Les « beurs » ont marché pour l’égalité

Revue de presse. Ils viennent de renouveler l’exploit de leurs aînés, qui avaient initié «La Marche de l’égalité » dite « La marche des Beurs » en 1983 ! 27 ans après, dans l’indifférence quasi totale des médias nationaux, un groupe de jeunes a marché durant 14 jours, de Marseille à Paris ! Source : Lyonactualite.fr

« 27 ans après, la « longue marche des beurs » continue« , Lyonactualite.fr (27/09/09)

Vous souvenez vous de «La Marche de l’égalité » dite « La marche des Beurs » ? C’était en 1983. Les jeunes d’aujourd’hui appartiennent à la 3ème génération issue des quartiers populaires. Ils ignorent tout ou presque de l’histoire de ces jeunes lyonnais qui, lassés des débats sur l’immigration – qui ne les concernaient pas puisqu’ils étaient français nés en France – avaient décidé de « marcher » vers Paris, une capitale qu’ils découvraient souvent pour la première fois !

Un groupe structuré autour de Toumi Djaïdja, figure emblématique à l’époque, et d’animateurs « charismatiques », comme Jean Pierre Lachaize, du CCO de Villeurbanne, le pasteur Jean Costil animateur de la Cimade (centre protestant d’aide aux réfugiés) ou Christian Delorme, qu’on appelait alors dans les médias « le curé des Minguettes ».

Une nouvelle marche parce qu’avec le temps, les préjugés ne passent pas… Tous nés en France, hormis Zoubir, ils se nomment Asma, Rafiqua, Alexandra, et recueillent les souvenirs et témoignages de Bouzid, Marie-Laure, Djamel.

Entre les deux marches, celle de 1983 et celle de 2009, des avancées quelquefois spectaculaires ont eu lieu : Djida Tazdait, figure emblématique des JALB (Jeunes arabes de Lyon et Banlieue) a été député européenne, Azzouz Begag, l’auteur du très beau livre Le gone du Chaâba (voir ici), a été nommé ministre par Dominique de Villepin et devrait se présenter comme tête de liste du MoDem pour les prochaines élections régionales en Rhône-Alpes. Cette deuxième marche a pris fin comme la première à Paris, où les jeunes ont cette année rencontré l’ancienne présidente de « Ni putes ni soumises » Fadela Amara, devenue secrétaire d’Etat en charge de la politique de la ville dans le gouvernement de François Fillon.

Mais si quelques changements ont pris -difficilement- forme dans les institutions, la longue marche pour l’égalité… s’est arrêtée dans les têtes !  Il y a eu entre temps la montée en puissance puis la chute du Front National, et d’autres blocages se sont fait jour dans la société.

L’Islam, peu présent à l’époque de la première marche, est aujourd’hui une question clé de la vie des quartiers. Aujourd’hui, les filles des cités doivent autant s’imposer face aux préjugés des « français de souche » qu’à ceux de leurs « grands frères », érigés en nouveaux gardiens d’un dogme plus ou moins fantasmé. Et ces derniers ont toujours les mêmes difficultés à s’intégrer, qu’ils aient quitté l’école rapidement ou poursuivi de longues études, qu’ils soient sans emploi ou même « intégrés » dans des sociétés prestigieuses (voir le récent témoignage d’un journaliste du quotidien Le Monde) !

Alors, pour les animateurs de cette nouvelle marche, il est devenu nécessaire de passer à la réalisation d’un documentaire, pour « écrire cette histoire contemporaine que ni l’école ni les médias n’enseignent à ce jour. Il va de soi que des images d’archives de la première marche viendront illustrer le propos » indiquent-t-ils sur leur site internet.

Sur le site marche-egalité.com, un compte-rendu de cette seconde marche est disponible. A partir du témoignage de Marie-Laure, ancienne de 1983, qui explique le contexte de l’époque (entre autres »l’impunité des crimes racistes ») et de celui de Bouzid, auteur du seul livre écrit par un marcheur, les participants rendent compte de leur périple, de Marseille à Paris en passant par Aix-en-Provence, Livron, Grenoble, Annonay, Vienne, Vénissieux, Villeurbanne, Lyon, Villefranche, Dijon, Strasbourg, Nancy…

« L’histoire de cette marche nous révèle bien des choses passionnantes qui expliqueraient entre autres une partie du malaise des jeunes issus de l’immigration maghrébine, qu’ils soient de nationalité française, en situation régulière ou clandestine. Ce malaise constitue un point noir dans les rapports sociaux » écrivent les marcheurs sur leur site.

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