Marie-Edith Laval raconte l’après Shikoku

Marie-Edith Laval au Salon du Livre de Montmorillon (juin 2015)

Marie-Edith Laval au Salon du Livre de Montmorillon (juin 2015)

Depuis la sortie de son livre en mai 2015 Comme une feuille de thé à Shikoku  sur son pèlerinage à Shikoku, Marie-Edith Laval est sur la route pour des conférences et des dédicaces. J’ai réussi à l’attraper au vol pour lui poser quelques questions sur son expérience de l’hospitalité au Japon, ses rencontres avec ses lecteurs, ses projets.

Pétrie de  zen dont elle pratique quotidiennement la méditation, Marie-Edith rayonne de cette douce et joyeuse lumière intérieure, recueillie au fil de son itinéraire qui l’a menée, en 88 temples, du chemin de l’Eveil à celui du Nirvana !

En bonus,  écoutez Marie-Edith se remémorer un souvenir de prière à Shikoku sur fond de son fameux tchac-gling (son bâton dont elle parle dans son livre.) Elle récite le sutra coeur, qui est psalmodié par chaque pèlerin à son arrivée dans un temple. Autres sons précieux : ceux recueillis par Marie-Edith elle-même lors de son pèlerinage : récitation de sutra et de mantra dans les temples, chants traditionnels… On y est !

 

Marie-Edith Laval avec Tomoyuki à Shikoku (août 2013).

Marie-Edith Laval avec Tomoyuki à Shikoku (août 2013).

Le blog des marcheurs : L’accueil des Japonais t’a fait te sentir une « VIP » : Very Important Pilgrim, raccontes-tu. Pourquoi ? 

Marie-Edith Laval : J’ai été touchée par les rencontres, les hôtes sur le chemin et leur accueil si chaleureux, la tradition émouvante des osettai. Cette tradition est une pratique ancienne du pèlerinage de Shikoku, un principe d’accueil envers le pèlerin et même un devoir religieux d’assistance fraternelle, consistant en des offrandes faites à celui qui est considéré comme un intermédiaire entre les hommes et le Bouddha.

Quelle générosité envers l’hôte de passage ! J’ai vraiment eu l’impression d’être reliée à tous les êtres, tel un maillon d’une chaîne immense.

Auparavant, comme pèlerine, je n’avais jamais été regardée ou accueillie ainsi.
Cette considération et cette prévenance envers le pèlerin ne sont pas réservées seulement aux étrangers. Mais il est vrai que je cumulais un certain nombre d’éléments oeuvrant en ma faveur. Non seulement Européenne, mais en plus Française et qui plus est Parisienne !

De la France, la plupart des Japonais ne connaissent que Paris et le Mont-Saint-Michel. Paris reste pour eux la ville-lumière par excellence. La simple évocation de mon lieu de vie suffisait à donner aux yeux de mes interlocuteurs un éclat aussi brillant que celui des vitrines des bijoutiers de la place Vendôme.

Et en plus jeune femme à la peau blanche, aux cheveux clairs, aux yeux bleus, alors là… cerise sur le gâteau !

Conférence à la médiathèque de Saint-Amans-des-Côts (Aveyron).

Conférence à la médiathèque de Saint-Amans-des-Côts (Aveyron).

Depuis la sortie de ton livre, tu es invitée pour des conférences, des salons, des dédicaces, tu rencontres beaucoup de monde. Que te disent-ils ?

Je suis marquée par toutes ces rencontres chaleureuses, enthousiastes et les partages authentiques que suscite mon témoignage. Comme si la petite musique singulière de mes pas sur ce chemin du bout du monde ouvrait sur une partition universelle, celle des chercheurs de sens. Comme si l’expérience spirituelle en « je » dans mon récit rejoignait celle des explorateurs en quête d’essentiel.

Les gens me témoignent souvent que ce récit et sa philosophie du vécu trouvent résonance en eux et les rejoignent. Ils me parlent des émotions qu’ils ont ressenties lors de cette lecture.

