Sylvette Carrière a marché de Vézelay à Assise sur les pas de saint François

Un mois après son départ à la retraite en 2009, Sylvette Carrière décide de partir pendant six mois pour un pèlerinage de Vézelay à Assise. Cette marcheuse de 62 ans, qui s’est astreinte à un budget de 10 euros par jour, entreprend un chemin de providence, dans les pas de Saint François. Source : Pèlerin.

Pourquoi avez-vous décidé de faire ce pèlerinage ?
Sylvette Carrière : Il y a trois ans, lors d’un séjour à San Francisco, je suis rentrée dans l’église Saint François d’Assise. L’émotion était très forte, il y avait une sorte de lumière que je n’avais jamais ressentie auparavant. J’avais envie de marcher, c’était comme un appel. J’ai écrit et déposé un mot en disant : « Saint François, accompagne-moi ». J’ai ressenti le besoin d’être en contact avec Dieu. Dès mon départ à la retraite en 2009, j’ai réalisé un pèlerinage de six mois de Vézelay jusqu’à Assise. Saint François est venu me chercher… La veille du départ, j’ai eu la chance de rencontrer deux franciscains dans un petit ermitage à la Cordelle. C’était symbolique, ils m’ont donné leur bénédiction pour partir.

Quel était l’objectif de ce périple ?
Partir seule, c’était impensable pour moi car je n’aime pas la solitude. Mais j’en avais tellement rêvé de ce pèlerinage. Depuis toujours, je voulais ne plus avoir de contraintes dans ma vie. Au départ, je ne me suis pas dit que c’était un pèlerinage, c’était plutôt un chemin de providence.

Que ressentez-vous lorsque vous marchez ?
Pendant 15 ans, j’ai fait partie d’un club de randonnée. Pour moi, c’est une liberté totale de marcher. Il y a une espèce de communion avec Dieu qui se crée dans la nature. Durant ce pèlerinage jusqu’à Assise, il y a une dimension spirituelle palpable. On marche dans les pas de quantité de gens qui ont porté cette foi. On est vraiment tiré vers le haut.

Quels sont les moments les plus marquants de ce voyage ?
Sur le plan humain et spirituel, j’ai fait des rencontres très touchantes. Notamment en Toscane, j’ai discuté avec un prêtre de cette notion de providence. Il m’a dit une chose qui m’a marquée : « avec toutes les marques de providence que tu reçois, enfile ces perles pour en faire un collier. A ton retour, avec ce collier, tu témoigneras. » J’ai retenu ce qu’il m’a dit, aujourd’hui, je continue de parler de cette formidable expérience autour de moi.

Durant ce pèlerinage, je me souviens qu’il y avait une exposition de peinture sur mon chemin, un peu avant d’arriver à Assise. Les tableaux représentaient Saint François et les animaux de la création. Deux ou trois jours après à Assise, je suis rentrée dans une galerie de peinture, la gérante est venue me parler. C’était la femme de ce peintre. Elle m’a fait cadeau d’une reproduction. Le geste m’a beaucoup touchée ! J’ai vécu des choses très fortes. Durant mon périple, j’ai tenu un carnet pour pouvoir revivre ces beaux moments à mon retour.

Avez-vous rencontré des difficultés ?
Les quinze premiers jours, lorsque j’ai traversé le Morvan, la solitude était très difficile à vivre. Le jour de la Fête des mères, je me suis retrouvée toute seule. Je suis descendu dans un village, j’avais l’impression d’être seule parmi les autres. Une dame a insisté pour m’emmener boire un café chez elle. On s’est retrouvé dans son garage à discuter de nos vies respectives. J’ai trouvé que c’était très généreux de sa part.

Comment s’est passée votre arrivée à Assise ?
Je suis arrivée à Assise en début d’après-midi. J’étais comme terrassée, je suis tombée en pleurs pendant de longues heures dans un champ. Je me suis relevée et je me suis rendue directement à la cathédrale. Je suis restée deux heures dans la crypte, devant la tombe de Saint François. Je l’ai remercié de m’avoir accompagnée. En ressortant, je suis allée dans la boutique de souvenirs, la vendeuse était très émue de ce que je lui racontais, et on a pleuré ensemble. Durant ce pèlerinage, Dieu et Saint François m’ont portée spirituellement. C’était très physique comme sensation. J’avais l’impression qu’ils me prenaient vraiment par la main. Je ne voulais pas revenir tout de suite à la réalité. J’ai donc poursuivi mon chemin en marchant jusqu’à Rome puis j’ai pris le train jusqu’à Fréjus et je suis repartie à pied d’Arles jusqu’à chez moi, à Toulouse.

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?
Ce pèlerinage m’a transformée et a changé ma vie. J’avais un très petit budget : seulement 10 € par jour pour manger et dormir. Mais je me suis rendue compte que si je faisais confiance à Dieu, je pourrais être rassurée et j’aurais tout ce dont j’ai besoin. C’était une grande découverte. Aujourd’hui, j’essaie de retrouver Dieu dans l’humain. Je fais attention aux personnes seules, j’essaie d’aller les voir. Pour moi, je suis toujours en chemin. J’essaie de trouver ce chemin dans mon quotidien.

