qui font naître les idées
    {}
    L’être humain est le symbole terrestre que la nature a crée pour sortir de sa matérialité
    {}
    Il n’existe pas d’espace éternel privilégié
    {}
    L’union de l’homme et de la femme assure une pérennité physique à l’humanité mais la potentialité invisible se trouvant dans les êtres humains leur assure l’immortalité
    {}
    Comme nos organes sont réunis pour donner naissance au corps nous devons réunir tout ce qui existe pour donner naissance à la Lumière intérieure et éternelle de l’amour universel
    {}
    La poursuite du chemin ne peut se faire qu’en dehors du chemin
    {}
    Ton corps ne peut pas aller où tu dois aller mais il va tout faire pour que tu y arrives
    {}
    Nous ne sommes pas une planète délimité par le présent le passé et le futur
    {}
    Vous pouvez vous chercher partout mais dès que l’on vous dit que ce que vous cherchez c’est vous vous arrêtez de chercher, non?
    {}
    Une seul énergie avant, une seule énergie pendant, une seule énergie après
    {}
    Si vous savez créer une pensée à partir de rien vous savez créer un corps à partir de rien
    {}
    Comme chaque wagon attelés l’un à l’autre forment le train, chaque pensées attelées l’une à l’autre ne forment rien
    {}
    On ne trouvera jamais un espace qui te prouvera que tu as existé, pourtant l’instant ou tu ne seras plus est aussi présent que ta vie d’aujourd’hui
    {}
    Il se dit : on récolte ce qu’on sème d’accord mais on sème ce que l’on cueille et l’on cueille ce que l’on cherche
    {}
    Il n’y a pas une chose qui maintient l’équilibre de la planète plus qu’une autre mais il n’y a qu’une chose qui déséquilibre l’harmonie de la planète
    {}
    L’être humain est le seul qui peut remonter la rivière jusqu’à sa source et c’est le seul qui peut descendre la rivière jusqu’à l’océan ou la survoler
    {}
    La vision de celui qui a atteint l’océan n’est pas la même que celui qui a atteint la source pourtant la vision de l’un et de l’autre est vrai et indiscutable

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