Beaucoup me disent refermer ce livre joyeusement conscients du souffle de vie qui les anime, le sourire aux lèvres, l’enthousiasme au coeur et l’envie irrépressible de se donner les moyens de vivre pleinement, ici et maintenant.

« C’est un livre qui fait du bien » revient souvent.Nombreux ceux qui sont touchés par la sincérité qu’ils ressentent au fil des pages, ainsi que par la joie et l’amour de la vie communicatifs qui en émane. Quelque chose bouge en eux et cette lecture les invite à porter un regard différent sur leur quotidien, me disent-ils.

Certains me félicitent pour mon style et mon écriture pleine de fraîcheur et de poésie qui donne envie de courir à mes côtés sans arriver à lâcher le livre : plusieurs lecteurs m’ont même confié avoir raté leur station de métro tellement ils étaient captivés et tenus en haleine par leur lecture. Pour avoir déjà vécu pareille situation comme lectrice, ces anecdotes m’ont beaucoup amusée !

Chez d’autres, mon récit a éveillé une merveilleuse envie d’ailleurs, le souhait d’aller à leur tour marcher sur les traces de Kûkai. Je suis heureuse que mes mots puissent donner l’impulsion de se lancer dans cette aventure. C’est une vraie joie d’être à mon tour « passeur » vers ce chemin du bout du monde, comme d’autres l’ont été pour moi.

Dédicace au festival Etonnants voyageurs à Saint-Malo (mai 2015).

Dédicace au festival Etonnants voyageurs à Saint-Malo (mai 2015).

Quelles sont les réactions auxquelles tu as été le plus sensible ? 

J’accueille tous les partages autour de cette aventure comme de véritables cadeaux.

Je reçois beaucoup de courriers de lecteurs par la poste ou par mails et je suis toujours très touchée que des gens prennent le temps de m’écrire pour me remercier ou me faire part de leurs émotions à l’issue de leur lecture. À chaque fois, leurs mots me vont droit au cœur.

Un lecteur m’a confié avoir traversé une période douloureuse qui l’avait amené à perdre de vue la magie de la vie. Grâce à mon récit, il l’a de nouveau senti vibrer en lui. Que mon témoignage puisse réveiller le goût et la saveur d’être, quel merveilleux cadeau je reçois là !
Une lettre qu’une lectrice atteinte d’un cancer en phase avancée m’a fait parvenir de son lit d’hôpital m’a bouleversée. Elle me remerciait pour le formidable élan de vie que lui redonnait mon témoignage.

Un autre lecteur m’a remerciée pour cette « offrande ». Et ce terme m’a émue puisque c’est vraiment ainsi que j’ai écrit ce livre, comme une offrande.

Ton livre a-t-il un écho au Japon ?
À Shikoku, l’association de pèlerins qui m’a accueillie (la NPO : Network for Shikoku Henro Pilgrimage and Hospitality) et l’Organisation pour la promotion du tourisme de Shikoku sont heureuses et fières que mon livre ait vu le jour et trouve un bel accueil en France. C’est le cas aussi de nombreux japonais avec qui j’ai vécu de belles rencontres sur le chemin et qui suivent de près la suite de cette aventure.

D’ailleurs, avec mon éditeur, nous ne désespérons pas d’arriver à intéresser un éditeur japonais pour une publication au pays du Soleil Levant !

A la Maison du Livre de Rodez (août 2015)

A la Maison du Livre de Rodez (août 2015)

 As-tu conservé l’habitude de marcher ?

Oui, même en plein Paris, je reste une marcheuse invétérée ! Pour moi, rester connectée avec mon corps en marche, mon corps en mouvement, constitue une hygiène de vie dont j’éprouve le besoin absolu dans mon quotidien parisien sédentaire. On est génétiquement programmé pour marcher alors que l’on mène une vie de cul-de-jatte la plupart du temps, cherchez l’erreur…

Et puis, marcher m’invite aussi à me reconnecter avec un autre rythme que celui des montres, des horloges et des agendas surchargés qui imposent leur loi d’airain. Comme l’a si joliment exprimé David Lebreton, « le marcheur est celui qui prend le temps et ne laisse pas le temps le prendre. »

La marche contribue pour moi également à cultiver et à entretenir une faculté que je considère essentielle et indispensable à l’équilibre de chaque être humain : l’émerveillement. Simplement respirer, écouter, regarder, me nourrir de la poésie de l’instant, même si cette poésie est urbaine. Le corps et l’esprit sont davantage réceptifs au moindre frémissement de vie. Une fleur sauvage qui perce à travers le bitume et se dresse vers l’immensité, n’est-ce pas déjà en soi une occasion de s’émerveiller ?

