Un juif, un chrétien, un musulman marchent de Jérusalem à Compostelle

Revue de presse. Trois marcheurs, un chrétien, un musulman et un juif, ont cheminé côte à côte de Jérusalem à Compostelle, soit 11 000 kilomètres à pied en 22 mois. Source : La Voix du Nord, Nord Eclair.

« Témoigner qu’une communion est toujours possible au-delà des différences« , J.-P. D., La voix du Nord (23/03/10)

Un pari baptisé « Ensemble », dans lequel se sont lancés Mahdi Alioui, Richard Bois et Yoann Dobensky. «  Pour témoigner qu’une communion est toujours possible au-delà des différences confessionnelles, » ont affirmé Mahdi Alioui et Richard Bois, lors d’une conférence qui a eu lieu, mercredi 17 mars à Bondues (Nord) et à Lille le 23 mars 2010.

Ouvrir de nouveaux horizons, voilà bien le leitmotiv de ces trois hommes quand ils marchent. Mais le chemin n’était pas tout tracé. Voici quelques années, Mahdi Alioui a connu le ras-le-bol. Cette grande remise en question qui guette tout un chacun. Il quitte Fameck, son village de Moselle. Il chausse ses baskets : direction Saint-Jacques-de-Compostelle.

« Par curiosité et recherche spirituelle. Pourtant, avant, je détestais la marche, je n’avais aucune patience ! » Il rit, le visage illuminé d’une flamme intérieure. « La première fois, j’ai fait Metz-Thionville, c’était terrible, le lendemain je ne pouvais plus bouger ! »

En 2001, il tente donc la grande aventure sur le parcours des pénitents. Sur cette route, il rencontre Richard Bois. Ce Toulousain repère Mahdi : « Un musulman qui revenait de Compostelle. Cela m’est apparu comme un signe d’ouverture de sa part. » Ni une ni deux, il lui présente son projet : relier Jérusalem à Compostelle à pied. Et ce n’est pas tout, puisque l’idée maîtresse de l’épopée « Ensemble » est de regrouper trois hommes de confessions différentes, chrétien, juif et musulman : Yoann Donensky, citoyen de Jérusalem, rejoint l’équipe.

Le 4 octobre 2003, c’est le grand départ de la ville sainte. Plus de 11 000 kilomètres et 16 pays* plus loin, le 9 août 2005, ils entrent dans Compostelle, le jour de la Saint-Amour ! Richard s’explique sur la portée du geste, sa symbolique : « Nous voulons témoigner qu’une communion est toujours possible, au-delà de ces différences confessionnelles, au-delà de ces identités qui nous fondent et nous différencient. »

Au fil des « bornes » parcourues, des sponsors sont apparus, équipant les marcheurs de la tête aux pieds. Des médias aussi s’y intéressent. Partis sans un sou en poche, ils découvrent avec un certain étonnement la générosité et l’hospitalité des populations rencontrées. « Nous ne pensions pas qu’autant d’amour animait l’humanité. En 22 mois de voyage, nous n’avons dormi que trois nuits à la belle étoile », s’étonnent encore les pèlerins.

Aujourd’hui, avec leur dégaine d’aventuriers, ils parcourent le pays et ses écoles pour restituer cette expérience unique : projection d’un film d’une heure et, surtout, dialogue truffé d’anecdotes et d’histoires extraordinaires. Au-delà des symboles, un pur moment de rêve !

* Pays traversés : Israël, Palestine, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie, Grèce, Albanie, Montenegro, Bosnie, Croatie, Slovénie, Italie, France, Espagne. Leur site :  JérusalemCompostelle.

« Un chrétien, un musulman et un juif ont marché ensemble », Fanny Saintot, Nord Eclair (25/03/10)

Ils le reconnaissent volontiers : tout au long des 11 000 km qu’ils ont parcourus, de Jérusalem à Saint-Jacques de Compostelle, il y a eu « quelques prises de bec »». Car « on vivait plus ensemble qu’un couple marié, alors qu’on ne se connaissait pas », explique le Toulousain Richard Bois.

Ce challenge, c’est lui qui en a eu l’idée. Chrétien fâché contre « l’institution de l’Église », il est né au Maroc, un pays qui dans les années 50 comptait  » une importante communauté juive ». En l’an 2000, il rentre « bouleversé » de son premier pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle.

Il croise Mahdi Alioui sur le quai de la gare : « »Je me suis dis « un musulman qui rentre de Saint-Jacques, c’est un signe d’ouverture »  » . Tous deux se rendent ensuite en Israël, où ils rencontrent Yoann Dobensky par des connaissances communes… 5 jours avant le départ.

Entreprise en octobre 2003, leur marche a duré 22 mois, au rythme de 30 à 40 km par jour, à travers 16 pays. Trois hommes de confessions et de générations différentes, qui de surcroît se sont vus deux fois : « C’est une aventure humaine extraordinaire », assure Mahdi.

 » On ne s’est jamais accroché sur la religion, raconte Richard. À chaque fois, c’était une question d’ego ». Il poursuit : « Pour nous, la religion ne fait pas l’homme. On a rencontré des curés qui nous ont fermé la porte au nez et des athées avec un coeur gros comme ça. »

Arrivés dans le Nord lundi dernier, Mahdi et Richard ont donné une quinzaine de conférences-débat, à l’initiative d’un Bonduois rencontré à Saint-Jacques de Compostelle, Hubert Deschemaeker. « On veut dire aux jeunes de ne pas avoir peur. L’islam ne correspond pas à l’image qu’en donnent les médias. » Depuis leur retour, ils témoignent de leur expérience. […]

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