Marie-Annick et Pierre Bouquay sont revenus de Compostelle à pied

Revue de presse. Marie-Annick est enseignante et Pierre Bouquay, kiné à la retraite. Trois après avoir effectué le chemin de Compostelle via Le-Puy-en-Velay, ils décident de retourner à Santiago pour faire le chemin du retour à pied. Une démarche à contre-courant. Dans tous les sens du terme. Source : Pèlerin.

Extrait de « Les Bouquay sont revenus à pied de Compostelle« , Samuel Lieven, Pèlerin (22/07/10)

Le 25 juillet 2000. Au terme d’une longue marche de deux mois entamée au Puy-en Velay, Marie-Annick et Pierre Bouquay pénètrent, avec des milliers d’autres pèlerins, dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle (Espagne).

Le couple, un kinésithérapeute et une enseignante à la retraite âgés d’une soixantaine d’années, récemment éprouvés par la mort de leur fils aîné, a préparé son départ de longue date. « Une telle coupure n’était envisageable qu’une fois libérés de nos activités professionnelles et de l’éducation de nos quatre enfants », expliquent les Bouquay dans le jardin de la maison familiale à Vitré (Ille-et-Vilaine).

Cette année-là, la démarche du couple ressemble à celle des nombreux pèlerins sur le point de regagner leur maison en train, en bus, en avion…

Pour Marie-Annick et Pierre, ce sera en voiture, accompagnés de leurs filles venues les rejoindre à Saint-Jacques. Deux mois de marche et de méditation dans un sens, douze heures d’autoroute dans l’autre. L’atterrissage est brutal.

Férus d’histoire, les Bouquay pressentent que leur aventure ne s’arrêtera pas là. « Au Moyen Âge, Saint-Jacques n’était qu’une étape de mi- parcours, rappelle Marie-Annick. Les pèlerins n’avaient alors pas d’autre moyen que de rebrousser chemin à pied. »

Bientôt, la décision est prise. En septembre 2003, le couple regagne Saint-Jacques-de-Compostelle en bus. Objectif : prendre la route dans l’autre sens. Se donner le temps d’achever la boucle entamée trois ans plus tôt.

Pour être originale, l’entreprise n’a rien d’évident ! À commencer, au plan pratique, par l’absence de signalétique dans le sens opposé. Droite ou gauche ? À la sortie des villages, il faut choisir… « Nous nous sommes égarés à plusieurs reprises », sourient les époux. Des traces de pas ? Elles n’indiquent pas forcément le passage de pèlerins dans l’autre sens. Une balise ?

Difficile, par endroits, de distinguer entre la route de Saint-Jacques et un itinéraire touristique local. Mais le plus marquant, pour Marie-Annick, fut la difficulté d’entrer en contact avec les pèlerins croisés en chemin.

« Le soir, au gîte, ils nous ignoraient complètement. J’ai alors réalisé combien les pèlerins faisaient bloc entre eux à l’aller. Être indifférent à celui qui marche à contresens, n’est-ce pas reproduire sur le chemin l’un des travers de la vie quotidienne ? »

École de la solitude, marcher à contre-courant a tout de même ses contreparties. « Vous vous êtes trompés de direction ! » lancent, village après village, les Espagnols à nos deux Français apparemment égarés. L’occasion de nouer une conversation qui a tôt fait, dans ces contrées du nord de l’Espagne, de se prolonger en une veillée inoubliable.

« Dans les Asturies, un ancien mineur nous a offert l’hospitalité, se souviennent les Bouquay. Il avait émigré en France, où vivent désormais ses enfants, avant de revenir couler ses vieux jours dans la maison familiale. Il tenait absolument à exprimer sa reconnaissance envers notre pays. »

Plus loin, un villageois offre au couple de visiter sa cave ; ailleurs, une volubile grand-mère les retient sur son pas de porte… « Le retour est un chemin étonnamment favorable à la rencontre, résume Marie-Annick. Comme nous n’avions fixé aucune date précise pour notre arrivée, nous avions tout notre temps. »

Pèlerinage de l’extrême Occident, Saint-Jacques-de- Compostelle est orienté, à l’aller, vers le couchant. En revenir, c’est donc regarder vers le levant. Pour les pèlerins du retour, difficile de ne pas y voir de signification spirituelle.

« J’ai vécu ce face-à-face comme un symbole d’espérance, témoigne Marie-Annick. Lorsqu’une colline dissimulait quelque temps le soleil, celui-ci finissait toujours par réapparaître. Pour qui croit en la Résurrection, c’est une lumière très dynamisante. » Pierre renchérit : « Après s’être défait de sa vieille peau sur la route du couchant, le pèlerin vit, au retour, une sorte de renaissance spirituelle »

Passé les Pyrénées, côté français, la solitude du couple s’accentue. Les pèlerins croisés sur le chemin de Tours – le plus à l’ouest – se comptent sur les doigts d’une main. Les gîtes d’étape se font plus rares. Les Bouquay sont accueillis dans des communautés religieuses.

Enfin, après deux mois d’absence, la Bretagne. Marie-Annick et Pierre ont donné rendez-vous à toute la famille devant la chapelle de Prigny, dans le pays de Retz, plutôt que chez eux. Un lieu d’où les pèlerins embarquaient autrefois vers Saint-Jacques.

Depuis, leur sentiment d’accomplissement ne les a plus quittés. « Cette expérience nous a enseigné le détachement, et elle nous enracine dans une longue tradition humaine et spirituelle », résume Marie-Annick, investie dans une nouvelle vie d’élue municipale.

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