Avec le recul que te reste-t-il de ce pèlerinage ? 

Même si mon cœur ne cesse de vibrer à l’appel du lointain, ce chemin m’a ramenée à mon quotidien portée par une nouvelle perception de l’habituel. Trouver l’extraordinaire dans l’ordinaire, savourer la densité et la beauté de ces petites choses qui tissent la trame des jours. Accueillir comme merveille le très familier, ces évènements infimes dont nous ne nous étonnons plus, trop occupés que nous sommes à nous dépêcher de vivre, trop ensommeillés par une routine lancinante ou trop encombrés par les filtres de notre mental.

Percevoir le parfum de poésie qui s’évade à l’infini dans le creuset de l’ordinaire. Comme sur le chemin, goûter l’infime tel un puissant réservoir de bonheur : une senteur, un rayon de soleil, un regard croisé, un sourire échangé, un geste de la main, un repas partagé, une rencontre lumineuse avec l’altérité. Se réjouir de participer au miracle de la Vie à l’oeuvre.

Aborder chaque lever du jour comme une nouvelle aventure, champ de tous les possibles, résonance infinie du mystère qui nous habite et nous fonde. Précieux trousseau de clés glanées au fil de mes pas…

Avec le recul, cette aventure inoubliable a marqué un pas décisif sur mon itinéraire. Ces instants d’hier continuent de me nourrir.

Et je me répète chaque jour ces mots puissamment chevillés au corps et au cœur, tel un mantra : «Le paradis, c’est ici et maintenant !» Le paradis, je le cherchais partout, avec zèle et sans relâche, sauf là où il était déjà.

Rencontre dédicace à la librairie chemin d'encre à Conques (juillet 2015).

Rencontre dédicace à la librairie chemin d’encre à Conques (juillet 2015).

Quels sont tes projets ? Tes désirs pour l’année à venir ?
Je vais continuer de faire connaître le pèlerinage de Shikoku et de partager autour de cette aventure. De nombreuses rencontres sont d’ores et déjà organisées jusqu’à l’été prochain.
Par ailleurs, j’ai pris un tel plaisir à écrire que l’expérience ne peut s’arrêter là !

Enfin, je mets en place des ateliers de méditation de pleine conscience adaptés aux enfants et aux adolescents, selon la formation reçue d’Éline Snel, auteur de Calme et attentif comme une grenouille. Il me tient à cœur de diffuser et de transmettre le plus largement possible cette pratique, notamment dans des établissements scolaires. Bref, l’année s’annonce passionnante !

►Blog : www.feuilledetheashikoku.com
► Page Facebook : Comme une feuille de thé à Shikoku
►E-mail : feuilledetheashikoku@gmail.com

Be Sociable, Share!

Suivez le fil info du marcheur sur Twitter

Ce contenu a été publié dans Autres chemins de pèlerinage, Hospitalité, Les interviews du marcheur, Spiritualité, Témoignage. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Marie-Edith Laval raconte l’après Shikoku

  1. Rigonnet dit :

    je n’ai qu’une envie c’est faire le chemin de Shikoku depuis quelques années déjà…mais je pense
    que l’an prochain, je partirai avec mon compagnon. Nous avons fait depuis 1999, les divers chemins sur ST Jacques de Compostelle au départ de chaque grande ville (Valence, St jean Pied de Port, Séville, Col du Somport, St Sébastien, Porto et le Puy en Velay). Ce chemin me tient à
    cœur, alors à l’an prochain ……

Les commentaires sont fermés.