Recueilli par Marine Bisch

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9 réponses à Sylvette Carrière a marché de Vézelay à Assise sur les pas de saint François

  1. Agnès Clerc-Renaud dit :

    Un merci très chaleureux pour votre témoignage…
    Je me prépare à partir seule également…et ai un peu le trac
    J’ai bien noté la période difficile (Morvan)… C’est justement le « morceau » que je souhaite faire ds un 1er temps… A suivre !
    Bonne continuation
    Agnès

  2. genevieve clavel dit :

    Grand merci pour ton témoignage, c’est formidable d’avoir su aller à l’abandon et la confiance. Est-ce que tu rédigeras tes notes de façon à ce que l’on puisse les partager ? Cela permettrait à ceux qui ne peuvent plus s’engager sur un tel périple, de le faire en « communion ». Ce serait un peu la réalisation d’un rêve …. par une autre !!!
    Bon courage pour la suite
    geneviève

  3. tourre simone dit :

    merci sylvette pour ton témoignage. lorsque j’en parle de mon chemin c’est tout juste si l’on ne me prends pas pour une exhaltée ; mais tout ce que tu as ressenti je l’ai également perçu .. quelques années plus tard le souffle me manque pour marcher encore, mais l’émotion reste intacte, tout ce que j’ai reçu, donné et partagé est une des meilleures choses que Dieu m’a donné à recevoir. Amitiés. Simone
    j’utilise internet depuis peu, j’espère que ce message te parviendra !

  4. Bonjour! Je lis avec un grand intérêt votre expérience du chemin de Vézelay à Assise. Avant celui de Compostelle, c’est celui ci que je souhaite parcourir. Puis je vous demander où vous avez trouvé la documentation nécessaire à la préparation et la réalisation de votre belle aventure spirituelle et physique. Merci d’avance. Cordiales salutations.

  5. L. LE HUEC dit :

    A Ch PIERREJEAN
    J’ai parcouru ce chemin en 2008,magnifique mais sportif. Vous pouvez vous procurer la Doc : Itinéraire, adresse pour hébergement, guide spirituel, créantiale auprès de l’association « chemins d’assise » 71250 Cluny Tél 0385509096 Mail : chemins.assise@orange.fr

  6. Athos dit :

    Bonjour ,
    J’avais formulé la demande suivante à Sylvette Carrière , comment fait-on Vezelay / Assise avec 10 euros/jour ?? … (( en dehors de son exploit physique , Bravo )) . Je voudrai me mettre en route sur ce Pélerinage , si Dieu et mon
    physique me prête grâce … C’est pourquoi les Dix euros/jour m’intéressent …
    Une petite réponse ( Sylvette ou Gille ) s.v.p. Merci .

    Athos

    • Gilles dit :

      Bonjour Athos, voici la réponse de Sylvette :

      Il est bien entendu que ma réponse doit être prise en tant que témoignage et non en tant que conseil car chacun est différent dans ses fonctionnements et ses besoins.

      Je pense que ce que j’ai fait n’est possible en matière de budget que si l’on part avec une grande dose de confiance et surtout avec la capacité d’accepter ce qui se présente et de ne rien exiger. Ce n’est pas si facile mais au fur et à mesure des jours qui passent on apprend.

      En ce qui me concerne, les 10 € par jour m’ont surtout permis de manger. J’avais décidé de ne rien dépenser pour dormir, donc je cherchais tous les soirs un abris. J’ai donc dormi par terre avec un petit matelas auto gonflable dans des lieux très divers (porche d’églises, cabanes, granges, églises, salles de catéchisme, maison de retraite, monastères, local de la croix rouge,j’avais aussi une toute petite tente dont je me suis servie de temps en temps…).

      J’ai été aussi accueillie par des gens rencontrés au hasard du chemin et qui intéressés par ma démarche m’offraient le gite et le couvert.

      J’ai constaté qu’il était plus facile de trouver un abris gratuitement dans les villages que dans les villes, donc je privilégiais plutôt la campagne pour la fin de mes étapes. Sur le chemin on trouve aussi pas mal de fruits selon la saison.

      Il faut savoir aussi qu’à Assise Je n’ai pas trouvé d’hébergement gratuit, mais j’avais fait assez d’économies sur mon budget de 10€ pour pouvoir me loger correctement dans un accueil pour pèlerins. »

      J’espère que ceci va apporter quelques éléments de réponse aux questionnements de cette personne, mais vous comprendrez qu’il est difficile de résumer en quelques mots tout cela d’autant plus qu’à mon sens le plus important c’est l’état d’esprit dans lequel on entreprend cette démarche….sur ce chemin j’ai vraiment fait l’expérience de ce que la providence peut proposer chaque jour, c’était à moi de l’accepter ou de le refuser.

  7. Athos dit :

    Merci à Gilles pour la rédaction du texte et à Sylvette pour son Témoignage .
    Merci , à vous .
    Joyeux Noêl et Bonnes fêtes de fin d’année .
    Ultréia 2012 .

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